Les derniers Jedi repose abondamment sur la quête identitaire, le courage et le sens du sacrifice.

Les derniers Jedi: la Force déplace des montagnes ***

CRITIQUE / Voici donc une troisième période des Fêtes de suite entièrement soumise au pouvoir de la Force. Star Wars : les derniers Jedi impose en effet son omniprésence publicitaire et son hégémonie en salle. On fondait l’espoir qu’enfin ce tome VIII permettrait aux nouveaux créateurs de tourner la page sur le lourd héritage du passé. Ils y arrivent, mais seulement à la fin, dans cet épisode encore une fois empreint de nostalgie. Tout en livrant la marchandise attendue.

Le regard porté sur Les derniers Jedi est certes conditionné par notre rapport à la saga intergalactique. J’ai vu Star Wars IV : un nouvel espoir et les deux tomes subséquents de George Lucas, quand j’étais ti-cul. Le réveil de la Force (2015) ressemblait tellement à un copié-collé du premier, avec quelques éléments pigés ailleurs, que j’en avais ressenti un profond agacement. Où était l’audace? Peut-on passer à autre chose?

Comme dans Rogue One (2016), un «vrai» film avec ses personnages troubles, sa thématique sombre et ses scènes de guerre meurtrières. Pas cette fois : on mise sur la recette éprouvée. C’est encore et toujours une course contre la montre pendant laquelle un groupe totalitaire, Premier Ordre, mené par la machiavélique Snooke et son âme damnée Kylo Ren (Adam Driver), éradique les rebelles jusqu’à leur presque extinction.

Pendant ce temps, Rey (Daisy Ridley) se retrouve sur une planète isolée pour apprendre à devenir Jedi, tout en résistant au côté obscur de la force, grâce à un maître. Ça ne vous rappelle rien? 

Luke Skywalker (Mark Hamill) s’en charge, donc, dans un rôle à mi-chemin entre Obi-Wan et Yoda. Au moins, le héros de la première trilogie est hanté par ses propres démons. La rebelle Rey doit arriver à croire que la Force (foi) peut soulever des montagnes, tout en résistant à la tentation du côté obscur incarnée par Kylo Ren.

Côté thématique, Les derniers Jedi repose abondamment sur la quête identitaire, le courage et le sens du sacrifice pour ceux qui sont justes et bons.

Quarante ans après le premier film, la franchise se porte mieux que jamais. Et elle porte la signature de Disney partout. Dans cet univers presque aseptisé, politiquement correct avec au moins un Noir, une Asiatique et un latino, on retrouve bien sûr de nouvelles créatures (des pingouins aux grands yeux et des chiens de cristaux) conçues directement par le département de marketing pour vendre des produits dérivés.

Au moins, la nouvelle trilogie repose plus que jamais sur Rey, femme déterminée, droite et inspirante. L’interprétation charismatique de Daisy Ridley, qui a un sourire éclatant, en fait un personnage intéressant et à multiples facettes, ce qui est loin d’être le cas des rebelles qui l’entourent. Ils sont plutôt unidimensionnels : l’as des pilotes Poe Dameron (Oscar Isaac) est une tête brûlée, le déserteur Finn (John Bogeya) est mu par la vengeance, la mécanicienne Rose (Kelly Marie Tran) veut honorer la mémoire de sa sœur…

On ressent un pincement au cœur en voyant la regrettée Carrie Fisher interpréter pour une dernière fois la générale Leia Organa.

Les derniers Jedi est miné par une longue mise en place et, surtout, un dernier tiers en déficit de crédibilité. Pousse, mais pousse égal. On a aussi voulu jouer la carte de l’humour bon enfant et inoffensif. 

Bien sûr, on ressent un pincement au cœur en voyant la regrettée Carrie Fisher interpréter pour une dernière fois la générale Leia Organa. Bien sûr, les effets spéciaux sont hallucinants, les combats d’arts martiaux au sabre laser sont épiques et les batailles spatiales en mettent plein la vue. 

La réalisation de Rian Johnson est d’une efficacité redoutable, à défaut d’être très inspirée — il y a quand même quelques moments qui démontrent un peu plus de personnalité. La photographie est superbe et les séquences sur les planètes sont visuellement très riches.

N’empêche que le deuxième tome de cette troisième trilogie souffre du syndrome du film-sandwich. Il est conditionné par le précédent et sert à mettre la table au prochain. Où, enfin, espère-t-on, on pourra se libérer de la mythologie Star Wars. Ou peut-être pas. Au fond, on donne aux inconditionnels ce qu’ils veulent et ils en redemandent. 

Les autres vont continuer à passer leur chemin. Comme toute franchise, l’univers est tellement autoréférentiel qu’il devient presque indéchiffrable aux non-initiés.

AU GÉNÉRIQUE

Cote: ***

Titre: Star Wars: les derniers Jedi

Genre: science-fiction

Réalisateur: Rian Johnson

Acteurs: Daisy Ridley, John Bogeya, Adam Driver  

Classement: général

Durée: 2h32

On aime: la production de qualité. Le personnage de Rey

On n’aime pas: les éternelles références. Des longueurs. Un déficit de crédibilité à la fin