Steve Gagnon dit avoir eu envie de parler de «désobéissance, d’engagement, de deuil» avec «Os».

Le théâtre debout de Steve Gagnon

Il y a 10 ans, Steve Gagnon posait les bases d’une trilogie théâtrale et poétique foisonnante de questions sur le début de l’âge adulte. Après deux pièces portées en duo avec des actrices, l’auteur et comédien boucle son cycle (presque!) en tête-à-tête avec le public dans «Os, La montagne blanche», un spectacle hybride où la notion de se tenir debout s’impose sur la forme comme sur le fond.

Dans La montagne rouge (SANG), Steve Gagnon abordait la peine d’une femme après la mort de son amoureux. Il était encore question de perte dans Ventre, qui décrivait un couple brisé par une trahison. Dans Os, le deuil est une nouvelle fois au rendez-vous, alors que l’auteur se glisse dans la peau d’un archéologue qui vient de perdre sa mère et qui ira chercher ses repères en Colombie. Le spectacle vient clore la saison nomade du Périscope et s’installe dès le 24 avril à la Maison pour la danse.

Dès le départ, Gagnon savait qu’il finirait son triptyque par un solo. «C’était clair où je m’en allais. C’est drôle parce que je voulais vraiment écrire Os avant d’avoir 30 ans parce que je voulais que ce mouvement de trois pièces parle de la même chose: le début de l’âge adulte, la prise de conscience de nos responsabilités tant personnelles que collectives», évoque celui qui a finalement signé Os à 32 ans, dans une sorte de sentiment d’urgence.

«J’avais peur de changer et que ces thèmes-là ne me parlent plus autant», reprend le trentenaire. Il dit avoir eu envie de parler de «désobéissance, d’engagement, de deuil, de nos manques de rituels liés à la perte de quelqu’un qu’on aime. C’est resté des thèmes centraux.»

Monologue et musiciens
La «désobéissance» dont parle Steve Gagnon s’est aussi invitée dans la mise en scène de Denis Bernard lorsque les deux hommes se sont aperçus qu’ils nourrissaient le même désir de s’attaquer à un projet hybride. Puisant dans l’esthétique du slam ou du spoken word, mais empruntant aussi à l’univers de la musique, Os se déploie dans un monologue accompagné par des musiciens et livré devant un public debout, qui pourra se déplacer pendant la représentation.

«J’ai écrit le texte en sachant que ce serait une partition portée par de la musique live et dont la poésie allait être déployée de manière assumée, sans la théâtraliser plus qu’il faut. Au contraire, on essaie de la rendre la plus concrète et sincère possible», décrit Steve Gagnon. Il a présenté sa pièce à Montréal l’automne dernier. Et il raconte avoir été chaviré par l’expérience.

La «désobéissance» dont souhaitait parler Steve Gagnon dans «Os» s’est invitée dans la mise en scène, signée Denis Bernard.

«Quand c’est un solo et que le personnage est présenté comme étant moi-même, les gens ont l’impression que c’est très autobiographique, même si ça ne l’est pas plus qu’un autre de mes spectacles, observe Steve Gagnon. L’impression que je me mets vraiment à nu fait que le spectateur l’est lui aussi. Cette proximité que j’ai avec le public fait que je capte toutes les microréactions. Il y a des fois où j’ai eu accès à beaucoup d’intimité de la part du public. C’est pour ça que c’est bouleversant aussi pour moi. Même si c’est un solo, il y a une réelle conversation, un dialogue. Et cette réponse-là pour moi est très importante.»

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STEVE GAGNON EN RAFALE

Une ville: «Amsterdam. J’ai beaucoup voyagé avec ma copine et quand on est allés à Amsterdam, l’an passé, je lui ai dit : “si tu me disais qu’on reste ici, je passerais deux-trois coups de fil et je ne retournerais jamais au Québec.” C’est dans le rythme de vie et les petites attentions que la population a sur des choses que je trouve très importantes comme de bien consommer, d’acheter local, de se déplacer à vélo… Et le paysage est magnifique!»

Un personnage: «J’aime beaucoup La dame aux camélias et je trouve que le personnage d’Armand est magnifique. Le Paris du XIXe siècle, c’est un lieu et un contexte historique qui me fascinent. C’est très mystérieux, très romantique. J’ai comme une nostalgie de cette époque-là sans l’avoir connue.»

Un musicien: «J’ai un gros coup de cœur pour Maude Audet. J’adore son dernier album, Comme une odeur de déclin. Ce que j’aime de sa musique, c’est qu’elle garde un côté très brut, mais que c’est en même temps très tendre, très doux. C’est un magnifique clin d’œil à l’époque grunge. Ça me rappelle cette espèce de tourment de l’adolescence… Mais en même temps, c’est une fille super lumineuse. Ce contraste crée une sorte d’équilibre que je trouve bouleversant.»

Un politicien: «Quand Gabriel Nadeau-Dubois a fait son entrée chez Québec solidaire, j’ai pour la première fois pris ma carte de membre d’un parti politique. J’aimais beaucoup ce que Sol Zanetti faisait avec Option nationale depuis quelques années, mais quand Gabriel Nadeau-Dubois est arrivé, j’ai eu cette impulsion-là. Dans les derniers temps, je l’ai trouvé un peu discret, mais c’est quelqu’un en qui j’ai une confiance que je n’avais jamais eue pour un politicien.» 

VOUS VOULEZ Y ALLER?

Quoi: Os, La montagne blanche

Quand: 24 avril au 5 mai

Où: Maison pour la danse

Billets: 23 $ jusqu’au 23 avril, 36 $ à partir du 24 avril