Les coups de cœur de Josianne Desloges

Socalled

Pochette de l'album «Sleepover» de Socalled

Je suis tombée sous le charme du réjouissant mélange de musique klezmer, jazz et hip-hop de Josh «Socalled» Dolgin au Festival d’été, en 2013. On ne sait jamais où les collaborations du compositeur-interprète-rappeur-producteur-musicien-dessinateur-marionnettiste-photographe-cinéaste vont nous mener. La collègue Geneviève Bouchard le qualifiait très justement de «rappeur rapailleur». Ses albums Sleepover (2013) et People-watching (2015), où la voix de Katie Moore est très présente, font partie des disques qui ne sont jamais bien loin de mon système de son. J’ai beau les écouter fréquemment, l’habile mélange des genres, des instruments, des voix et des rythmes m’empêchent de me lasser. Le Montréalais annonçait cette semaine qu’il prépare un nouvel album, où il chantera des chansons yiddish avec le Kaiser Quartett.

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La classe de Madame Valérie

«La classe de Madame Valérie», de François Blais

Je lis les romans de François Blais dans le désordre. L’amour brûlant et illusoire évoqué dans Sam, le roadtrip immobile (façon Hiver de force) de Document 1 et l’histoire de brosse qui mute en correspondance de fabliaux dans Iphigénie en haute-ville, ne m’avaient pas laissé présager le tour de force de La classe de Madame Valérie. Je prends toute la mesure de son souci du détail, de la résonnance surréaliste dont il réussit à envelopper chaque pensée, de sa capacité à se mettre dans la peau et dans la tête d’une mosaïque de personnages d’âges et de tempéraments variés. Même quand on s’emmêle un peu dans les personnages (campés à trois époques différentes, dans le désordre), on ne s’ennuie jamais dans ce roman où chaque court chapitre est coiffé d’une phrase savoureuse. La masse des pages qu’il me reste à lire est ridiculement mince, mais j’essaie maladivement de repousser l’échéance.

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GLOW

«Glow»

La deuxième saison de GLOW, pour Gorgeous Ladies Of Wrestling, n’était pas sitôt disponible sur Netflix que je l’ai dévorée en quelques jours. La comédienne ratée qui rêvait de jouer du Tchékhov incarne une Soviétique machiavélique; l’ex-vedette de téléroman devient une Barbie porte-étendard de l’Amérique conservatrice; le réalisateur coké est un ex-réalisateur de film d’horreur érotiques underground… Les référents et les textes des scènes de ring sont savoureux. Lorsque ces dames voient leur émission reléguée à la case horaire de 2 heures du matin, on savoure le délire scénaristique qui s’en suit et qui n’est pas sans rappeler le roman Saga de Tonino Benacquista. GLOW est un divertissement estival tout indiqué. Je me garde le documentaire sur la vraie ligue GLOW, dont les matchs était diffusés dans les années 80, pour cet automne.

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Chris Millar

Œuvre de l'artiste Chris Millar présentée dans l'exposition «Fait main».

L’exposition Fait main présentée tout l’été au Musée national des beaux-arts du Québec permet d’admirer plusieurs œuvres — minutieusement — concoctées, mais je pourrais passer des heures devant les minutieuses et foisonnantes maquettes de Chris Millar. L’artiste albertain est un véritable orfèvre. Ses fascinantes scénettes sont comme des songes mécanisés, des cartographies truffées de créatures étranges, de jardins merveilleux et de constructions labyrinthiques. J’y retrouve la mélancolie du magnifique piano animé de Graeme Patterson (Player Piano Waltz) et quelque chose des délirantes métamorphoses de The Flux and the Puddle de David Altmejd, avec une minutie qui frôle l’obsession.