Les coups de coeur de Michèle Laferrière

Y'a du monde à messe
<em>Y'a du monde à messe</em>
Tous les vendredis soir de l'été, Christian Bégin nous convie dans une église désacralisée pour un talk-show pas banal. Ses cinq invités n'ont rien à vendre, pas de disque, pas de spectacle, pas de cause. Ils se confient à un animateur qui s'intéresse à eux et qui nous donne toute une leçon d'écoute active. Sa première question est toujours mûrie. La suite de l'entrevue dépend de la réponse de son interlocuteur sur laquelle Bégin rebondit avec intelligence. Il n'a aucune note devant lui, ce qui le force à rester concentré dans le moment présent. L'homme de théâtre a une sacrée mémoire. Son choeur gospel fait fondre le coeur des invités en chantant leur nom avec allégresse.
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Game of Thrones
<em>Games of Thrones</em>
L'appel d'une bonne série télévisée se compare à celui d'un bon roman. Il peut friser l'obsession. Les six premières saisons de Game of Thrones (regardées sur DVD) m'ont confinée au salon pendant l'été. Oui, il y a des décapitations, de la torture et du sexe sordide. Mais cette saga médiévale parsemée de segments fantastiques et historiques est haletante. Des rebondissements, en voulez-vous, en v'là! Des héros meurent. Des bons se transforment en traîtres. Des fils tuent leurs pères. Les batailles sont abominables. Les décors et les costumes sont d'une splendeur rare. La musique devient un ver d'oreille. Et impossible de sauter le générique. La désintoxication est éprouvante.
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Émile Bilodeau
Émile Bilodeau
«Ça te tente d'aller voir Yann Perreault à Place d'Youville?» Ma copine a glissé qu'un p'tit jeune de 21 ans, Émile Bilodeau, le précédait sur les planches. Et bien, il a été la vedette de cette soirée du Festival d'été. Assise sur le côté de la scène et le voyant à peine, j'ai été charmée par son bagout, son assurance, sa folie, son engagement, sa candeur, son humour et ses talents d'auteur-compositeur-interprète. On le compare à Philippe Brach et à Bernard Adamus. On entend l'influence de Philippe B, celui qui a réalisé son premier album, Rites de passage. Soit! Mais ce que j'ai préféré de cette soirée, c'est l'impression d'avoir assisté à l'émergence d'un artiste qui a du front et de l'avenir.
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Dunkerque
<em>Dunkerque</em>
Une heure quarante-cinq minutes de cinéma sous haute tension, avec des scènes oppressantes qui ne nous donnent aucun répit : Dunkerque est un film terrible qui se compare, au chapitre du montage sonore, au non moins traumatisant Le fils de Saul. Les balles sifflent et percent le métal. Les torpilles percutent les destroyers. La Manche s'embrase. Les soldats se noient dans l'horreur absolue d'un brasier. Les combats aériens sont filmés en plans serrés, la caméra sur les yeux et sur les mains des pilotes. Comme dans La liste de Schindler, le spectateur ne s'attache à aucun des personnages. Dans le chaos le plus total où perce - rarement - un reste d'humanité, chacun cherche à sauver sa peau.