Les coups de coeur d'Annie Morin

Bande dessinée

Boule à zéro

Pleurer en lisant une bande dessinée pour enfants, oui, ça se peut. Bon, c’est vrai, je suis une sensible. Mais imaginez un peu le sujet: les aventures d’une jeune fille hospitalisée depuis (trop) longtemps et d’autres petits patients qui passent, qui restent et qui meurent parfois dans ce milieu pas si hospitalier. Zita est un personnage attachant. Elle a 13 ans, mais l’air d’en avoir moitié moins, et comme elle n’a pas de cheveux, d’où la «boule à zéro», elle se fait prendre pour un garçon. Dans l’hôpital qui est sa maison, Zita joue des tours, fait la fête et le plein de tendresse aussi, en l’absence de sa maman qui ne vient pas assez souvent. Le scénariste Zidrou et le dessinateur Serge Ernst, des Belges, dépeignent avec humour et sensibilité l’univers des enfants hospitalisés. On s’y amuse et on y pleure un peu aussi. Déjà sept tomes. 

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Chanson

Moi, Elsie

J’ai découvert cette chanson par l’entremise de Pierre Lapointe, qui en a signé la musique et la chante sur son disque Seul au piano datant de 2011 déjà. Le magnifique texte, qui raconte l’amour d’une femme inuit pour un homme blanc de passage, a été composé par Richard Desjardins. Un duo d’enfer réuni pour une offrande à Elisapie Isaac, qui a été la première à l’endisquer en 2009 et a tourné un superbe vidéoclip avec des images saisissantes du Nord. Non satisfait d’avoir écrit les paroles, Desjardins a aussi proposé ses propres arrangements sur L’existoire. Après avoir entendu récemment une version jazz, je suis retournée aux trois interprétations précédentes. C’est encore celle de Pierre Lapointe que je préfère et qui me touche le plus. Au point d’oublier que c’est un homme qui chante les sentiments d’une femme. Il faut le faire. 

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Télévision

Faits divers

Je ne suis pas une fan de télé. Je n’ai pas le temps de m’asseoir et je suis difficile à satisfaire. Mais sur le tard, l’automne dernier, j’ai embarqué à fond dans la série policière — et j’oserais dire humoristique — Faits divers, écrite par Joanne Arseneau. D’abord il y a de l’action, beaucoup d’action, des personnages colorés et complexes, extraordinairement joués par des acteurs de grand talent, et une douce folie qui fait du bien. En plus, ça se passe en «région», dans le nord de Montréal, ce qui donne lieu à des passes d’armes entre policiers des villes et policiers des champs. Rires garantis. En famille, nous avons consommé les 10 épisodes d’une heure en l’espace de quelques jours et attendons avec impatience la deuxième saison. Petit conseil: garder la télécommande pas loin pour appuyer sur pause, au cas où quelqu’un perd le fil.

Isabelle Blais et Fabien Cloutier dans Faits divers

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Arts visuels

Espagne

Ma toile préférée s’appelle Espagne, mais elle se trouve à Québec, au Musée national des beaux-arts. C’est une œuvre de Jean-Paul Riopelle, qui l’a peinte en 1951. Le grand artiste québécois nous offre un concentré de couleurs vives qui explosent, giclent, se chevauchent, se narguent. Le relief, la texture, typiques de Riopelle, ajoutent à la complexité et au charme de l’immense œuvre. J’imagine le peintre armé de ses spatules, dans son studio bordélique de Paris, qui planche sur son Espagne, mon Espagne, en passant par toute la gamme des émotions. Chaque fois que je vais au musée, je fais le détour pour tester mon amour, m’assurer que c’est bien la bonne, la seule et l’unique. Chaque fois, c’est un coup de foudre renouvelé. Admirer au passage l’Hommage à Rosa Luxemburg n’est pas une punition non plus. 

Espagne, de Jean-Paul Riopelle