Les coups de cœur de Jean-Simon Gagné

«Lovestar»

Dans le monde du futur, l’empire Lovestar s’occupe de tout. Sa filiale Lovemort transforme les corps des défunts en étoiles filantes. Sa filiale Inlove identifie votre âme sœur. Même les parents ne subissent plus les enfants insupportables. Jusqu’à 18 ans, ces derniers peuvent être «rembobinés», i.e. remplacés par un clone plus accommodant. 

Dans ce meilleur des mondes, les humains communiquent par une sorte de télépathie. Pour la publicité, c’est le rêve. Au besoin, une entreprise peut louer vos cordes vocales, pour vous transformer en «aboyeur». Au détour d’une conversation, elle vous fait beugler: «beau temps pour faire le plein chez Esso». 

Vous devinez que cette machine trop parfaite va se dérégler, comme dans beaucoup de récits de science-fiction. Tant pis. On pardonne tout à cette fable. Même ses petits défauts. 

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La promesse de l’aube

Il fallait un certain culot pour adapter au cinéma La promesse de l’aube, de Romain Gary. En 1970, une première tentative avait été «éreintée» par la critique. Bref, elle avait subi le sort d’un canard orange fluo, trottinant à découvert, à l’ouverture de la chasse. 

Contre toute attente, le réalisateur Eric Barbier réussit l’exploit. On croit à cette histoire de fils unique qui doit venger l’existence d’humiliations de sa mère omniprésente. Celui-là devient un écrivain génial, doublé d’un héros, sans jamais parvenir à rembourser sa dette. 

«La promesse de l'aube»

«Avec l’amour maternel, la vie vous fait, à l’aube, une promesse qu’elle ne tient jamais,» écrivait Romain Gary. (…) [Plus tard] «des bras adorables se referment autour de votre cou et des lèvres très douces vous parlent d’amour, mais vous êtes au courant. Vous êtes passé à la source très tôt et vous avez tout bu.»

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Michael Gorbatchev

À la fin des années 80, le président soviétique, Michael Gorbatchev devient une vedette planétaire. À New York, à Paris ou à Pékin, des foules l’acclament. Le héros fait tomber le mur de Berlin. Il enterre la Guerre froide. Il incarne le monde nouveau. 

Au même moment, en URSS, la popularité de «Gorby» apparait en chute libre. Il a libéré des forces qu’il n’arrive plus à maitriser. L’économie fait naufrage. Son échec contribue à discréditer les démocrates russes, rebaptisés les «merdocrates». Comprenne qui pourra.

«Gorbachev : His Life and Times», William Taubman

Trente ans plus tard, la biographie de William Taubman propose un retour fascinant sur le «mystère Gorbatchev». Une lecture essentielle pour comprendre la Russie d’aujourd’hui, même si la version française se fait attendre. «Staline a gagné la Deuxième Guerre mondiale, disent les Russes. Gorbatchev l’a perdu.» 

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Coups de crayon

Pour les mordus d’histoire et de politique, un détour par la bibliothèque de l’Assemblée nationale s’impose. Jusqu’en septembre, l’endroit propose un survol de la satire politique au Québec, en 200 dessins.

On craque pour le style de Robert La Palme, qui fait apparaître Hitler en trois coups de crayon. On redécouvre l’esprit de Normand Hudon, qui dit de Duplessis : «Pour les caricaturistes, c’était un envoyé du ciel. Le travail était tout fait […].» 

Les caricaturistes d’aujourd’hui ne sont pas en reste. Côté, Chapleau et cie. Sans oublier Aislin, de la Gazette. Ne manquez pas son illustration du retour au pouvoir de Pierre Elliott Trudeau, en 1980, qui met fin au court règne du conservateur Joe Clark. On y aperçoit un Clark aux allures de scout, ouvrant la porte de la résidence officielle à Trudeau. Un brin hautain, ce dernier s’exclame: «Quelqu’un peut-il payer la nounou?»