Le Québec complètement Trad!

Conte, musique, danse, artisanat et même herboristerie… Les arts traditionnels ont toujours la cote au Québec et loin de s’essouffler, les festivals qui leur sont consacrés se multiplient et s’organisent pour se faire voir. Sous la nouvelle bannière TRAD Québec, pas moins de 32 rendez-vous feront cette année honneur au folklore aux quatre coins de la province.

«Il y en a de plus en plus, il y en a de nouveau chaque année. Il y a vraiment un boom. Chaque année depuis quatre ou cinq ans, il y en a un, deux, trois qui s’ajoutent», observe le directeur général du Conseil québécois du patrimoine vivant, Antoine Gauthier. 

L’organisme a créé l’an dernier le réseau TRAD Québec, auquel ont d’abord adhéré 18 festivals. Événements établis depuis des décennies ou nouvelles recrues, ils sont désormais près du double à avoir adopté le logo et son t-shirt officiel, dont la série de dates imprimées au dos rappelle ceux vendus par les groupes rock en tournée. Une façon de réitérer que la célébration de traditions ancestrales n’est pas ici incompatible avec la jeunesse… Bien loin de là !

«À Mémoire et racines [dans Lanaudière], il doit avoir au moins 15 jams qui durent toute la nuit. Pour quelqu’un qui veut aller se coucher, c’est difficile… Il va devoir franchir des zones de plaisir!» cite Antoine Gauthier, lui-même musicien au sein du groupe trad Les chauffeurs à pieds. 

Antoine Gauthier, directeur général du Conseil québécois du patrimoine vivant: «Il y a des conteurs incroyables, des musiciens, des chanteurs, des calleurs qui sont vraiment solides. Il y a une qualité qui est là.»

Mais qu’est-ce qui explique l’engouement pour la chose traditionnelle? Ce côté festif y est pour quelque chose, croit M. Gauthier, qui voit aussi un intérêt pour l’aspect « participatif » de l’exercice. Difficile en effet pour le public de demeurer passif quand fusent les chansons à répondre ou dans une veillée de danse.

«Je pense qu’il y a de plus en plus de bons groupes et d’artistes professionnels, ajoute-t-il. Il y a des conteurs incroyables, des musiciens, des chanteurs, des calleurs qui sont vraiment solides. Il y a une qualité qui est là. Et c’est certain que les réseaux sociaux, ça aide à démarrer des choses et à les faire connaître…»

«Croissance régulière»

Danseur, calleur (cet animateur qui mène la danse dans les soirées) et percussionniste ferré en podorythmie, Normand Legault évolue sur la scène traditionnelle depuis quatre décennies. Sur les planches comme dans le public, il affirme avoir vu une «croissance régulière» au fil des années. 

«Côté musical, il y a eu un développement phénoménal dans la qualité des musiciens qui sont capables de supporter la danse. Et du côté des danseurs et des calleurs, les gens se sont un peu plus spécialisés», note-t-il, mettant en exergue le fait que le public est désormais plus exigeant par rapport au répertoire proposé. « Les soirées ont plus de contenu, d’envergure », ajoute M. Legault. 

Les participants aux veillées se renouvellent constamment grâce au bouche-à-oreille, croit le calleur, qui décrit son rôle comme un «catalyseur de fun». En somme, l’essayer, c’est l’adopter, résume M. Legault. «La danse et la musique font partie d’un art de s’amuser, décrit-il. Ça occupe, c’est rassembleur, c’est unificateur. Il y a plein d’éléments qui sont sous-jacents à la veillée comme telle. C’est complet. On touche aux gens, les sens sont sollicités...»

Quant au réseau des festivals, il contribue à former la relève de musiciens et de calleurs, estime Normand Legault. Et de la relève, il y en a.

«Il y en a même beaucoup ! confirme le vétéran. Tellement que je ne calle quasiment plus ! Avant, je faisais une ou deux soirées par mois. Mais là, il y a une foison de plus jeunes qui reprennent ça et qui le font magnifiquement. Ce n’est pas mort ! Et ils ont une connaissance du répertoire, c’est varié, ils se documentent…»

Le Festitrad de Saint-Gabriel

Après la mode

Arleen Thibault doit aussi aux festivals la naissance de sa vocation de conteuse. «En ville, je n’aurais pas eu accès au conte autrement», confirme l’artiste, actuellement en France pour une tournée de spectacles. C’est aussi dans des événements comme le Festival des arts traditionnels de Québec (rebaptisé Rendez-vous ès Trad) ou les Contes et complaintes du littoral, dans Bellechasse, que la diseuse, auparavant danseuse folklorique, a trouvé ses premières tribunes. «Je suis très reconnaissante envers ces lieux-là, parce que de la place pour du conte, il n’y en avait pas, indique-t-elle. C’est d’abord sous la forme de festivals que ç’a été rendu possible.»

