La musique des Cowboys Fringants, jamais déployée avec autant de faste, a été au cœur de la copieuse prestation, qui a fait le bonheur d’une foule survoltée.

Les Cowboys fringants et l'OSQ: l'improbable amalgame

CRITIQUE / Animaux en ballons, gazous, solo de blocs de bois… Les Cowboys Fringants ont soufflé un vent de folie sur le Grand Théâtre pour leur concert avec l’Orchestre symphonique de Québec. Leur musique, jamais déployée avec autant de faste, a tout de même été au cœur de la copieuse prestation, qui a fait le bonheur d’une foule survoltée.

Simon Leclerc, qui dirigeait le concert, signait les arrangements ambitieux, où tous les groupes de musiciens étaient sollicités. Loin d’être relégué à l’arrière-plan, l’orchestre était le grand cœur battant de ce déploiement où cordes, cuivres et percussions prenaient des accents klezmer, où les contes des Cowboys avaient des teintes plus chatoyantes et où leurs chansons endiablées gagnaient en puissance.

Des pizzicatos au début de La tête haute, des timbales en puissance pour lancer Le gars de la compagnie, un air de tango au violoncelle pour Les vers de terre... Sauf pour Toune d’automne, où les sonorités plus délicates n’avaient pas été pensées pour suivre une foule qui chante et qui peut facilement déroger du métronome, les arrangements symphoniques ont généralement bien servi les chansons.

Signant une ouverture de son cru, ajoutant un segment de musique du compositeur russe Moussorgsky à la fin de Plus rien et invitant le baryton Dominic Côté à entonner Une autre journée qui se lève à la place de Karl Tremblay, le chef a introduit quelques référents au monde de la musique classique. Pour les premières pièces, le chanteur des Cowboys était fin seul avec l’orchestre. Marie-Annick Lépine, Jérôme Dupras et Jean-François Pauzé l’ont rejoint progressivement au milieu de la première partie.

S’apprivoiser

Même si le groupe avait déjà joué le jeu avec l’Orchestre symphonique de Mont­réal (après quatre représentations à guichet fermé en septembre, deux supplémentaires ont été ajoutées les 19 et 20 décembre à la Maison symphonique), on sentait que les deux tribus devaient encore s’apprivoiser, à cause du côté improbable de leur fusion. «D’habitude, en show, on a deux batteries; là, je dois suivre le triangle, mais je vais y arriver», a blagué Karl Tremblay. Les légers cafouillages étaient pris avec humour et chaque chanson menée à bon port était accueillie par un tonnerre d’applaudissements.

Le niveau possible d’improvisation et de dérive étant considérablement réduit avec un grand orchestre, on se demandait au début du concert si les Cowboys allaient pouvoir conserver leur côté échevelé, qui les aide à faire lever le party. Après En berne, que la foule a chantée debout à pleins poumons, nous étions rassurés… Manifestation et Joyeux calvaire, arrimées en deuxième partie, ont achevé de nous convaincre. Rien ne vient à bout de l’esprit survolté de la bande, qui a bien navigué auprès du grand paquebot de l’orchestre en marche.

Plus la soirée avançait et plus on versait vers la fête et les ajouts colorés. L’improbable amalgame a remporté son pari.

Le spectacle vu mardi soir sera présenté de nouveau mercredi à 20h, au même endroit.