Les belles histoires du Salon du livre

Notre journaliste Normand Provencher ainsi que nos photographes Jean-Marie Villeneuve et Erick Labbé ont passé toute la journée de vendredi au Salon du livre de Québec. Voici les histoires qu'ils nous ont rapportées.

9h: Elisabeth Bussières, une mère de famille de Québec, attend avec impatience l’ouverture des portes, en compagnie d’Édouard, 6 ans, et Théo, 9 ans. Ils sont les premiers visiteurs du Salon. «On a fait l’école buissonnière pour venir ici», mentionne-t-elle. Ses deux gamins viennent chaque année avec elle. «Ils ont un budget de 20 $ pour s’acheter des livres. Ils font le tour des maisons d’édition.» L’écrivain jeunesse Alex A. est leur favori. Quelques minutes plus tard, ils sont devant lui, à faire dédicacer un livre.

9h02: Les élèves de troisième et quatrième année de Monsieur Jean-François (Carrier), de l’école de l’Aventure, sur le boulevard L’Ormière, fait le pied de grue dans le hall d’entrée, où l’effervescence règne. La clientèle scolaire forme une part importante de la clientèle du Salon : plus de 16 000 par année, 24 000 si l’on tient compte de ceux qui viennent avec leurs parents. «Qu’est-ce que tu es venue voir?» demande Le Soleil à Sophie, 9 ans. «Ben, des livres…»

9h47: À L’espace Jeunesse, une vingtaine de bouts d’choux de 3 à 8 ans sont assis par terre pour assister au spectacle de Cindy Roy, une fée conteuse affublée d’ailes et d’une jupe faite de pages de livres. Original. «Levez la main ceux qui ont déjà inventé des histoires?» Quelques mains se lèvent. «C’est bien, ça veut dire que vous êtes des écrivains.» Pendant que la fée conteuse lit les albums La crocinelle et La tarte aux fées, Général Patente (Marc Duval) aide les jeunes visiteurs, de plus en plus nombreux, à se trouver une place.

10h37: Au stand des Éditions Hurtubise, judicieusement installé près de l’entrée, l’auteure jeunesse de Lévis Carolyn Chouinard, une invitée du Salon, prend un selfie avec une admiratrice. «Il n’y pas que des jeunes qui me lisent, il y a aussi des adultes. Comme moi, je lis un peu de tout.» Des exemplaires de son dernier bouquin, Sur le rythme, reposent devant elle. Elle en fait une présentation à Emma et Élodie, deux adolescentes de l’école Les deux rives de Saint-Georges de Beauce.

10h45: À la scène des Rendez-vous littéraires, Rachida Azdouz parle de son essai Vivre ensemble n’est pas un rince-bouche. L’animatrice Danielle Laurin lui demande son opinion sur la controversée question du port du hijab par une jeune étudiante en techniques policières. «Je ne la dirai pas. Je ne crois pas que ça intéresse les gens. Si j’en parle, je vais avoir une influence sur les gens. Les universitaires peuvent avoir un pouvoir moral sur les gens et je refuse d’abuser de ce pouvoir. Ce que je sais, par contre, c’est que si elle ]la future policière] porte plainte, elle va gagner, car il y a jurisprudence.»

11h26: Loin de la cohue sur le plancher, la directrice des communications du Salon, Johanne Mongeau, et le gestionnaire des visites scolaires, André Crochetière, observent depuis un bureau, au deuxième étage, les centaines d’élèves qui tourbillonnent autour des stands. «C’est une grosse gestion qui commence au début octobre. Les visites sont condensées en trois heures l’avant-midi», explique M. Crochetière, entre deux remarques sur le dernier livre de Dany Laferrière, Autoportrait de Paris avec chat. «Je le trouve particulier.»

11h36: Deux habituées du Salon, Renée Berger et Francine Bélanger, en ont encore pour une heure à attendre le président d’honneur, Eric-Emmanuel Schmitt, pour une séance de dédicaces de son dernier livre, Madame Pylinska et le secret de Chopin. «J’aime sa fantaisie, sa façon de transposer la philosophie dans un contexte léger mais qui fait réfléchir», mentionne la première. Elles comptent rencontrer plein d’autres auteurs, dont Katherine Pancol et Douglas Kennedy. Mme Bélanger sort sa liste de to do. Impressionnant. Pas le temps de manger entre deux écrivains. «On s’est apporté des biscuits.»

11h48: Près de la scène des Rendez-vous littéraires, où Éric-Emmanuel Schmitt est attendu, le président du conseil d’administration du Salon, John Keyes, savoure la popularité grandissante de l’événement. «D’une année à l’autre, l’achalandage ne cesse d’augmenter, surtout auprès des jeunes.» Torontois d’origine et historien de formation, l’ex-directeur du collège St. Lawrence est à la tête du c.a. depuis 2008.

12h10: Il y a foule pour entendre Éric-Emmanuel Schmitt. De son livre La vengeance du pardon, il avoue : «Le pardon, c’est de dire à l’autre que je ne te réduis pas au mal que tu as fait. Je sais que tu es capable d’autre chose […] Je te restitue ta liberté et l’infini des possibles de tes actions.»

