Créée au Rideau-Vert en 1987, la pièce «Le vrai monde?» de Michel Tremblay reprend vie dans la capitale dans une mise en scène de Marie-Hélène Gendreau.

«Le vrai monde?»: toujours d’actualité

CRITIQUE / De deux choses l’une : soit certains débats et comportements demandent beaucoup de temps pour évoluer, soit Michel Tremblay était un peu visionnaire en signant il y a plus de 30 ans «Le vrai monde?», qui fait résonner ces jours-ci au Trident des thèmes ayant défrayé la manchette dans les derniers mois.

Créée au Rideau-Vert en 1987, la pièce reprend vie dans la capitale dans une mise en scène de Marie-Hélène Gendreau, au terme d’un été où il a souvent été question de liberté d’expression et des limites qu’un artiste devrait ou non s’imposer, dans la foulée de l’annulation des spectacles SLAV et Kanata de Robert Lepage. Si ce dernier a été accusé par ses détracteurs d’appropriation culturelle envers les communautés noires et autochtones, Michel Tremblay se penchait sur la même question dans Le vrai monde?, mais à un autre degré. 

Dans le programme, l’auteur évoque une «appropriation culturelle au niveau personnel» pour parler de l’œuvre de Claude, son personnage central repris ici par Jean-Denis Beaudoin. Dramaturge novice, celui-ci s’est inspiré de sa famille pour écrire sa première pièce… Ou plutôt pour régler ses comptes avec son père et mettre au jour sa vision de grands tabous familiaux. 

De là un autre thème qui a fait beaucoup de bruit ces dernières années. En cette ère de #MeToo qui a provoqué des vagues de dénonciations d’agressions sexuelles, ce père «tripoteux» campé par Tremblay dans les années 60 ne détonne malheureusement pas vraiment 50 ans plus tard. Tout comme cette honte décrite par les femmes devant des comportements déplacés et qui peine à changer de camp.

Affrontements

Sur scène, les personnages se dédoublent et les points de vue s’affrontent. D’une part, il y a la «vraie» famille de Claude (Nancy Bernier, Christian Michaud et Claude Breton-Potvin) avec ses secrets, son expérience, ses perceptions. De l’autre, il y a les personnages que Claude a créés (Anne-Marie Olivier, Jean-Michel Déry et Ariel Charest) selon sa propre vision des événements survenus dans le passé. Les uns affirment, accusent et s’insurgent, les autres nuancent, nient, se sentent trahis. Le doute s’installe et la vérité, elle, se trouve quelque part entre les deux… 

Porté par une convaincante distribution, le texte vif et punché de Michel Tremblay — qui n’a d’ailleurs pas pris une ride — se déploie sur la scène du Grand Théâtre de dynamique manière sous la direction de Marie-Hélène Gendreau. Si c’est la danse à gogo (incarnée par la double sœur de Claude) qui part le bal, la chorégraphie changera vite de rythme, mais ne s’arrêtera jamais vraiment : dans un décor qui évoque une maison des années 60 (dont la baignoire servira autant de lieu de détente que d’arène de combat) les personnages sont pratiquement constamment en mouvement au fil de cette danse entre le vrai et le faux, entre l’eau et le feu. 

Le vrai monde? est présenté à la salle Octave-Crémazie du Grand Théâtre jusqu’au 13 octobre.

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