La mise en lecture de la pièce Québec, «Printemps 1918», a eu lieu dimanche à la place de l’Université-du-Québec.

Le Trident commémore une page d'histoire

Il y a 100 ans, le 1er avril 1918, la ville de Québec était ébranlée par d’importantes manifestations contre la conscription. Des émeutes sanglantes — pourtant trop souvent oubliées par l’histoire — avaient à l’époque causé la mort de quatre personnes, dont un adolescent de 14 ans à peine, tombé sous les balles des soldats venus maîtriser la foule. 70 autres citoyens avaient été blessés.

Ce dimanche, le théâtre du Trident faisait mention honorable et historique à cette période charnière de l’histoire de Québec, en début d’avant-midi à la place de l'Université du Québec. Une mise en lecture officielle de la pièce Québec, Printemps 1918, a été tenue pour l’occasion. 

L’événement se déroulait en marge du Carrefour international de théâtre, qui se déroule du 22 mai au 8 juin cette année. 

Écrite par les auteurs Jean Provencher et Gilles Lachance, l’œuvre raconte l’histoire de ces journées de chaos, allant même jusqu’à retranscrire les dépositions des témoins, qui ont été recueillies lors de l’enquête du coroner. Celle-ci s’était tenue dans la capitale, du 8 au 13 avril 1918, à peine quelques jours après les événements. 

En prologue à la pièce, Jean Provencher avait écrit : «au printemps de 1918, la Grande Guerre dure encore en Europe, elle n’en finit plus de durer. Des milliers de Canadiens sont tombés au champ d’honneur, mais ils ont été ensevelis dans un drapeau qui n’était pas le leur». Une citation poignante qui a depuis marqué les esprits. 

Bonne foule

Plus d’une centaine de personnes ont répondu dimanche à l’appel du théâtre du Trident et se sont déplacées pour assister à la mise en lecture. Parmi les visages plus connus, on pouvait noter celui du populaire dramaturge Robert Lepage. 

Sous un soleil très présent, la pièce mettait spécifiquement en scène cette commission d’enquête, qui, malgré la loi martiale, avait été tenue à l’époque «parce qu’il y avait eu une mort d’homme». Elle était dirigée par Georges-William Jolicoeur, coroner pour le district de Québec. 

Créée en 1973 par le Trident dans une mise en scène de Paul Hébert, Québec, Printemps 1918 est en soi une pièce 100 % authentique. «Tous les personnages ont existé et sont même désignés sous leur nom véritable», explique l’organisation du Trident. 

L’activité avait à l’origine été rendue possible grâce à plusieurs dons successifs de la Ville de Québec, de la députée Agnès Maltais, du ministre de l’Éducation Sébastien Proulx et de la ministre de la Culture, Marie Montpetit. 

Initiative essentielle

«On est super content d’offrir ça gratuitement au grand public. C’est une production qui avait été présentée au Trident dans le temps de Paul Hébert et à laquelle Jean Provencher avait beaucoup travaillé», notait la directrice artistique du Trident, Anne-Marie Olivier, dans une entrevue avec Le Soleil en avril dernier

«C’est arrivé pour vrai, c’est arrivé ici. En ces temps de libérations d’oppressions, on trouve que c’est bon de se le rappeler», a-t-elle ajouté. De son côté, Jean Provencher a insisté sur le fait que les Québécois ont toujours refusé, à travers l’histoire, de participer aux guerres mondiales, sous quelconque forme que ce soit. 

«En 1918, ils s’y refusent de façon dramatique. C’est ce que raconte [cette pièce]. Leur opposition à la conscription leur vaut alors l’intervention de l’armée fédérale, les perquisitions, les arrestations, la loi martiale.»

L’auteur parle même d’une bêtise suprême. «Pour s’être opposés à la guerre, des Québécois sont morts de la guerre, dans les rues mêmes de Québec.»

Rappelons qu’il y a cent ans, d’autres émeutes s’étaient déroulées à Montréal, Valleyfield et Shawinigan, mais c’est à Québec que le conflit fut le plus tragique.