Les coups de coeur de Valérie Gaudreau

Musique : Cure

Eddy de Pretto, ça sonne comme un mélange de Pierre Lapointe et de Stromae. La comparaison est facile, presque déjà usée. Pourtant, bien difficile de trouver meilleure formule pour décrire la voix, les rythmes électro-hip-hop et l’intensité des chansons de ce rouquin de 24 ans rapidement devenu la coqueluche en France. Il débarquera aussi aux Francos de Montréal le 10 juin. Envoutée dès l’écoute de Fête de trop en début d’année, j’ai tout écouté, tout lu sur ce nouveau venu au look normcore façon 1990 et aux textes intimistes abordant les rapports humains et son homosexualité. L’album complet, Cure, est finalement sorti le 2 mars. Et il joue en boucle depuis.

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Théâtre : J’aime Hydro

Le fabuleux théâtre-­documentaire J’aime ­Hydro revient à la Bordée du 26 au 30 juin. Une belle occasion pour recommander cette pièce de près de quatre heures, menée par l’auteure et comédienne Christine Beaulieu, qui mérite pleinement le succès remporté jusqu’à maintenant par ce projet ambitieux. Il faut dire que J’aime Hydro est beaucoup plus qu’une pièce. Véritable enquête sur le lien entre les Québécois et leur hydroélectricité, l’œuvre se décline aussi dans un livre, un balado et des diffusions en direct des représentations. Christine Beaulieu a mené une trentaine d’entrevues pour arriver à ce résultat en constante évolution. Elle aborde avec rigueur et candeur les enjeux économiques, sociaux, environnementaux et identitaires de la présence d’Hydro-Québec. C’est captivant, utile et lumineux.

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Film : Les faux tatouages

Un film sur les tourments de la fin de l’adolescence qui ne sonne pas comme «un film d’ado», que ça fait du bien! Le réalisateur de Québec Pascal Plante y parvient d’une main de maître dans son premier long-métrage grâce au naturel désarmant des acteurs Anthony Therrien et Rose-Marie Perreault. J’ai craqué pour cet amour d’été entre le taciturne Théo et la pétillante punkette Mag. Tout est dans les regards et les dialogues entre ces deux êtres dont la complicité n’est jamais soulignée à grands traits. Elle est juste là, parfois ponctuée de maladresses et de silences. Gros bravo aussi à la trame sonore qui va de Daniel Bélanger à Against Me! en passant par Liana Bureau. Les tatouages sont peut-être faux, mais le talent de Pascal Plante, lui, est bien vrai. 

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Livre : Une vie sans fin

Frédéric Beigbeder, ­l’intello-dandy des folles nuits du tournant du siècle qui nous a donné les délirants 99 Francs et autres Nouvelles sous ecstasy, vieillit. Il est le premier à le dire. Il n’est pas vieux avec sa petite cinquantaine naissante. Mais assez pour prendre la mesure du temps et tenter de vivre le plus longtemps possible. Une quête (impossible) qu’il nous raconte avec verve et autodérision dans Une vie sans fin où il explore une foule de programmes de cure de jouvence des États-Unis, de Suisse, d’Autriche. Thérapie génique, transfusion de sang, transfert de la pensée sur disque dur. Enquête? Réflexion sur la santé, l’immortalité et la science? Un peu de tout ça. Réflexion sur lui-même surtout. Comme toujours. Mais quand c’est si bien écrit, difficile de résister.