Le chef Adam Johnson et l’OSQ accompagneront André Sauvé pour une soirée où les histoires de l’humoriste vont s’amalgamer à des extraits de musique classique.

Le voyage symphonique d'André Sauvé

En créant un spectacle avec l’Orchestre symphonique de Montréal, André Sauvé emmène les spectateurs dans le sous-sol de sa maison d’enfance, où il écoutait les disques de musique classique de son père en inventant les histoires les plus abracadabrantes.

«J’ai toujours vu la musique classique comme des histoires. Il y a un dénouement, une tension, des personnages qui peuvent aller là-dessus», expose l’humoriste.

L’explorateur infatigable des profondeurs de la psyché humaine allait chercher un allié de taille avec la musique symphonique. «Je ne voulais pas parler, puis, qu’il y ait de la musique, et que ça demeure deux univers séparés. Il y a une réelle rencontre, un vrai mariage», assure-t-il.

Comment? D’abord parce la musique prend les émotions qu’on porte en soi et les pousse à leur paroxysme. Ensuite, parce que l’orchestre lui-même peut devenir l’objet d’un monologue imagé. «Dans un numéro, je fais comme si chaque instrument a une personnalité en soi, une trompette, ça éveille, une harpe, c’est plus vaporeux, et je montre comment ils se rencontrent et créent une symphonie», illustre André Sauvé. Un autre numéro nous fera traverser, avec une série d’extraits choisis, toute la «gamme» des émotions humaines.

La musique en sous-texte
«Pour le reste, la musique devient le sous-texte des histoires que je raconte», indique l’humoriste, qui se lancera notamment dans une quête de soi sur la musique du deuxième mouvement de la 7e symphonie de Beethoven. Parmi les autres compositeurs au programme, il mentionne Bach, Albinoni et Chostakovitch.

«Je tenais à ne pas prendre juste de grosses valeurs sûres, mais aussi des œuvres plus recherchées», note-t-il. «Ça me fait grandement plaisir de voir que des gens viennent au spectacle et découvrent l’univers de la musique classique. On a voulu démocratiser, mais pas populariser, écraser, la musique. On veut qu’elle ait de la place!»

Le public est au rendez-vous, puisqu’après trois représentations lors du Festival Juste pour rire 2017, le spectacle s’exporte dans la capitale pour deux représentations, samedi, avec l’Orchestre symphonique de Québec, puis s’installe à la Maison symphonique pour trois soirs la semaine qui vient. Huit représentations d’un même spectacle, c’est du rêve pour un orchestre.

André Sauvé se sent toutefois hautement privilégié, lui qui avoue ne rien comprendre aux notes. «À la première répétition, ils répétaient seulement les pièces, moi j’étais dans la salle, je suis allé voir Pierre Bernard [le metteur en scène] pour lui dire que je serais incapable de parler, que j’avais juste le goût de brailler, raconte-t-il. J’écoutais ça [la musique] dans mon iPod, mais là c’était pour vrai, avec du vrai monde qui jouait. J’étais tellement impressionné. C’était la cerise de la cerise qui était déjà sur le sundae.»

Lorsqu’il s’assoit pendant le spectacle, tout près des musiciens, «il vente quasiment, tellement l’orchestre a une puissance impressionnante». Lorsqu’il livre ses textes, «de les savoir tous derrière moi, ça me hisse vers le haut, ça élève», illustre-t-il.

Solo plus intime
Son prochain spectacle solo, Ça, promet d’être plus intime, mais comprendra certains numéros élaborés pour son spectacle avec orchestre qu’il a poussé plus loin. André Sauvé s’y intéressera aux détours de la vie et à ce qu’on a de la difficulté à nommer, à l’intérieur de soi. Cette part qui pousse malgré nous. «Comme une plante en jardinage. On ne travaille jamais vraiment sur la plante elle-même, mais on arrange tout ce qu’il y a autour», expose Sauvé. La nature, la montagne et le jardin sont ses terrains d’observation préférés, outre la vie elle-même, avec son côté absurde. «On embarque tous dans un bateau en sachant qu’il va couler, mais il faut faire la ride. On peut en profiter ou s’accrocher sur le pont, terrifié, en pensant au naufrage. C’est le genre de réflexions qui m’habitent et que je partage», explique-t-il.

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3 QUESTIONS AU CHEF ADAM JOHNSON

1. On a vu toutes sortes d’amalgames ces dernières années entre les orchestres et d’autres formes d’expression pour tenter de joindre de nouveaux publics. Comment avez-vous reçu la proposition d’André Sauvé?

En humour et en musique, on suit un parcours émotionnel, mais c’est surtout dans les spectacles d’André Sauvé, je ne crois pas qu’on aurait pu faire ça avec n’importe quel humoriste. À la première rencontre, j’ai vu qu’il connaissait très bien la musique et avait des idées très précises des pièces qui pourraient aller avec ses textes.

2. André Sauvé est-il un bon soliste pour un orchestre symphonique?

Les musiciens répondent à son énergie et apprécient ce qu’il amène, le contenu de ses textes. Il a un côté très humoristique, mais très profond aussi. Tout comme la musique sérieuse a son côté léger. Ce n’est pas pour rien qu’on dit qu’on «joue» la musique. Il faut aussi qu’il y ait une part de plaisir.

3. Est-ce que l’humour aide à apprécier la musique?

Pour ceux qui connaissent déjà les pièces, ça va leur donner un autre angle d’approche, alors que ceux qui viennent pour la première fois à l’orchestre ont un contexte, avec les textes, qui aide à mieux comprendre et apprécier la musique. 

André Sauvé et l’OSQ joueront samedi 24 mars, à 14h30 et à 20h, au Grand Théâtre de Québec. Info: 1 877 643 8131