Les coups de coeur d'Éric Moreault

Ryan Adams
Ryan Adams et moi, ça fait un bail. Ça remonte même à l'époque où il était dans Whiskeytown (1995-2000). Le chanteur/guitariste a vraiment pris son envol en solo, avec 13 albums en 11 ans! Il a ensuite mis la pédale douce et sa musique a muri, délaissant un peu ses influences country alternatif pour un rock mélodieux et inspiré (un peu comme Jeff Tweedy avec Wilco). Il y a trois ans, il a sorti un éponyme qui joue encore régulièrement à la maison, disque qui met sa voix d'or en évidence - pour l'avoir vu, et surtout entendu, à Chicago, Adams est un chanteur très doué. Il a ensuite repris au complet le 1989 de Taylor Swift en 2015, bien meilleur que l'original. Depuis février, j'écoute sans cesse Prisoner, une magnifique collection de chansons qui saignent. Un authentique talent.
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Trouve-toi une vie
Chaque fois que Fabien Cloutier revisitait nos régionalismes à l'émission Plus on est de fous plus on lit, j'attendais la fin de ma journée de travail pour écouter son segment. Pis je riais. Beaucoup. Parce que l'acteur-conteur-humoriste a le verbe décapant, une façon de raconter aussi, typiquement beauceronne. Tellement que ses traits acérés se perdaient parfois dans la bonne humeur. Trouve-toi une vie, le recueil de ses chroniques, vient combler cette lacune. On perd son interprétation, mais on gagne en recul. Cloutier radiographie le Québec avec autant de dérision que de tendresse. Comme Yvon Deschamps à l'époque. Et sans même que ce soit le but, ce livre s'avère un plaidoyer pour la richesse et la diversité de notre langue.
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Lorsque tombe la nuit
Il y a de ces films dont on n'attend pas grand-chose et qui nous laissent un souvenir marquant. C'est le cas de Lorsque tombe la nuit (It Comes at Night) de Trey Edward Shults. Pour son deuxième long métrage, le réalisateur américain de 28 ans a fait très fort. Son intense suspense raconte l'histoire d'un couple et de leur fils adolescent qui vivent dans une maison isolée. Une étrange maladie a décimé une bonne partie de la population. Lorsqu'une autre famille arrive, leur fragile équilibre va voler en éclats. Quelque part, entre La route de Cormac McCarthy et Station Eleven d'Emily St John Mandel, ce fascinant long métrage est bien plus terrifiant par ce qu'il révèle de notre nature que ce qu'il montre (ou pas) à l'écran. Émotions fortes garanties.
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Philippe Halsman
Lorsqu'on a inauguré le nouveau pavillon du Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ), sa direction nous a promis des expositions d'envergure internationale. Promesse respectée jusqu'à maintenant. Cet été, l'institution des Plaines nous offre une rétrospective de Philippe Halsman, un immense photographe. À l'heure où tout le monde se promène avec un appareil photo dans son téléphone, il fait du bien de (re)découvrir le sens de la mise en scène de cet immense portraitiste. L'Américain intervenait aussi beaucoup sur sa matière première, des décennies avant l'arrivée des logiciels de manipulation de l'image. Le résultat est époustouflant.