Arleen Thibault se réjouit de voir les festivals d’arts traditionnels gagner en visibilité. Quant à sa propre discipline artistique, elle la dit « passée de mode ». Et c’est tant mieux !

«Il y a une douzaine d’années, il y a eu un engouement médiatique, avance-t-elle. Fred Pellerin est devenu un ambassadeur pour nous autres, aussi. À la suite de ça, il y a eu une petite baisse et on est passé de mode. Au lieu d’être une mode, on est devenu une discipline qui a sa place dans le paysage culturel. Et c’est une maudite bonne affaire ! […] On n’est plus dans une vague ou un engouement. On est dans quelque chose qu’on construit.»  Geneviève Bouchard

Note: Arleen Thibault présentera son spectacle Le vœu le 5 avril à 20 h au Café Azimut de La Pocatière et le 12 avril à 19 h à l’Espace culturel de La Malbaie. 

+

UNE MUSIQUE QUI S'EXPORTE BIEN

Denis Massé, membre des Tireux d’roches

TROIS-RIVIÈRES — Denis Massé, du groupe Les Tireux d’roches, constate une augmentation de la popularité de la musique traditionnelle québécoise à l’international. Il avance même que cette musique en constante évolution est davantage écoutée à l’étranger qu’au Québec.

«À travers le monde, c’est une musique très appréciée. Elle est une empreinte de notre terroir. Les gens d’ailleurs aiment découvrir la musique du monde. Si c’est un chanteur ou une chanteuse de pop qui va nous représenter à l’international, même si elle ou il est très bon, ce n’est pas quelque chose qui va se démarquer», explique M. Massé.

Les Tireux d’roches font plusieurs spectacles dans différents pays, de la France à l’Allemagne en passant par l’Italie, l’Espagne, la Belgique et la Chine. Ils suivent ainsi les traces de groupe comme Le Vent du nord, Maz et La Bottine souriante qui ont fait connaître la musique traditionnelle québécoise aux peuples outre-mer. 

«Il y a des pays plus réservés comme la France où on fait notre spectacle et on se demande si les gens aiment ça. C’est leur manière de recevoir notre musique, car à la fin ils ne veulent plus nous laisser partir», précise M. Massé, ajoutant les passionnés de musique trad à l’étranger sont de plus en plus nombreux. 

Plusieurs événements sont d’ailleurs organisés afin de mettre en vitrine la musique traditionnelle internationale, dont Womex. «On fait 30 minutes de notre spectacle et c’est une belle manière de se faire connaître. Ce sont plusieurs festivals et salles à travers le monde qui viennent acheter des spectacles. C’est grâce à ces spectacles qu’on réussit à s’exposer à l’étranger», explique M. Massé. 

La musique traditionnelle québécoise a beaucoup évolué, mais Denis Massé déplore que les gens du Québec aient encore une mauvaise perception de cette musique. «On ne parle plus de la musique folklorique. Maintenant, c’est davantage de la musique traditionnelle. Il y a beaucoup d’arrangements musicaux et des musiciens très talentueux», renchérit le chanteur du groupe originaire de Saint-Élie-de-Caxton. 

