Les coups de coeur de Ian Bussières

Solomon Gursky Was Here
On entend souvent parler de The Apprenticeship of Duddy Kravitz, qui l'a révélé, ou alors de Barney's Version, porté à l'écran par Richard J. Lewis en 2010, lorsqu'il est question de Mordecai Richler. Son oeuvre maîtresse est cependant son avant-dernier roman, une saga familiale passionnante et un peu bizarroïde qui, dit-on, emprunte énormément à l'histoire de la famille Bronfman. À travers le personnage de Moses Berger, on retrace l'histoire de la richissime famille Gursky, de l'arrivée du coloré patriarche Ephraïm au Canada jusqu'aux querelles intestines entre ses descendants, sans oublier le mystérieux Solomon, fils maudit d'Ephraïm. L'humour caustique de Richler est présent tout le long des pages de ce livre qui se lit comme une épopée familiale dont il est impossible de décrocher.
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Praise You
Hannah Grace, jeune chanteuse du pays de Galles, est peu connue en Amérique, mais elle a une voix superbe et un talent exceptionnel qui l'ont amenée à assurer la première partie de la dernière tournée d'Hozier dans sa portion européenne. Ce simple lancé il y a quelques mois constitue une excellente reprise du mégasuccès du DJ Fatboy Slim (Norman Cooke) qui, mine de rien, a presque 20 ans. La reprise emprunte encore davantage à Take Yo' Praise de Camille Yarbrough, dont Cooke avait utilisé des extraits dans la pièce originale. Hannah Grace se l'approprie et l'amène encore plus loin. Sans oublier les cinq notes tirées d'un obscur album test de la compagnie JBL Electronics qui rythment encore la pièce d'un bout à l'autre sous plusieurs déclinaisons.
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Gung Ho, de Shaka-Ponk
Le collectif français punk-electro-funk-metal-hip-hop (oui, oui, ils sont vraiment tout ça!) Shaka-Ponk lancera un nouvel album en novembre, son sixième. En attendant, ils ont lancé un minialbum, en vente malheureusement seulement sous forme de MP3 ou de diffusion en continu, et un vidéoclip très élaboré pour la pièce Gung Ho. Même s'il peut paraître un peu anachronique d'investir dans un clip de cette envergure à l'heure où même MusiquePlus, MuchMusic et MTV tournent de plus en plus le dos à la musique sur vidéo, la bande du chanteur François Charon a décidé de s'y risquer, et avec succès. Shaka-Ponk livre ainsi un court-métrage dirigé par Guillaume Paraniello, à mi-chemin entre le film noir et l'univers de Mad Max, le tout propulsé par un air très accrocheur et les gros riffs du guitariste Cyril Roger. Ceux qui aimaient le son métissé du groupe montréalais Bootsauce devraient adorer.
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The Man in the High Castle
Le fait qu'Amazon Prime ait lancé une série télé inspirée de l'oeuvre uchronique de Philip K. Dick (Blade RunnerTotal RecallRapport minoritaire) donne envie de lire le livre, lauréat d'un prix Hugo en 1963. Ne serait-ce que pour pouvoir mieux juger son adaptation télévisée. Le concept est très intéressant : l'action se déroule dans les années 60 dans un monde où les forces de l'Axe auraient remporté la Seconde Guerre mondiale. Les États-Unis sont alors séparés en trois, la partie occidentale étant occupée par le Japon et la partie orientale, par l'Allemagne. Seule une petite section au centre, équivalant à un territoire un peu plus grand que le Colorado, est toujours «libre». Le souci du détail historique de Dick apporte beaucoup au récit alors qu'on peut apprendre en même temps le «destin» des acteurs importants du deuxième conflit mondial dans cette réalité modifiée.