Les coups de coeur de François Bourque

Voici les choix de notre chroniqueur François Bourque.

SÉRIE TÉLÉ

Fargo 

Il y a dans le scénario de cette série som-bre américaine quelque chose qui rappelle Breaking Bad. L’histoire se passe à Bemidji, un bled au Minnesota. Dans la première saison, la vie d’un médiocre vendeur d’assurance, parfait anti-héros, déraille dans la violence et le mensonge après une rencontre avec un étrange visiteur de passage en ville. La série de Noah Hawley est basée sur le film du même nom des frères Cohen sorti en 1996. Elle a remporté nombre de distinctions aux Emmy Awards. J’ai aimé les paysages de neige et de banlieues délabrées. Un ton déroutant, entre drame et caricature. L’absurdité de dialogues qui trébuchent sur des détails dérisoires. Attention aux scènes brutales. Chaque épisode commence avec la mention «histoire vraie». Ce qui est faux!

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DISQUE

BLUE MAQAMS
D’ANOUAR BRAHEM

Je continue à me bercer à la musique aérienne du joueur d’oud tunisien Anouar Brahem. Comme sur ses titres précédents, Blue Maqams, paru en 2017, fait voyager aux frontières du classique, du jazz et de la musique traditionnelle arabe. On y entend les silences du désert, ses mirages, ses plages de contemplation et de découvertes exotiques qui s’égarent parfois sur des rythmes incantatoires. J’écoute en marchant, en préparant des repas, en fin de soirée, en écrivant. Cette musique détend l’âme. Le site Internet de Brahem ose évoquer pour ce disque le Kind of Blue de Miles Davis en raison de sa diversité sonore. On y retrouve des musiciens de renom : le contrebassiste Dave Holland, le batteur Jack DeJohnette et le pianiste Django Bates. 

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Blade Runner 2049

FILM

Blade Runner 2049

J’ai une relation ambivalente avec la science-fiction. Pas d’intérêt pour les Star Wars, Seigneurs des anneaux et autres zombies. Mais beaucoup pour les 2001 : L’Odyssée de l’espace, Seul sur Mars ou ce poétique Blade Runner 2049. J’ai adoré la texture des images, baignées d’ocres, de gris et de mystère ; le contraste du rythme, entre urgences et lenteurs. Un voyage futuriste dans le décor distant d’une Los Angeles post apocalypse. Mais aussi, un voyage introspectif sur le fil de plus en plus ténu entre intelligence artificielle et humaine. Les critiques ont noté l’habileté du film à respecter le Blade Runner original (1982) tout en l’amenant ailleurs. Vrai, mais ce Villeneuve tient aussi la route même s’il ne nous reste du premier qu’un souvenir évanescent. 

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LIVRE

Souvenirs de la marée basse

J’aime la mer, la plage et les vagues (pas trop froides), mais la nage m’ennuie. Peut-être est-ce ce qui m’a attiré vers ce roman. La nage pour fuir. Pour défier les interdits. Pour la sensualité. La liberté. Le récit s’ouvre sur une scène de douce irrévérence. C’est la France de l’après-guerre. Jackie, fille aux allures de garçon, se glisse dans les eaux du Grand Canal des Jardins de Versailles. Le reste n’est plus. Seulement une jeune fille qui nage. Arcachon, Cap Ferrat en Méditerranée. La famille suit l’eau et la mer. Une écriture efficace. «Mes grands-parents n’eurent qu’un désir : revenir. Ce qu’ils ont répété chaque été. À chacun de leur retour, le jardin, mince zone forestière entre la maison et la dune, avait rétréci. Le sable l’envahissait.» Ce roman invite au voyage.