Alain Lefèvre n'a pas été seulement éloquent sur son piano ou son intensité n'a en rien sacrifié la précision de ses gestes. Il l'a aussi été quand il a pris la parole pour inviter les mélomanes à soutenir leur orchestre et à se souvenir d'André Mathieu.

Lefèvre et le concerto de Québec: aux armes, mélomanes!

CRITIQUE / On ne pourra pas reprocher à l'Orchestre symphonique de Québec d'avoir ouvert sa saison avec un programme lisse. Outre les effusions lyriques et échevelées qui traversaient le menu musical concocté par Fabien Gabel, le pianiste Alain Lefèvre a lancé un vif appel aux mélomanes à soutenir leur orchestre et à se souvenir des André Mathieu de ce monde.
Propulsé par l'ovation qui a salué la fin de son interprétation de la partie soliste du Concerto de Québec, le pianiste s'est lancé dans un appel enflammé, exigeant qu'on se souvienne de «ce petit bonhomme presque oublié» au détriment «de chanteuses idiotes qui, elles, remplissent le Centre Bell». Si la formulation a suscité quelques holà autour de moi, la foule, encore sous l'effet de la flamboyante prestation, semblait prête à répondre à son appel. «Battez-vous pour votre orchestre. Il y a une lutte à mener !», a soutenu Lefèvre avec ferveur.
C'est toutefois sur le clavier qu'il est le plus éloquent, et où son intensité ne sacrifie en rien la précision de ses gestes. Suivre, en ouverture, sa main gauche croisant inlassablement la droite, puis les mélodies insoumises, les dégringolades légères et les marches impétueuses qu'il tire de l'instrument pour répondre au surprenant dialogue que Mathieu a inventé - à 14 ans, rappelons-le - entre le piano et l'orchestre.
Celui-ci a été vif et fier et a répondu avec panache et douceur, flamboiement et constance. Tout dans cette oeuvre semble affaire de contrastes, de volumes et de lignes. Si le second mouvement nous donne parfois l'occasion d'errer un peu dans nos pensées, la subtilité d'un trait musical nous accroche soudain comme un hameçon et les débordements de la finale nous laissent essoufflés et heureux.
Avant le Concerto de Québec, l'OSQ a interprété Le rocher, un poème symphonique de Rachmaninov inspiré d'une nouvelle de Tchekhov, mais hautement plus scintillant et ornementé que les écrits de l'auteur russe.
Le concerto pour orchestre de Bartok, en deuxième partie, semblait répondre avec d'infinies subtilités à la prose d'André Mathieu. Les différents groupes d'instruments y prennent la parole à tour de rôle, dans un agréable ballet tout sauf scolaire, à la construction envoûtante. Une musique patinée de liberté, dans laquelle l'austro-hongrois a intégré de multiples petites touches impressionnistes, des moments dansants, des passages qui évoquent la musique de carrousel, la fête, voire les dessins animés. Le chef, pendant cette pièce, semblait prendre la musique à bras-le-corps, puis sur le point de s'envoler.
Ce programme (sans la pièce de Rachmaninov) sera de nouveau présenté demain à 10h30 (précédé d'une causerie à 9h30) au Grand théâtre de Québec. Info: www.osq.org