À la cérémonie d'investiture de Donald Trump, vendredi, la tête d'affiche devrait finalement être le chanteur de country Toby Keith, aux ballades très patriotiques.

Les artistes boudent Trump

Donald Trump a toujours aimé s'entourer de vedettes, lui qui enfant rêvait de travailler à Hollywood. Mais son amour est aujourd'hui à sens unique et les grands du spectacle devraient briller par leur absence à son investiture vendredi.
Plus que tous ses prédécesseurs, le magnat de l'immobilier aura peiné à trouver de grands noms du show-business pour venir à Washington fêter son arrivée à la Maison-Blanche.
Même parmi les artistes qui avaient confirmé leur participation, plusieurs se sont décommandés ces derniers jours, comme la vedette de Broadway Jennifer Holliday, qui a renoncé samedi après une levée de boucliers de ses fans. Ou le B-Street Band, spécialisé dans l'interprétation des chansons de Bruce Springsteen, qui a jeté l'éponge lundi par «respect et gratitude» pour le célèbre auteur de Born in the USA, ardent détracteur du nouveau président.
En décembre, le milliardaire affirmait pourtant sur Twitter que les célébrités le suppliaient pour obtenir des places pour la multitude de bals et d'événements festifs accompagnant traditionnellement l'arrivée d'un nouveau président américain. Tout en reconnaissant que l'écrasante majorité du monde du spectacle avait soutenu sa rivale Hillary Clinton.
Si de grands noms de la musique et du cinéma - comme Katy Perry, Cher ou Scarlett Johansson - sont bien attendus à Washington dans les prochains jours, ce n'est pas pour fêter son investiture, mais pour manifester contre, lors de la grande Marche des femmes prévue samedi.
À défaut d'attirer des vedettes, Trump a tout fait ces derniers jours pour minimiser leur importance, assurant que la journée serait «très, très élégante», avec la participation de «formidables talents».
Ils ont dit non
Tom Barrack, organisateur de la cérémonie, est même allé jusqu'à laisser entendre qu'il pouvait se passer de vedettes puisqu'avec le milliardaire, «nous avons la chance d'avoir la plus grande célébrité du monde». Il a promis une cérémonie toute en «douce sensualité».
De fait, bien que M. Trump ait été un habitué des magazines people dans les années 80, il a braqué beaucoup d'amis du show-business pendant sa campagne en attaquant les immigrés, surtout hispaniques, les musulmans et d'autres minorités. Beaucoup d'artistes ont protesté contre l'utilisation de leurs chansons dans ses rassemblements.
La récente cérémonie des Golden Globes a confirmé que Hollywood restait farouchement hostile au nouveau président. Et le rappeur Snoop Dogg a même menacé de représailles tout Noir qui se produirait à l'investiture.
L'équipe Trump a reconnu avoir approché des vedettes comme le Britannique Elton John, le tenor italien Andrea Bocelli ou encore la légende du country Garth Brooks. Tous ont décliné.
La tête d'affiche devrait finalement être le chanteur de country Toby Keith, aux ballades très patriotiques. Parmi les autres artistes confirmés figurent la jeune soprano Jackie Evancho, 16 ans, et le chanteur country Lee Greenwood.
Les célèbres Rockettes, danseuses connues pour leurs ronds de jambes et leur traditionnel spectacle de Noël à New York, seront aussi de la fête. Le responsable de la troupe a d'avance excusé celles préférant s'abstenir.
Beach Boys, dernier espoir
Le seul grand nom qui pourrait peut-être encore s'ajouter est celui des Beach Boys. Même si, avec les dernières annulations, leur apparition semble de plus en plus improbable.
Les auteurs de Good vibrations, légendes de la pop des années 60, sont connus pour avoir été proches du défunt président républicain Ronald Reagan.
Si Hollywood et la musique penchent traditionnellement côté démocrate, les précédents présidents républicains n'avaient pas tant peiné pour attirer des vedettes. Ricky Martin était venu pour George W. Bush, et Barbra Streisand, bien que progressiste, avait chanté pour son père en 1989.
Mais même dans le milieu plus conservateur de la musique country, les artistes savent que leurs fans sont de tendances politiques diverses et qu'ils pourraient pâtir de s'afficher avec un président si controversé, explique Eric Kasper, expert en musique et politique à l'Université du Wisconsin-Eau Claire.
Ce quasi-boycottage du monde du spectacle témoigne d'un pays hautement polarisé, souligne M. Kasper, mais aussi de l'impopularité du milliardaire : selon un sondage Gallup, jamais président moderne n'avait été aussi impopulaire lors de son investiture.
Donald Trump «devrait peut-être chanter lui-même quelque chose», a ironisé pour Vanity Fair une vedette de Broadway, Idina Menzel. «Il pense probablement qu'il a une voix formidable. Il pense que tout ce qu'il fait est formidable.»