Aux antipodes de son rôle de Boule de quilles dans «Unité 9», Kathleen Fortin (à droite) mène le bal, dans le rôle de Germaine Lauzon.

«Les belles-soeurs»: du théâtre musical de haut calibre

CRITIQUE / Cinquante ans après sa création, la pièce «Les belles-soeurs» ressuscite pour une quinzaine de représentations en novembre, au Capitole, dans une vivifiante et touchante formule musicale qui insuffle une nouvel élan à ce classique des classiques du répertoire théâtral québécois.

Montée pour la première fois il y a huit ans, au Théâtre d’aujourd’hui, à Montréal, la version revisitée de la célèbre offrande de Michel Tremblay reprend les textes originaux déclinés par une douzaine de personnages féminins qui poussent la chansonnette de façon très convaincante, que ce soit en groupe, en duo ou en solo. À chaque fois, la foule a chaleureusement applaudi, avec raison, chacun de ces segments qui se marient à merveille, sans briser le rythme, à la structure dramatique de la pièce.

Aux antipodes de son rôle de Boule de quilles dans Unité 9, Kathleen Fortin mène le bal, dans le rôle de Germaine Lauzon, cette ménagère qui invite un groupe d’amies à «un party de collage de timbres» dans le but de mettre la main sur les prix tant convoités d’un catalogue. Le reste de l’histoire, connue de tous, ne se déroulera pas comme prévu. Jalousie, mesquinerie et coups bas s’inviteront à cette soirée où la solidarité féminine sera mise à mal, laissant la pauvre Germaine complètement détruite.

Réunies dans le décor d’une cuisine rétro des années 60, avec un second palier servant de salle d’attente, ces femmes aux langues bien pendues font écho au carcan social étouffant de leur époque. La colère, la rage et la tristesse ne sont jamais très loin.

Les intermèdes chantés, sous une musique de Daniel Bélanger, se fondent à merveille dans la mise en scène entraînante et colorée de René Richard Cyr, également auteur du livret. Soutenus par quatre musiciens, ils font écho aux frustrations, drames et rêves de cette tribu coincée dans une «maudite vie plate».

Les chansons se font tour à tour dramatiques, drôles — avec le ver d’oreille J’ai-tu l’air de quelqu’un qui a déjà gagné quek’chose? — et attendrissantes.

La soirée offre de beaux solos, comme celui de Jade Bruneau, émouvante dans une adresse à l’élu de son cœur; d’Éveline Gélinas qui pleure son «criss de Johnny»; et de Sonia Vachon, troublante dans sa dénonciation du «devoir conjugal» imposé par son mari, un destin «bien plus triste que ben des vues parce que ça dure toute une vie».

La chanson Ode au bingo, où les personnages se déplacent au ralenti, donne lieu, en seconde partie, à une scène chorale des plus réussies, avec une conclusion dansante où les femmes transportent les objets remportés comme de véritables trophées. Un message sur la vaine course au bonheur par la consommation qui n’a rien perdu de sa pertinence.

Au final, le brio de cette magnifique brochette d’actrices, conjuguée au talent de Cyr et Bélanger, font de cette version revampée un divertissement de haut calibre.