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Anthony Hopkins joue un ingénieur retraité qui sent ses facultés décliner.
Anthony Hopkins joue un ingénieur retraité qui sent ses facultés décliner.

Le père: la démence de l’ingénieur **** [VIDÉO]

Éric Moreault
Éric Moreault
Le Soleil
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CRITIQUE / Florian Zeller a frappé un coup de circuit avec son premier essai. Le Français obtient pas moins de six nominations aux Oscars, dont meilleurs film et scénario adapté, de sa pièce Le père (The Father). Réussite esthétique, ce long métrage propose un tour de force : présenter le point de vue d’un homme atteint de désordres cognitifs, magistralement interprété par Anthony Hopkins.

Le grand interprète anglais, oscarisé pour Le silence des agneaux (1991), semble dans une catégorie à part cette année. Et Olivia Colman (Oscar 2019 pour La favorite) pourrait bien l’accompagner comme meilleure actrice dans un second rôle — même si la compétition sera plus rude.

Hopkins se glisse dans la peau d’Anthony, ingénieur retraité établi à Londres. Né en 1937, il défend farouchement son autonomie et pousse à démissionner toutes les aides-soignantes sélectionnées par sa fille Anne (Colman).

Sauf que cette fois, le vieil homme n’a pas le choix d’accepter Laura (Imogen Poots) : sa fille veut déménager à Paris pour y vivre avec son nouvel amoureux. C’est ça ou le placement en institution.

Pourtant, n’est-elle pas mariée depuis dix ans ? Habite-t-il toujours dans son appartement ou chez Anne ? Où est Lucy, son autre fille, à qui ressemble étrangement Laura ? Où logent la réalité, en fait, et la part d’imagination dans ces petits films qui semblent tourner en boucle dans sa tête ?

Là réside l’habilité de la proposition de Zeller, qui maîtrise à fond sa pièce (2012) acclamée partout dans le monde. Le réalisateur joue sur la perception du temps, par le protagoniste, obsédé par sa montre qui, croit-il, le garde en contact avec le réel, mais aussi celle du spectateur.

Pour exacerber le sentiment de désorientation, certaines séquences sont répétées avec plus ou moins de différences, avec un leitmotiv musical qui traduit le désarroi d’Anthony. La mise en scène demeure très naturaliste, sans les habituels marqueurs oniriques (Zeller utilise le procédé une seule fois, à un moment très judicieux).

Le père réussit encore mieux à décrire cette démence envahissante que des films récents, au par, toutefois, avec Amour (Haneke, 2012). Le résultat s’avère émouvant parce que comme ce dernier, Zeller et son expérimenté coscénariste Christopher Hampton (Les liaisons dangereuses, Expiation...) refusent la mièvrerie.

Dans ce presque huis clos, mais où on ne ressent pas l’habituelle lourdeur théâtrale d’une telle adaptation, le jeu des acteurs s’avère primordial, surtout dans les dialogues père-fille.

Olivia Colman dans <em>Le père</em>.

Sans rien enlever à la performance remarquable de Colman, force est d’admettre qu’Hopkins transperce l’écran avec des nuances qui reposent autant sur ses mimiques que ses silences. L’essence du cinéma réside dans le regard et l’acteur se sert admirablement du sien pour exprimer une gamme d’émotions, de la fureur à l’indignation.

Car il s’agit surtout de ça, au fond, dans Le père : la terreur qui s’empare de celui qui sent son esprit lui échapper...

Le père est présenté au cinéma en version originale anglaise et à compter du 26 mars en vidéo sur demande, en voa et en version française doublée au Québec.

Au générique

Cote : ****

Titre : Le père

Genre : Drame

Réalisateur : Florian Zeller

Acteurs : Anthony Hopkins, Olivia Colman

Durée : 1h37