Les coups de coeur de Josianne Desloges

Le commun des mortels
Carl Leblanc, réalisateur du documentaire <em>Le commun des mortels</em>
Mes entrevues pour le téléhoraire du Soleil sont parfois l'occasion de faire des découvertes étonnantes. Comme cette semaine, où j'ai été complètement happée par le documentaire Le commun des mortels, en préparant une entrevue avec son réalisateur, Carl Leblanc. Il y raconte l'histoire à la fois ordinaire et extraordinaire de son père, Éverard, qui a traversé le siècle en cumulant les boulots de représentant, de cuisinier, de commissaire scolaire, qui a vu le Canada français devenir le Québec et des villages de la Gaspésie ouvrir et fermer. Le tout est narré de manière imagée et sensible par Carl Leblanc et ponctué d'entrevues. L'histoire est belle, révélatrice, et l'épilogue est simplement bouleversant. Tellement que les trois livres de Leblanc m'attendent déjà sur ma table de chevet. Le film est à l'affiche au Clap et sera diffusé à Télé-Québec le 19 juin à 21h. 
***
Annie Baillargeon
Plus les saisons passent et plus je me trouve privilégiée de couvrir les arts visuels, un domaine où les idées et les expérimentations prennent parfois les formes les plus inattendues. De nombreuses propositions m'interpellent, pour différentes raisons, mais je profite de l'annonce de l'installation d'une oeuvre d'Annie Baillargeon au parc Louis-Latulippe pour souligner la belle âme de cette artiste. Lorsqu'elle a injecté un peu de l'esprit des performances déjantées, dégoulinantes et échevelées des Fermières obsédées dans ses oeuvres photographiques et y a ajouté peinture et confettis, elle les a dotées d'une énergie, d'une esthétique et d'une symbolique fascinante. Son oeuvre Chez moi, chaque jour est une fête, réalisée avec de jeunes immigrants, sera installée en septembre. À Québec, on peut trouver ses oeuvres à la Galerie 3.
***
Écorchée
Ma collègue Valérie Gaudreau me dame invariablement le pion dans cette chronique lorsque vient le temps de partager des coups de foudre littéraires, mais j'ai trouvé, oh miracle, un livre sur lequel elle ne semble pas encore avoir mis la main. Il s'agit d'Écorchée, de Sara Tilley, un saisissant et bouleversant récit qui se construit entre le Grand Nord, où l'héroïne se noie entre le tumulte d'un premier amour et la violence sauvage des jeux d'écolière, et Saint-Jean de Terre-Neuve, où elle s'étourdit, se perd et se trouve. On navigue entre l'univers des légendes innues, la froide réalité, les fantasmagories d'une enfant et des réflexions percutantes sur le désir. Au-delà du récit, c'est la prose flamboyante de ce premier roman qui happe. L'auteure de Terre-Neuve est certainement à suivre.
***
Desjardins
L'album Desjardins joue en boucle chez moi depuis deux semaines. Ça a commencé en entendant Fred Fortin chanter Tu m'aimes-tu. J'ai eu l'impression de redécouvrir, d'un coup, une chanson oubliée, réinterprétée avec une criante vérité et une telle beauté que ça m'a pris au ventre. L'album regorge de réinterprétations magnifiques. Entendre Les soeurs Boulay chanter L'engeôlière, Safia Nolin chanter Va-t'en pas, Keith Kouna chanter Jenny, Klô Pelgag et Philippe Brach s'approprier sublimement Les Yankees - et je pourrais en nommer d'autres - ça donne des frissons, ça donne un titre de noblesse au trop souvent banal «album de reprises». Et la réalisation est impeccable. Ça donne envie de voir le résultat sur scène, au Festival d'été, sur les Plaines, le 6 juillet.