Les coups de coeur de Nicolas Houle

Les Profondeurs de la Terre
Robert Silverberg fait partie des bonzes de la science-fiction américaine. Ce serait cependant réducteur de ne l'associer qu'à des récits futuristes, lui qui a revu l'histoire de Rome, celle de Gilgamesh ou des explorateurs de l'Afrique. Les Profondeurs de la Terre témoigne de la vaste culture de cet auteur, dont plusieurs oeuvres demeurent criantes d'actualité. S'inspirant du Coeur des ténèbres, de Joseph Conrad, il relate le parcours d'un homme qui revient sur une planète que les Terriens avaient jadis colonisée, sachant qu'elle abrite un secret qu'il n'avait pas percé. Ancien administrateur de cette colonie, il porte un nouveau regard sur ces habitants, jugés inférieurs lorsque l'espèce humaine les avait asservis. Un ouvrage aux contours philosophiques, qui force à la réflexion face aux idées reçues et aux relations envers l'autre.
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Fastball
En ce dernier droit de la saison de baseball, où les équipes se disputent une place pour les séries, chaque affrontement entre lanceur et frappeur est déterminant. Qui aura le dessus? Celui qui lance la balle ou celui qui s'efforce de la mettre en jeu? Comme son titre l'indique, le documentaire Fastball s'intéresse à cette bataille qui se déroule en une fraction de seconde. Avec des joueurs d'hier et d'aujourd'hui, dont Rich Gossage, George Brett et David Price, mais également avec des scientifiques, on s'attarde à des figures marquantes de l'histoire et on explore différentes facettes de ce sport, en plus d'essayer de déterminer, en mettant en opposition les outils de mesure utilisés au fil du temps, qui a été le lanceur le plus puissant de l'histoire.
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Justice et légumes frais
Ça faisait un bail que je n'avais pas lu une bande dessinée à la fois légère, distrayante et inventive comme Imbattable. Pascal Jousselin a imaginé un super héros bedonnant, qui n'a a priori rien de spectaculaire, mais dont le pouvoir est loin d'être banal : il peut se déplacer d'une case à l'autre à même une planche en se moquant de l'ordre séquentiel, ce qui lui permet en quelque sorte de voyager dans le temps. Or ses ennemis ont eux aussi des pouvoirs du même acabit. Jousselin s'amuse avec les codes et la forme, sans négliger le fond, et au moment où l'on croit avoir cerné la formule, il y va de nouvelles trouvailles, aussi brillantes que rigolotes. Une BD qui parle autant aux petits qu'aux grands, dans la tradition franco-belge des Lucky Luke, Spirou et autres Boule et Bill.
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Planets + Persona
Richard Barbieri est un claviériste pas tout à fait comme les autres. Chez ce Britannique qu'on a connu au sein de Japan et de Porcupine Tree, ce n'est pas tant la virtuosité que la créativité qui parle en premier lieu. Véritable sculpteur de son, il sait proposer d'étonnants périples sonores ou raconter des histoires sans paroles, comme sur Night of The Hunter, qui s'inspire du film du même nom. Son album Planets + Persona, paru plus tôt cette année, en est le parfait exemple. Se donnant les moyens de ses ambitions, il s'est entouré de musiciens de premier ordre pour combiner instrumentations électronique et acoustique, ainsi qu'insérer jazz et world à ses boucles rythmiques audacieuses. En résulte un album à la fois exploratoire et accessible, qui figure parmi ses meilleures réalisations.