Les coups de coeur de Normand Provencher

Cinéma : Le sens de la fête

En cette période de l’année où les candidats aux Oscars prennent d’assaut le grand écran, ce n’est pas le choix qui manque pour le cinéphile. Or, dans le lot, bien peu pour se dilater la rate, d’où mon coup de cœur pour la comédie chorale Le sens de la fête, avec le «bougonneux» par excellence du cinéma français, Jean-Pierre Bacri, impayable dans la peau d’un organisateur de mariage qui voit une réception grandiose virer à la catastrophe. Le vétéran comédien est appuyé par une pléiade de rôles secondaires juteux, dont un marié vaniteux à souhait, un photographe goinfre et un serveur pas très allumé. Un succulent moment de cinéma, récompensé de 10 nominations à la prochaine cérémonie des Césars, gracieuseté du tandem Éric Toledano-Olivier Nakache (Intouchables).

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Théâtre : Mme G.

Un personnage légendaire du night-life de Québec, Thérèse Drago, renaît pour notre plus grand plaisir, entre réalité et fiction, sur les planches de La Bordée, dans la pièce Mme G. C’est avec beaucoup d’humour et de tendresse que le jeune auteur Maxime Beauregard-Martin revisite la vie de l’ex-propriétaire de la maison close La Grande Hermine, avenue Cartier, et d’un bar clandestin, sur le boulevard René-Lévesque. Femme éprise de liberté, féministe dotée d’un caractère en acier trempé, Mme Thérèse trouve en Marie-Ginette Guay un alter ego formidable, entourée d’une solide bande de jeunes comédiens (dont l’auteur lui-même). Et quel plaisir d’entendre, en lever de rideau, une confession sonore de la véritable madame Thérèse. C’est jusqu’au 10 février, courez-y.

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Essai : Le miracle Spinoza

Il est assez fabuleux de découvrir la pensée du philosophe Baruch Spinoza, un penseur en avance sur son temps, mais aussi le nôtre, à travers ce livre de Frédéric Lenoir. L’homme, un esprit libre du XVIIe siècle, précurseur des Lumières, plaçait la raison au centre de tout. C’est lui qui a érigé les fondements de notre modernité politique, avec ses réflexions sur le pacte social, la démocratie, la laïcité, l’égalité de tous devant la loi, la liberté de croyance et de religion. Sans être athée, Spinoza a critiqué avec la même force toutes les religions «lorsqu’elles activent les passions tristes des individus, lorsqu’elles se détournent de leur unique vocation pour distiller la haine de l’autre et l’intolérance, lorsque les croyants font preuve d’hypocrisie ou se croient supérieurs aux autres». À notre époque de grands bouleversements, cette lecture ramène à l’essentiel.

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Télé : The Crown

Jamais n’aurais-je pensé craquer pour une télésérie sur la monarchie britannique. C’est pourtant le cas avec The Crown, diffusée sur Netflix. Pour cette deuxième saison, l’œuvre de Peter Morgan, déclinée en 10 épisodes, suit les nombreuses intrigues du palais de Buckingham, particulièrement les infidélités du prince Philip (Matt Smith). On en apprend aussi sur l’éducation à la dure du jeune prince Charles et les frasques de la princesse Margaret. Mise en scène somptueuse, réalisation soignée, distribution impeccable, la série la plus chère de l’histoire de Netflix doit aussi beaucoup à la performance remarquable de Claire Foy dans le rôle d’Elizabeth II, émouvante de fragilité contenue. Hélas, la comédienne doit céder le relais à Olivia Coleman pour les prochaines saisons, alors que sera introduite le personnage d’une certaine Lady Di. Good Lord…