Le chanteur des Tireux d’roches précise également que la musique traditionnelle est un excellent moyen de promotion à l’étranger. La musique et les interventions du groupe parlent beaucoup de la région de la Mauricie afin de valoriser et de faire connaître les attraits touristiques de la région aux gens de l’international.  Fanny Massey 

+

JOUÉE PAR DES ÉTRANGERS

Si la tradition québécoise est portée outre-mer par des artistes d’ici, elle a aussi été adoptée par des musiciens étrangers, avance le directeur général du Conseil québécois du patrimoine vivant, Antoine Gauthier. «À un moment donné, on avait remarqué que juste en France, il y avait des dizaines de groupes qui jouaient de la musique traditionnelle québécoise», indique celui qui est aussi membre du groupe trad Les chauffeurs à pieds. «On en connaît en Italie, il y en a plusieurs aux États-Unis, il y en a en Australie, au Royaume-Uni, ajoute-t-il. On n’est pas bien au courant de ça, mais le répertoire québécois a fait sa place parmi les musiques folk. Ça fait qu’il y a une demande pour les musiciens à l’étranger. Et ça fait que des musiciens étrangers en jouent.»  Geneviève Bouchard

+

5 RÉGIONS, 5 FESTIVALS

Contes et menteries: conjuguer les histoires

Yolaine, «reine des menteurs» 2014

Quand vient le temps de mener son public en bateau, la conteuse Yolaine est une experte: elle a été sacrée «reine des menteurs» en 2014 au Festival international des menteries de Moncrabeau, en France. Fondatrice de l’organisme Les ami.e.s imaginaires, qui diffuse du conte depuis 2006, elle a eu l’idée il y a trois ans d’allier deux passions en un rendez-vous, le Festival de contes et menteries. 

«On a découvert que la menterie fait moins peur aux gens, évoque Yolaine. Il y a encore beaucoup de préjugés autour du conte: que c’est pour les enfants, que c’est encore la même histoire contée par un gars en chemise à carreaux. Il y a moins de préjugés autour de la menterie, à part peut-être que les gens pensent qu’il faut trouver l’histoire qui est vraie parmi les autres. En fait, on s’entend avec le public pour dire que les menteries, elles sont vraies le temps qu’on les dit!»

Suivant une préoccupation de faire se rencontrer les disciplines artistiques — «le patrimoine, c’est important de le renouveler», clame Yolaine —, le conte croisera cette année le fer avec la BD lors de la soirée À’ planche ou la musique, lors de ces matchs d’impro «contés-chantés», inspirés des joutes chantées des Rendez-vous ès Trad, un autre festival de Québec faisant la part belle aux arts traditionnels. Quant à l’incontournable concours de menteries, il arrivera en fin de festival, juste à temps pour le Poisson d’avril!  Geneviève Bouchard (Le Soleil)

Du 24 mars au 1er avril lesamiesimaginaires.ca

Festival Twist: au fil du temps

Twist, le plus gros festival d’arts textiles au Canada

En août, en Outaouais, on fait du neuf avec les plus vieux artisanats au monde: la couture, le tricot, le tissage. Bienvenue à Twist, qui, fort de ses quelque 23 000 visiteurs, s’enorgueillit d’être devenu en 2017, au fil de six éditions, le plus gros festival d’arts textiles au Canada. Et la moyenne d’âge de ses visiteurs est beaucoup plus jeune que ce que l’on pourrait croire... 

Plus de 120 artisans se donnent rendez-vous dans le village de Saint-André-Avellin, soudainement bariolé de couleurs éclatantes et texturées de toutes les fibres imaginables: chanvre, cachemire, lin, soie, voire... banane!

Les visiteurs déambulent entre les objets d’un autre siècle — rouets, métiers à tisser, tricotins, etc. — présentés devant les étals des artisans. Ils palpent ce pull en angora, inspectent cette jetée en alpaga, ou apprécient la qualité d’une boule de mohair qu’a apporté un éleveur. C’est plus convivial que commercial. Ce qui n’empêche pas de tomber sur de très jolis articles de prêt-à-porter. C’est le paradis des matériaux recyclés et du do-it-yourself. On en profite pour goûter un fromage de brebis. Ou pour participer à un des nombreux ateliers connexes: techniques de vannerie, tissage des ceintures fléchées, application de teintures naturelles, etc. Yves Bergeras (Le Droit)

Du 16 au 19 août 2018 festivaltwist.org

Le trad québécois... et d’ailleurs

Les Nomad'Stones

En Estrie, les traditions québécoises ne font plus cavalière seule depuis belle lurette : elles sont mélangées au monde entier, tant lors du 21e Festival des traditions du monde que lors du 26e festival de conte Les jours sont contés.

Les rapprochements culturels ont été le leitmotiv de départ des deux événements sherbrookois. Les jours sont contés est même né au sein d’un organisme de coopération internationale, le Carrefour de solidarité internationale. Indépendant depuis 2001, le festival, chapeauté par la Maison des arts de la parole, réunit des conteurs de différentes traditions, pour la plupart d’origine québécoise, mais aussi française, belge, suisse, irlandaise, libanaise, espagnole, maghrébine, etc. 

