La musicienne Laurence Lafond-Beaulne et David Jolin, du Petit Champlain, sont venus discuter d’astuces pour des pratiques plus vertes dans le cadre du congrès francophone des arts de la scène RIDEAU.
La musicienne Laurence Lafond-Beaulne et David Jolin, du Petit Champlain, sont venus discuter d’astuces pour des pratiques plus vertes dans le cadre du congrès francophone des arts de la scène RIDEAU.

Le virage vert de l’industrie artistique

La nouvelle sensation pop Billie Eilish avait annoncé l’an dernier que sa tournée de 2020 allait être «le plus vert possible»; déplacements intelligents, contenants réutilisables et recyclage sont prévus pour toute son équipe. Elle a rapidement été saluée par l’industrie pour son initiative. Au Québec aussi les choses continuent de se brasser dans le monde artistique du côté «écoresponsabilité».

La musicienne Laurence Lafond-Beaulne (Milk and Bone) et David Jolin (Théâtre Petit Champlain) sont venus discuter d’astuces pour des pratiques plus vertes, dans le cadre du congrès francophone des arts de la scène RIDEAU.

«On essaie de ne pas se sentir coupables, si vous utilisez encore des pailles, on n’est pas super fiers de vous, mais on essaie de trouver des solutions», a lancé l’animatrice du panel Geneviève Côté pour commencer la conversation. La salle était d’ailleurs pleine, tous les acteurs du milieu prenaient des notes.

Le groupe a d’abord parlé de l’existence d’Artistes Citoyens en Tournée (ACT), qui a pour mission de promouvoir les pratiques écoresponsables dans le milieu des spectacles. Le mouvement mis sur pied depuis quelques années est porté par Laurence Lafond-Beaulne, entre autres.

«J’ai eu un choc en me rendant compte des pratiques désuètes qu’on fait encore dans l’industrie. Je me suis mise à chercher des outils et de l’aide pour voir ce que je pouvais changer, comment et dans quel ordre. Il n’y avait rien qui me satisfaisait. Soit je continue à être déçue et fâchée, soit je le crie et je m’allie avec des gens qui ont les connaissances en environnement pour essayer de changer cette industrie-là qui est la mienne», a-t-elle raconté.

Depuis, ACT est un mouvement qui rassemble les gens afin d’échanger sur le sujet, s’outiller et partager les bons coups. Plusieurs artistes et salles de spectacles sont à ce jour certifiés ACT.

«Beaucoup de gens ne savent pas par où commencer. Ça peut être épeurant faire ces changements-là, ça peut paraître gros et ça peut nous freiner et nous empêcher d’avancer.»

ACT est là pour rassurer ceux qui veulent se lancer dans l’aventure verte, le mouvement aide à fixer des objectifs raisonnables. 

Imparfaite

«Il ne faut pas penser qu’on va avoir l’air d’un extraterrestre quand on fait ses demandes», souligne l’animatrice. Plusieurs loges ACT existent dans la province. Sans que l’artiste le demande, ils offriront un approvisionnement écoresponsable; pas de bouteille d’eau, des serviettes au lieu du papier et des repas bio, entre autres.

Laurence Lafond-Beaulne l’avoue sans gêne, elle n’est pas parfaite. Elle est à un stade où elle priorise les transports terrestres et électriques, puis elle rembourse ses émissions de gaz à effets de serre à la fin de sa tournée. Mais récemment elle s’est rendue à Los Angeles en avion pour une collaboration. 

«L’important c’est toujours être dans le travail et l’avancement, puis de se questionner sur les habitudes à changer. La réalité est que mon travail me force à être imparfaite dans mes pratiques, mais je peux faire du mieux possible jusqu’à ce qu’il y ait des options qui m’aident à faire encore mieux», explique-t-elle.

Est-ce qu’elle refusera un spectacle dans une salle qui n’est pas écoresponsable? «Non, la réalité c’est que je souhaite un jour pouvoir le faire, mais en ce moment je ne suis pas rendue là. Pour l’instant, je fais mes demandes dans ma loge.»

Patience et préparation

Pour David Jolin, du Théâtre Petit Champlain (engagé ACT, d’ailleurs), l’intérêt de tourner au vert s’est manifesté chez les employés. S’en est suivi un long processus de changements d’habitudes. 

«C’est bien d’avoir le soutien des employés à l’interne pour entreprendre un virage vert. [...] Une chose à ne pas faire serait de vouloir tout faire tout en même temps. C’est vraiment important d’identifier les priorités, sur quoi on veut miser et d’y aller petit à petit. Faire un changement vert est un projet à long terme, il ne faut pas le voir comme un gros monstre qu’il faut tout de suite aborder», soutient-il.

Depuis 2018, le projet vert s’est mis sur pied. L’équipe a commencé avec le retrait des bouteilles d’eau, l’élimination des pailles et des flèches à cocktails, puis les verres à usage unique.

Une question financière se pose chaque fois, les revenus perdus des bouteilles représenteront-ils un problème? Pour le théâtre, les conséquences ont été positives, notamment le bar s’est désengorgé et les ventes par tête ont augmenté (les spectateurs se sont tournés vers l’eau Perrier en bouteilles de verre). 

Tranquillement, le théâtre attaque la consommation du papier et le compost, le plus dur reste la sensibilisation constante du public et des visiteurs.

«On y travaille encore, il faut être patient. On est rendus là.»

Pour plus d’informations: act-tour.org