Le craquant Sacha Pinault incarne le petit Spirou.

Le petit Spirou: le coeur d'enfant de Nicolas Bary

PARIS — Pour ses 80 ans, Spirou a conservé son cœur d’enfant et ne s’est jamais mieux porté au grand écran. Deux longs métrages en prises de vue réelles sur le célèbre groom ont vu le jour en France, dont Le petit Spirou. La comédie de Nicolas Bary porte sur l’enfance du héros rouquin, objet de 18 albums depuis 1990. Le réalisateur a donc joué à fond la carte du film familial avec des personnages tout droit sorti de son univers bédéesque et des interprètes surprenants (Pierre Richard, Philippe Katherine…). Et tant pis pour ceux que ça horripile!

Depuis son adolescence, Bary rêve d’adapter Soda. Le rapport avec Le petit Spirou? Philippe Tome, qui scénarise les deux BD. Le duo se connaît bien, forcément. Bloqué sur ses autres projets, le réalisateur a d’abord cherché un angle pour se changer les idées. Puis, il s’est pris au jeu une fois la thématique trouvée «de l’héritage et de la transmission», en s’inspirant de sa propre enfance, où il a emprunté un chemin différent de celui de ses parents musiciens classiques.

Le réalisateur d’Au bonheur des ogres (2013) et son scénariste Laurent Turner ont donc imaginé la révolte de Spirou contre son destin tout tracé qui le force à intégrer l’école des grooms, loin de ses amis. «Notre référence, c’était les films de Pixar. On s’amuse, mais il y a toujours un moment d’émotion. Il n’y a pas de grand méchant. L’antagoniste, il est interne au personnage.»

L’air de rien, le long métrage aborde aussi la délicate question du projet parental. «Je pense que c’est complexe pour les parents d’apprendre et de guider sans toujours projeter ce qui est bon pour nous sur les enfants. C’est complexe de trouver son propre chemin.»

S’amuser avec les personnages secondaires

Tout comme de trouver un gamin, qui n’a jamais joué afin de conserver son naturel, pour le rôle-titre. Après six mois et des centaines d’enfants, toujours pas de Spirou! Nicolas Bary arrêtera finalement son choix sur le craquant Sacha Pinault.

L’entourer s’est avéré beaucoup plus facile. De toute évidence, Bary s’est amusé avec les personnages secondaires. Pendant l’écriture, il a tout de suite pensé au légendaire Pierre Richard (Le grand blond avec une chaussure noire, Le jouet) pour jouer le grand-père adoré de Spirou. Un acteur «qui pouvait amener le côté humoristique et en même temps être touchant. Il n’en avait qu’un autre dans la même famille : Jean Rochefort».

Même chose pour François Damiens (La famille Bélier) dans la peau de Désiré Mégot, l’orgueilleux prof de sport dont la devise est «le sportif intelligent évite l’effort inutile». Le réalisateur et l’acteur belge sont demeurés «copains» depuis son premier long métrage, Les enfants de Timpelbach (2008).

Moins évident était le choix — audacieux — de confier le rôle de l’abbé Langélusse, le prof de musique, à Philippe Katerine. Ce n’était pas le premier rôle de l’iconoclaste chanteur, loin de là. Mais, au fond, qui d’autre pour endosser les habits de ce prêtre rock’n’roll? 

«J’aime bien les personnages qui amènent leur univers à eux, pour le côté décalé. Damiens, Katerine et Richard, ça faisait une belle brochette! En même temps, ce sont des tendres. Ils sont tous barjos gentils», dit celui qui, coiffé d’un chapeau à la Indiana Jones en entrevue, conserve un air enfantin malgré sa barbe et ses 37 ans.

Le réalisateur Nicolas Bary a donc joué à fond la carte du film familial avec des personnages tout droit sorti de l'univers bédéesque du Petit Spirou.

Rétromoderne

Outre d’avoir un scénario qui tient la route plutôt qu’une succession de gags, l’équipe de production devait aussi définir une esthétique qui conserve l’essence de la BD. D’où cet amalgame de rétro et de moderne, dans le look et les accessoires.

«Je ne voulais pas faire un film d’époque. Il y a une modernité dans la BD depuis toujours. […] L’univers des grooms est un peu désuet. En même temps, c’est tellement au cœur de la BD qu’on ne pouvait l’éviter. [Ce mélange] était une façon de transposer l’univers de la BD. Ce n’est pas réaliste au sens naturaliste.»

L’adaptation a divisé la critique. «Il y en a toujours qui sont réfractaires. C’est vrai de toutes les adaptations. Les Américains ont l’habitude. En France, c’est : “On touche pas à ça.” Il y a de ça. Certains ont peut-être trouvé que c’était trop enfantin. Dans la BD, il y a des couches qui marchent parce que c’est un dessin. Dans un film, ça peut devenir un peu trop bizarre et pas pour le public [visé]. C’est pour les 6-7 ans jusqu’à 10-11 ans. La critique, c’est une question de point de vue.»

Le petit Spirou prend l’affiche le 2 mars. Les frais de ce reportage ont été payés par UniFrance.