Léo Roy a décidé d’écrire une deuxième édition plus complète de La merveilleuse époque des groupes québécois des années 60, cette bible des collectionneurs et amateurs de rock’n’roll.

Léo Roy replonge dans la folle époque des années 60

Les Vampires, les Habits Jaunes, César et les Romains, les Incas, les Asteks, et bien sûr les Bel-Air et les Bel-Canto... Après avoir lancé en 2003 le livre «La merveilleuse époque des groupes québécois des années 60», Léo Roy a décidé replonger dans cette période colorée où les groupes québécois faisaient la loi tant sur les palmarès que dans les salles de danse de la province.

L’auteur de Québec, qui a pleinement vécu cette époque dans la capitale, a décidé d’écrire une deuxième édition bonifiée de cette bible des collectionneurs et amateurs de rock’n’roll. Paru aux éditions Un Arbre, Un Livre, il fera le lancement du livre samedi à la librairie Morency du centre commercial Fleur de Lys. 

Passionné de musique, Léo Roy avait au départ lancé son projet après avoir écrit des articles pour la défunte revue Rendez-vous et pour la revue française Juke Box Magazine. Après avoir déterré au cours des 15 dernières années les œuvres de quelques groupes des années 60 dont il ignorait alors l’existence, l’auteur a aussi reçu des informations par l’entremise de Facebook d’autres collectionneurs et passionnés de musique québécoise, mais aussi d’ex-membres de ces groupes autrefois fort populaires qui lui ont permis d’offrir une œuvre plus complète.

«J’ai décidé de retirer de cette édition les groupes nés dans les années 50, comme les Jérolas et les 3 Clés, pour me concentrer vraiment sur la décennie de 1960 à 1969, une époque qu’on ne reverra jamais, celle des groupes québécois souvent plus populaires que leurs homologues américains et français et des salles de danse toujours pleines à craquer», explique ce baby-boomer de 70 ans.

Nouvelles apparitions

Parmi les groupes qui font leur apparition dans cette seconde édition, les Caïds, un groupe de Rouyn-Noranda qui arborait un look à la Al Capone et avait comme chanteur et guitariste Marc Hamilton, et les Cavemen, un groupe montréalais dont les membres s’habillaient en hommes des cavernes et dont le guitariste était Arthur Cossette, un ancien des Jaguars qui a plus tard joint les légendaires Sinners.

«L’arrivée des Beatles en Amérique a tout changé, elle a créé des “vocations” musicales chez certains jeunes. Et au Québec, on avait comme particularité d’avoir des groupes aux looks et aux noms plutôt colorés. C’était quelque chose qui venait des gérants qui voulaient voir leurs protégés se distinguer», explique-t-il.

Ainsi sont nés les Habits Jaunes, les Gants Noirs, les Têtes Blanches, César et les Romains, Goliath et les Philistins, Prosper et les Too Much, les Jaguars et leurs habits tachetés et les obscurs Vampires, dont les membres jouaient avec la tête recouverte de cagoules noires.

«Souvent, ces groupes étaient des étoiles filantes qui duraient trois ou quatre ans et disparaissaient après avoir lancé un ou deux 45 tours, parfois un 33 tours. Des gars des Habits Jaunes m’ont déjà dit qu’ils avaient dû payer pour faire un démo! Pourtant, nos groupes étaient souvent meilleurs que les groupes de France. L’âge d’or des groupes au Québec a été les années 1964, 1965 et 1966. C’est l’ouverture des discothèques qui les a tués, c’est ce qui a remplacé les groupes dans les bars», poursuit-il.

Vedettes locales et lieux cultes

À Québec, les vedettes locales étaient les Bel-Air, les Bel-Canto, les Mégatones, dont faisait partie Denis Champoux qui a plus tard fait carrière dans la musique country, les Intrigantes, un rare groupe féminin dont les membres jouaient toutes d’un instrument, et les Gants Noirs, dont le chanteur et guitariste Ronny Tweddell est maintenant un résident de Lévis.

«Et les endroits où on pouvait entendre tant les artistes locaux que les vedettes de l’extérieur de passage à Québec étaient le Moulin Rouge à Limoilou, le mythique Baril d’huîtres, le centre Monseigneur Marcoux, le centre des loisirs Saint-Sacrement, le Manoir Gravelbourg et le Puff Club qui appartenait à Guy Thivierge, une personnalité de la radio et de la télé», raconte Léo Roy.

Plusieurs de ces groupes enregistraient des versions françaises de succès américains et britanniques, mais certains optaient pour des compositions, notamment les Lutins, un groupe formé d’adolescents qui proposait un rock garage en avance sur son temps, le groupe anglophone The Haunted ou encore les Bel-Canto, dont le titre Découragé, composé par le guitariste Guy Bolduc et le bassiste  René Letarte, a fait la renommée.

Médias

Les médias suivaient aussi de très près de la scène musicale québécoise. «Il y avait le magazine Photos Vedettes qui couvrait beaucoup les groupes de Montréal et de Québec, mais aussi l’émission Teen Club, une version québécoise de l’émission American Bandstand, diffusée sur la station de télé anglophone locale CKMI. Tous les groupes, mêmes francophones, passaient par là et tous les jeunes allaient danser là le samedi après-midi et se regardaient à la télé le samedi soir!» se souvient Léo Roy à propos de l’émission diffusée en différé et animée par Norm Wright.

L’auteur a d’ailleurs aussi choisi d’aborder le contexte médiatique de l’époque en ouverture de son livre avec notamment les émissions de télé et les journaux consacrés à la musique québécoise, le cinéma et les fameux palmarès Méritas, Échos Vedettes et Disque-Ton, dont les numéros un sont répertoriés dans le livre.