L'ensemble des voix a créé une broderie d'une beauté indéniable.

Le Requiem de Mozart: la houle et les murmures

CRITIQUE / On a beaucoup aimé la composition du programme de jeudi soir à l'Orchestre symphonique de Québec (OSQ). Entre deux pièces funèbres de la fin du XVIIe siècle, dont le célèbre Requiem de Mozart, deux compositions du XXe s'élevaient comme des constructions délicates, remplies de réverbérations et de halos musicaux obsédants.
Plus je fréquente l'orchestre et plus je m'aperçois que ce sont les morceaux qui entourent les pièces plus connues qui suscitent le plus d'intérêt et de plaisir chez moi. Notre curiosité s'éveille, une réaction chimique se produit quelque part entre l'oreille et le cerveau et on dirait que le monde s'ouvre un peu plus, que l'espace d'un moment tout devient plus brillant, plus clair, mieux défini.
Interprété tout en subtilité par les musiciens de l'OSQ, Festina lente d'Arvo Pärt était d'une finesse et d'une gravité délicieuses. La partition minimaliste de la harpe, le souffle donné par les violons et les altos, les silences qui s'allongent, les violoncelles qui grondent... C'était tout simplement magnifique.
Le plaisir s'est poursuivi avec Trois pièces dans un style ancien de Górecki, où la mélodie obsédante et répétitive semble se dédoubler encore et encore, où l'avancée régulière et dépouillée se complexifie peu à peu. Les lumières éclairant les premières rangées de spectateurs se sont mises à vivoter pendant le dernier mouvement; un effet certainement involontaire, mais qui cadrait étrangement bien avec la musique.
Pendant les pièces introduisant le fameux Requiem, le chef invité Enrique Mazzola a modulé l'interprétation de variations de volume bien définies, guidant l'orchestre jusqu'au murmure avec des gestes précis et contrôlés.
Cette emprise ferme est devenue plus appuyée dans certains passages du Requiem, où il semblait vouloir faire taire complètement certains groupes d'instruments. Notre oreille ne pouvait que constater l'efficacité de sa direction, qui a mené à une interprétation limpide, modulée et minutieuse, mais notre oeil était parfois dérangé par les gestes dramatiques du chef, qui avaient des allures d'arrêts sur image dans un film expressionniste allemand.
Oeuvre de groupe, où le choeur (sous l'égide de David Rompré) brille de toute sa puissance tandis que les solistes ponctuent ça et là le déferlement de quelques phrases mélodiques, le Requiem de Mozart conjuguait les élans impétueux des voix masculines aux vagues éthérées des voix féminines. Les timbres de la soprano Kimy Mc Laren et la mezzo-soprano Maude Brunet se mariaient particulièrement bien et illuminaient doucement certains passages.
Le baryton-basse Alexandre Sylvestre et le ténor Philippe Gagné complétaient dignement le quatuor de solistes, mais leurs voix se découpaient moins clairement sur l'arrière-plan musical - entre autres lors d'un passage où Sylvestre avait peu de chance de se faire entendre par-dessus le trombone. L'ensemble des voix a toutefois créé une broderie d'une beauté indéniable. Chanteurs et musiciens ont construit une série de moments de recueillement, d'élévation et de félicité.
Le programme de 90 minutes, présenté à 19h30, s'est avéré être le plus court de la saison. Pourtant, à la veille d'une longue fin de semaine, les spectateurs auraient peut-être été plus enclins à étirer la soirée que les mercredis où on leur propose systématiquement des programmes de deux heures et des poussières.
Le Requiem de Mozart était présenté jeudi soir au Grand théâtre de Québec.