L’événement, qui comporte un volet anglophone et offre également des soirées de contes dans les villes environnantes (Magog, Richmond, Valcourt, Coaticook...), rejoint quelque 2000 personnes chaque année.

Grande fête de toutes les cultures, le Festival des traditions du monde de Sherbrooke attire pour sa part quelque 70 000 visiteurs en moyenne sur cinq jours. Pour son 20e anniversaire en 2017, l’événement offrait 200 spectacles et activités, regroupait 70 exposants et 17 restaurants internationaux et présentait des artistes aussi variés que Guylaine Tanguay, Boogat, Paul Kunigis, Zal Sissokho et Musique à bouches. Conférences, théâtre pour enfants, initiation aux instruments et danses exotiques, fabrication de costumes, art mural, course en kilt... Bref, le trad québécois y est bien accompagné... du reste de la planète.  Steve Bergeron (La Tribune)

FTMS: 8 au 12 août www.ftms.ca; Les jours sont contés: 11 au 21 octobre www.maisondesartsdelaparole.com

Le coup de jeune des Grandes Veillées

Le groupe punk-trad Carroté

Au début de la semaine, le comité organisateur du festival trad Les Grandes Veillées a entendu de bien belles choses. Des enregistrements soumis par les formations souhaitant participer à la 12e édition de cet événement tenu dans le secteur de La Baie, au Saguenay, lui ont fait prendre un coup de  jeune, raconte la présidente Nathalie Gagnon.

«Il y a plein de beaux groupes qui montent, des jeunes qui produisent leurs propres textes et qui font de la bonne musique, a-t-elle confié. Ça reste du trad, mais je remarque que plusieurs des artistes qui joueront chez nous cette année sont proches du folk.»

Tout en intégrant des formations purement trad afin de satisfaire les aficionados, ainsi que des interprètes se moulant au volet familial, les Grandes Veillées poursuivront leurs fréquentations avec ceux qui repoussent les limites du genre.

«Nous touchons toutes les générations et à force d’amener de jeunes formations à La Baie, nous avons changé l’image du trad. Il y en a qui lui donnent une touche électro, d’autres qui ajoutent du rock. Nous avons aussi été dans le punk avec Irish Moutarde et c’est ici que Bodh’aktan a donné son premier spectacle au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Grâce à cette vitrine, ce groupe a été adopté par la région», fait observer la présidente.

Depuis la dixième édition, cette approche qui s’inscrit dans l’ère du temps a permis au festival de générer près de 40 000 visites par année. «L’ambiance ressemble à celle du Festival de la chanson de Tadoussac, mais dans le trad», énonce Nathalie Gagnon.  Daniel Côté (Le Quotidien)

Du 24 au 26 août www.lesgrandesveillees.com

Le festival de violon traditionnel de Sutton

Le Festival de violon traditionnel de Sutton

Vieux jeu, le violon traditionnel? Ce n’est pas l’impression qu’on a en se baladant dans les rues de Sutton lors de son Festival de violon traditionnel. Aux têtes blanches se mêlent de nombreux jeunes friands de cette musique vivante et vibrante aux accents du monde. 

Depuis 2014, l’événement gagne en popularité, et pas seulement chez les gens du coin. On vient de l’Ontario, des Maritimes et des États-Unis pour assister à la fête. Le public y va pour danser et entendre le talent d’artistes venus d’ici et d’ailleurs. Les musiciens s’y rendent pour les mêmes raisons, mais aussi pour jouer en bonne compagnie et participer à des ateliers de perfectionnement. Oui, le violon est à l’honneur dans ce festival, mais il est souvent accompagné par la guitare, le violoncelle, la contrebasse, l’accordéon, la harpe ou la flûte. 

Cette année, le Festival battra la mesure dans ce magnifique village des Cantons-de-l’Est. Parmi les invités de marque, l’organisation annonce notamment la venue de l’Anglais d’origine irlandaise Kevin Burke, d’Alexis Chartrand et de Peter Senn.  Isabel Authier (La Voix de l’Est)

16 au 19 août 2018 www.violontraditionnelsutton.com