12h52: L’humoriste et animateur d’Occupation double, Jay Du Temple, vit son premier salon du livre à titre d’auteur, avec Histoire de gars, écrit en collaboration avec Simon Lafrance et Patrick Senécal. «J’étais nerveux au début, je me sentais un peu imposteur, mais là, je me sens de plus en plus à l’aise», mentionne-t-il, avant de se faire prendre en photo avec les élèves de sixième année de l’école Barabé-Drouin, de Saint-Isidore.

13h07: Début de la cérémonie du dévoilement du Prix littéraire des collégiens. Une soixantaine d’entre eux ont délibéré la veille jusqu’en fin de soirée pour arrêter leur choix sur Royal, de Jean-Philippe Baril Guérard, incursion dans «la compétition sans merci» que se livrent des étudiants en droit pour assurer leur avenir.

14h18: Marie Laberge s’installe à La Maison des libraires pour offrir quelques prescriptions littéraires à des lecteurs. Et cette dame, Mme Laberge, de quel mal souffre-t-elle? «De la maladie de lire. Ça se soigne par les livres», lance-t-elle dans un éclat de rire. Parmi les livres remèdes, l’auteure à succès recommande Bonheur d’occasion, Lettres à un jeune poète, Orgueil et préjugés et Le malentendu.

14h55: Marie-Thérèse Fortin s’installe à un tabouret, sur la scène des Rendez-vous littéraires, pour lire pendant une bonne heure des extraits de La détresse et l’enchantement, de Gabrielle Roy. La comédienne est au cœur d’un spectacle consacré à la célèbre romancière, présenté en novembre au Trident. Elle lit la première phrase du livre : «Quand donc ai-je pris conscience pour la première fois que j’étais, dans mon pays, d’une espèce destinée à être traitée en inférieure?»

15h45: Au tour de Normand Baillargeon d’offrir ses prescriptions littéraires à des lecteurs venus à sa rencontre. Jacinthe Roy aimerait lire quelque chose sur l’histoire des sciences. Ça tombe bien, le collègue Yves Gingras vient de publier aux éditions Que sais-je? un bouquin au titre qui ne trompe pas, Histoire des sciences. Il lui recommande fortement.

16h24: Patrick Moisan, un fan de bédé, observe le Belge François Walthéry, auteur des 22 tomes de la série Natacha, lui faire une dédicace sous forme de dessin. «C’est l’un des derniers grands de la bande dessinée. On a de la chance de l’avoir à Québec», lance Patrick avant de quitter, son précieux album sous le bras.

17h16: Céline Blanchard fait dédicacer le deuxième tome de la trilogie La symphonie du hasard à son auteur, l’Américain Douglas Kennedy. «J’avais hâte de lire le deuxième.» Traductrice de formation, la dame lui fait remarquer qu’il a fait appel à un nouveau collaborateur pour la version française. «Je vous ai vu à la télé à La grande librairie [sur TV5].»

17h30: L’ex-judoka Nicolas Gill fait la promotion de son autobiographie L’homme aux mille mouvements. On lui serre la main: ouf! méchante paluche. L’athlète de 45 ans, médaillé de bronze et d’argent aux Jeux olympiques de Barcelone (1992) et de Sydney (2000) occupe maintenant le rôle de directeur général de Judo Canada. Le début de la sélection de l’équipe canadienne pour les Jeux de Tokyo, en 2020, prendra beaucoup de son temps dans les prochains mois.

18h: Sur l’heure du souper, la foule se fait plus dense pour l’allocution publique de la Française Katherine Pancol, venue parler de son dernier ouvrage, Trois baisers, qui se déroule dans le monde de la haute couture. «Je ne suis pas une passionnée de mode, mais comme Parisienne, je me sens presque obligée de m’y intéresser. Je suis frappée comment la mode prend tant d’importance dans le monde. C’est une industrie qui fait vivre et rêver beaucoup de gens.»

18h23: Chloé Sainte-Marie entonne la chanson Je marche à toi, d’après un poème de Gaston Miron, à l’occasion d’une «performance poétique et musicale» baptisée Le feu qui te consume. À ses côtés, Marie-Ève Blanchard, lauréate du Grand Prix de poésie Radio-Canada, l’an dernier. De sa longue relation avec Gilles Carle, la chanteuse parle d’un amour «fou et absolu, qui aura été intense jusqu’à la fin».

18h58: Une longue lignée de visiteurs attend dans les couloirs du Centre des congrès pour entrer au Salon. «C’est du jamais-vu pour un vendredi soir», lance Johanne Mongeau, la directrice des communications.

20h32: Patrick Senécal, la «rock star» de la littérature fantastique et d’horreur au Québec, signe la dernière dédicace de la journée pour son livre Il y aura des morts. En heure de pointe, les fans ont défilé au rythme 80 à l’heure. «C’est de la belle job, on s’en plaindra pas.» Samedi, ça risque d’être la folie, ajoute Gabriel Sauvé, de la maison d’édition Alire. «Ça peutfacilement aller jusqu’à une heure d’attente. Patrick a vendu plus d’un million de livresjusqu’à maintenant. Ce n’est pas seulement une vedette du monde littéraire, mais aussi du monde culturel.»

21h: Francine Giguère, adjointe administrative au secrétariat de l’organisation, prend le micro pour annoncer que «le Salon est maintenant fermé». Elle invite les gens à revenir samedi dès 9h. Pour certains visiteurs, «chaque minute est précieuse», conclut-elle.