Nathalie Thibault devant le tableau «Assemblage 5»

Les chorégraphies au rouleau de Nathalie Thibault

Nathalie Thibault a trouvé un titre parfait pour évoquer son travail en peinture, à la fois gestuel et contrasté: «Parades et ripostes». Deux termes propres à l’escrime, mais aussi des mots qui peignent dans notre esprit de glorieux défilés scintillants et des réponses vives, précises et contestataires.

Celle dont on a vu le travail dans plusieurs évènements collectifs (dont une exposition dans le futur Diamant) et divers centres d’artistes présente sa première exposition solo à Québec depuis belle lurette. Une initiative d’Anne D’Amours Mc Donald, fondatrice de la Galerie.a, un nouveau joueur sur le marché de la représentation des artistes en art actuel à Québec. 

On reconnaît d’abord les œuvres de Nathalie Thibault à leurs formes oblongues (bien que la règle ne soit pas absolue). «L’idée de travailler avec cette forme est venue de ma première expérimentation sur une planche de skateboard, indique-t-elle. C’était un support plus restreint au niveau gestuel, moins satisfaisant pour moi, mais une fois agrandie, je me suis aperçue que la forme oriente vraiment mes actions.»

Nous sommes dans son atelier, au troisième étage d’un vieil immeuble de la rue de la Barricade, entre le Musée de la civilisation et la Caserne Dalhousie. On voit danser les reflets des nuages et d’un clocher par les fenêtres. Les plantes, les outils et la peinture sont disposés au fond de la pièce lumineuse, le sol est couvert par une pluie de gouttelettes colorées. Tout y est vivant et joyeux.

Après s’être fait déloger du Vieux-Limoilou, puis d’un immeuble de Saint-Roch qui devait accueillir des bureaux ou des condos, l’artiste a fait son nid dans le Vieux-Port. Le papier peint dans l’escalier date d’une autre époque, on entend l’eau circuler dans les tuyaux, l’ascenseur est condamné, mais dans les locaux aux hauts plafonds où tout a été repeint en blanc et tout est calme, plusieurs créateurs ont trouvé leur compte.

Beaux accidents

Nathalie Thibault a presque autant de rouleaux à peinture que de pinceaux. L’outil lui permet, en un geste, d’étaler plusieurs couleurs, de créer de fascinants dégradés et de créer des effets tubulaires, presque 3D. «C’est un geste plus mécanique, qui me sort de la gestuelle lyrique et qui est plus difficile à contrôler qu’un pinceau, ce qui crée de beaux accidents», note l’artiste. 

«Parades et ripostes», acrylique sur toile, 32 x 48 po

Les effets que font apparaître un manque de peinture ou un mélange inusité sont imprévisibles. Risqués, aussi, puisque l’artiste est économe : les gestes sont soigneusement exécutés sur le canevas, toujours visible, et maculé d’une couche transparente qui le protège et fait glisser la peinture. Ça n’a pas toujours été le cas. «Il y a plusieurs années, j’accumulais des dizaines de couches de peinture sur les toiles, ça n’arrêtait jamais. Alors je me suis imposé de mettre moins de matière, de conserver des zones brutes», explique-t-elle.

Celle qui a longtemps défendu les couleurs mal-aimées (les taupes, les beiges, les kakis) leur accole maintenant des oranges, des bleus francs et des roses vifs. «J’essaie de structurer davantage l’espace avec la couleur, pas seulement d’habiter l’espace avec mes gestes», note-t-elle. Lorsqu’elle peint, un geste en appelle un autre, créant des mouvements et des déséquilibres, dans une exploration libre, presque chorégraphique.

Avec de l’acrylique, elle crée des aplats aussi lisses que du plastique, des effets d’aquarelle, en transparence, et des traces brutes qui rappellent la peinture à doigts ou les traits de crayon de cire.

Plusieurs émotions cohabitent et luttent dans le même tableau. Certains moments nous appellent, sont d’une beauté fascinante, tendre; les couleurs brillent et les formes s’appuient tendrement l’une sur l’autre. Puis le regard se déplace et heurte un segment plus sauvage, qui fulmine.

Parades et ripostes sera présenté du 28 novembre (vernissage dès 17h30) au 16 décembre, au 765-B, rue Saint-Joseph, Québec. Entrée libre du mardi au dimanche, de 11h à 20h.

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UN NOUVEAU LIEU POUR L'ART ACTUEL

Fondée en avril par Anne D’Amours Mc Donald, la Galerie.a a pour mission de se spécialiser dans la promotion internationale d’artistes en art actuel. Les moyens qu’envisage la jeune femme d’affaires passionnée d’art visuel sont toutefois peu traditionnels. Plutôt que de louer un local et d’y accrocher des œuvres ou d’enchaîner les expositions, celle-ci mise sur des moyens plus nomades, qui s’adaptent à la production des artistes ou aux opportunités d’affaires qui se présenteront. «Par la réalisation d’évènements, de projets spéciaux, de foires et d’expositions au Québec et à l’étranger, la galerie vise à développer un réseau international d’artistes et de collectionneurs pour l’art actuel québécois», formule Mme D’Amours. Elle a installé son quartier général au 17, rue de la Barricade, suite 306, au milieu des ateliers d’artistes, et prépare une programmation pour la rentrée culturelle de janvier. Jusqu’à maintenant, Jo Mendel, Luca Fortin, Virginie Mercure et Nathalie Thibault font partie de l’aventure. Info: galeriea.ca