Un mois après la sentence rendue à l'endroit d'Yvon Belzil, l'artiste de Charlesbourg Jean Gaudreau (photo) estime que l'accusé s'en sort à bon compte.

Le peintre Jean Gaudreau revient sur la fraude dont il a été victime

La peine imposée par le tribunal à un galeriste montréalais reconnu coupable d’avoir floué une douzaine d’artistes peintres n’effacera pas de sitôt les «10 ans de stress» vécus par l’un d’eux, Jean Gaudreau. «J’ai été marqué au fer rouge. J’ai perdu pendant un bout de temps le goût de peindre.»

Un mois après la sentence rendue par le juge Jean-Paul Braun à l’endroit d’Yvon Belzil — 24 mois moins un jour à purger dans la collectivité et remboursement de 25 000$ aux victimes selon le pourcentage des pertes — l’artiste de Charlesbourg estime que l’accusé s’en sort à bon compte.

«Je ne peux pas dire si c’est une victoire ou une défaite parce que Belzil n’a pas eu grand-chose selon moi. Il s’en est bien tiré», explique-t-il, un an après s’en être ouvert une première fois au Soleil.

La saga judiciaire remonte à 2008. À l’époque, Jean Gaudreau prête des œuvres à la galerie montréalaise Studio 261. Des ventes sont conclues et le peintre reçoit son dû. Or, les mois passent et le doute s’installe. «On me disait toujours qu’il n’y avait rien de vendu.»

Désireux de récupérer ses toiles, M. Gaudreau apprend avec consternation par une employée de la galerie que plusieurs ont été vendues sans qu’il le sache, pour un total de plus de 20 000 $.

Treize autres artistes, tous de Montréal, sont aussi victimes de la malversation. Une poursuite judiciaire est alors déposée contre le propriétaire de la galerie, Yvon Belzil.

Pendant une dizaine d’années, le processus judiciaire occasionnera son lot de stress et de nuits blanches à l’artiste. «Ç’a été très difficile. Ça te perturbe tout le temps. Mon témoignage en cour [au palais de justice de Montréal] comme témoin a été remis nombre de fois», mentionne-t-il, louant au passage le travail de l’enquêteur en œuvres d’art de la Sûreté du Québec, Alain Dumouchel, et de Sylvie Dubuc de la GRC.

S’occuper de ses affaires

Au final, Jean Gaudreau, qui s’estime l’artiste le plus perdant du groupe, recevra environ 4000 $ pour la perte de six ou sept tableaux dont il ignore tout du sort. Mais jamais ne pourra-t-il effacer l’amertume de s’être fait flouer. D’où sa mise en garde à l’endroit de ses collègues qui font affaire avec des galeries.

«Je ne voudrais pas que l’histoire se répète. Les artistes ont le droit de récupérer en tout temps des œuvres mises en consignation. Il faut le faire inscrire dans le contrat, ce que je n’avais pas fait. Il faut être clair avec les galeristes. La morale de tout ça, c’est qu’il ne faut pas avoir peur de s’occuper de ses affaires.»

Pour sa prochaine exposition — une série d’œuvres en cuivre représentant chaque pays du G7, exposée à La Malbaie de la mi-mai jusqu’au 30 juin — Jean Gaudreau n’a «pas de pris de chance» et a «tout écrit».

«Nos œuvres, c’est notre gagne-pain. C’est important de les protéger.»