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Suzanne Aubry, présidente de l’UNEQ
Suzanne Aubry, présidente de l’UNEQ

Le Salon international du livre de Québec plongé dans une autre controverse

Léa Harvey
Léa Harvey
Le Soleil
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75 $ est le cachet que recevront les participants à l’animation virtuelle «On invite un auteur dans notre salon (classe)!», le volet jeunesse du Salon international du livre de Québec (SILQ) 2021. Une situation que déplore l’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ).

Moins d’une semaine après le lancement de sa programmation officielle, le Salon se retrouvait, lundi, face à une nouvelle impasse.

Plusieurs auteurs, sollicités par le SILQ pour participer au volet jeunesse de l’événement, se sont indignés de la rémunération de 75 $ proposée par l’organisation.

«Il n’y avait aucune raison d’offrir un cachet si bas. […] Un budget, ça se prévoit. Si des cachets plus élevés avaient été inclus dans le budget initial, le SILQ aurait pu faire des demandes de subventions en conséquence»,  dénonce Suzanne Aubry, présidente de l’UNEQ, en entrevue au Soleil.

Contacté par l’UNEQ, le SILQ aurait souligné ne pas disposer «d’un budget pour ce volet de 60 activités et qu’ajuster la rémunération au minimum de référence de l’UNEQ entraînerait le sacrifice de ces animations.»

Le syndicat professionnel, qui défend notamment «les droits socio-économiques des écrivaines et des écrivains», prépare chaque année une grille établissant les tarifs minimaux à accorder aux artistes du domaine littéraire pour leurs «interventions professionnelles».

Selon l’UNEQ, les écrivains québécois devraient recevoir 255$ pour une «animation de 60 minutes en bibliothèque», 325$ pour un «atelier offert dans les écoles primaires ou secondaires» et 500$ pour une «conférence ou [un] atelier dans un cégep ou une université». Peu importe que ces événements soient virtuels ou non.

«À 75 $ l’animation, le SILQ propose donc une rémunération qui ne correspond même pas au tiers du minimum établi par notre syndicat», déplore l’association, par voie de communiqué.

Peu de détails ont été dévoilés à propos d’«On invite un auteur dans notre salon (classe) !». Selon le site web du Salon du livre de Québec, l’activité prendra la forme d’une «rencontre en mode virtuel» entre les étudiants et leurs auteurs préférés. Le 17 février dernier, l’organisation annonçait qu’«une cinquantaine d’auteurs ont répondu présents».


« Le pire là-dedans, c’est qu’on sait qu’il y a des écrivains qui vont être un peu forcés d’accepter ce montant-là parce qu’ils ont subi plusieurs pertes de contrats à cause de la COVID-19. »
Suzanne Aubry, présidente de l’UNEQ

Mme Aubry rapporte également que plusieurs de ses membres ont été placés devant le fait accompli, avec un cachet «à prendre ou à laisser».

Le Salon international du livre de Québec a annoncé qu’il commenterait la situation mardi.

Deux poids, deux mesures

Cet «exemple de trop» n’est pas le premier incident du genre, tient à souligner l’UNEQ.

Des disparités financières existent depuis plusieurs années entre les auteurs internationaux et québécois, entre ceux qui écrivent «de la grande littérature» et ceux spécialisés en littérature jeunesse, selon les différents salons du livre.

Pour Mme Aubry et son équipe, ce genre de situation met en lumière la nécessité de mieux réglementer le statut d’écrivain, et ce dès maintenant, en profitant de «la révision des lois sur le statut de l’artiste menée actuellement par le gouvernement du Québec».

«Il faut qu’il y ait une parité, que tout le monde soit payé décemment. Il n’y a pas de raison que des activités soient moins rémunérées que d’autres. Il faut qu’il y ait des cachets raisonnables», affirme la présidente de l’UNEQ, qui se dit déçue du manque de communication entre le SILQ, le milieu littéraire de Québec et le syndicat professionnel.

Depuis le lancement de sa programmation virtuelle, le Salon fait face à de nombreuses salves.

Un sentiment de «déconnexion» entre le SILQ et les auteurs de Québec a notamment été pointé du doigt par plusieurs écrivains. Ces derniers ont, entre autres, critiqué le fait que Denise Bombardier y soit responsable de mener diverses grandes entrevues avec des auteurs issus des Premières nations tels que Michel Jean, Naomi Fontaine et Joséphine Bacon. En 2015, Mme Bombardier avait qualifié de «mortifère» et «antiscientifique» la culture autochtone, dans une de ses chroniques.

Vendredi dernier, le SILQ a toutefois révélé que Michel Jean et Naomi Fontaine acceptaient d’être interviewés par Mme Bombardier. La grande entrevue de Joséphine Bacon sera quant à elle finalement animée par Claudia Larochelle.