Bernard Labadie

Le second souffle de Bernard Labadie

Il y a un an, Bernard Labadie remontait sur scène, après avoir remporté une dure bataille contre un cancer. C'était pour diriger Le messie de Handel, à Saint-Louis et à Chicago. Cette semaine, c'est avec l'orchestre qu'il a fondé et le choeur de La Chapelle de Québec, dont il est toujours le directeur artistique, qu'il offrira cette oeuvre chorale au public de Québec et de Montréal.
Depuis l'aéroport où il attendait un vol pour New York, le chef fondateur des Violons du Roy nous a généreusement entretenue sur la nomination de Jonathan Cohen, la nouvelle édition du Messie, son état de santé et sur le plaisir renouvelé qu'il prend à diriger les choeurs et les orchestres.
Retour au rythme précancer
Contrairement à plusieurs chefs et solistes, Bernard Labadie n'a pas de site Web où sont détaillés ses engagements professionnels. «Non, je me suis toujours refusé à ça. On ne me trouve pas non plus sur Facebook ou sur Twitter, je suis un vieil ours», admet le chef de 53 ans.
Il a recommencé à diriger graduellement cette année, travaillant une ou deux semaines à la fois avant de s'accorder le même temps de repos. «Assez rapidement, je m'étais rendu compte que voyager était très difficile. Comme mon système immunitaire était encore en reconstruction, j'avais tendance à attraper tout, comme un enfant qui va à la garderie. Donc, j'ai annulé beaucoup de choses la saison dernière et je me suis concentré sur mon travail avec Les Violons», indique-t-il.
L'été, et l'entraînement, lui a donné un regain d'énergie salutaire. «Je vais bien, très bien même. J'ai repris, début novembre, mon rythme de travail précancer», note-t-il. Le chef continuera de diriger les concerts assis toute l'année, mais il se pourrait bien qu'il continue de le faire même lorsque sa masse musculaire le lui permettra. «Ça se peut que je décide de ne jamais me relever, simplement parce que j'aime ça, je me sens plus au niveau des musiciens, ça me force à aborder mon métier d'une manière différente», souligne-t-il.
Passer le flambeau aux Violons du Roy
Les Violons du Roy ont annoncé cet automne la nomination de Jonathan Cohen au poste de directeur musical et artistique de l'ensemble. Le choix du jeune chef anglais, spécialiste du répertoire baroque, a beaucoup plu à Bernard Labadie.
«C'est un choix avisé. Je crois qu'il a compris rapidement l'essence du groupe, le mélange d'autorité et de collégialité qu'il faut. Jonathan, au-delà de ses qualités musicales indéniables, a aussi les qualités humaines qui sont nécessaires pour diriger l'ensemble», indique-t-il.
Les Violons du Roy avaient amorcé le processus de nomination d'un nouveau chef à la demande de M. Labadie, avant que celui-ci ne soit frappé par la maladie.
Il s'est tenu volontairement loin du processus. «Ça s'est passé tel que je souhaitais. Je pensais qu'après 30 ans de directorat, c'était le moment de passer le flambeau, explique-t-il. Je voulais obliger les musiciens, le C. A. et l'administration à se mettre ensemble pour décider de leur avenir. Les Violons du Roy existent en dehors de moi, même si je continue à l'appeler "mon orchestre".»
Il continuera de diriger plusieurs concerts par an, notamment les concerts estivaux dans les festivals québécois puisque le nouveau chef sera moins disponible à cette période de l'année.
Le fameux Messie
«Contrairement à beaucoup d'autres oeuvres fétiches, Le messie n'est pas une oeuvre que j'ai connue très jeune, raconte Bernard Labadie. Par contre, elle est devenue assez rapidement une de mes oeuvres signature, et c'est l'oeuvre qui a déclenché ma carrière aux États-Unis.»
Lorsqu'il a dirigé Le messie avec l'orchestre du Minnesota en 1999, il venait de s'inscrire parmi les chefs potentiels de cette oeuvre invariablement inscrire au calendrier de fin d'année des orchestres de tradition anglo-saxonne. 
«Le messie est une oeuvre fascinante parce que c'est un des premiers oratorios que Handel a composés après avoir décidé de laisser tomber sa carrière de compositeur d'opéra. Il y a donc une architecture avec une dimension opératique et dramatique que je trouve absolument fabuleuse», indique Bernard Labadie, qui se définit toujours comme un chef d'opéra, même s'il en dirige très peu depuis son départ de l'Opéra de Montréal.
Aux Violons du Roy, le chef a l'occasion de diriger l'oeuvre complète, alors qu'elle est souvent amputée d'une vingtaine de minutes de musique aux États-Unis. Il a aussi troqué son édition du début des années 60 pour une édition parue en 2009. «Ça offre un regard différent et plus frais. Ça m'a forcé à reconsidérer un certain nombre de choses, surtout par rapport aux transformations rythmiques», note-t-il.
Il travaillera avec deux chanteurs qu'il connaît bien, le contre-ténor Iestyn Davies et le ténor Allan Clayton, ainsi qu'avec deux solistes qu'il apprendra à connaître, la soprano Lucy Crowe et le baryton-basse Luca Pisaroni. 
Dans les années qui viennent, le chef n'a pas l'intention de faire Le messie aussi régulièrement qu'auparavant. «Non pas que j'aime moins l'oeuvre, mais je ne veux pas avoir l'impression de refaire la même chose chaque année. C'est important de ne pas tuer par excès d'amour.»
Du pain sur la planche avec La Chapelle
Bernard Labadie est toujours directeur musical de La Chapelle, dont il entend faire continuer la progression. «Le répertoire choeur et orchestre est la raison pour laquelle je suis devenu musicien. C'est ce qui me tient en vie, et je peux presque le dire de façon littérale. C'est ce à quoi je pensais pendant ma maladie», raconte-t-il.
Depuis 1997, le choeur basé à Québec compte dans ses rangs des chanteurs de Montréal, de Toronto et d'Halifax. «Je recrute à la grandeur du pays, je fais des auditions annuelles», souligne le chef. 
Que quelques heures avec le choeur
Contrairement aux Violons avec lesquels il a pu travailler jusqu'à 20 semaines par année, Bernard Labadie ne passe que quelques semaines par an avec le choeur. «Les gens arrivent très préparés, on a peu de répétitions avec piano et peu avec l'orchestre, donc c'est une expérience particulière, très stimulante. Il y a beaucoup de gens qui viennent chanter à La Chapelle, mais qui ont une carrière de soliste ou d'enseignant et qui ne sont plus nécessairement intéressés à être dans une chorale au niveau où ils sont rendus.»
Vous voulez y aller?
Quoi: Le messie
Qui: Les Violons du Roy, La Chapelle de Québec, Bernard Labadie, Iestyn Davies, Allan Clayton, Lucy Crowe et Luca Pisaroni
Quand: jeudi et vendredi à 20h
Où: salle Raoul-Jobin du Palais Montcalm
Billets: de 74 $ à 92,50 $
Info: 418 641-6040 et www.violonsduroy.com