Pierre-Luc Brillant s’en tire avec les honneurs malgré les dialogues assez minces du «Nid».

«Le nid» ou la prison de la création ***

CRITIQUE / On peut reprocher bien des choses au cinéma québécois, mais certainement pas de manquer d’originalité quand il sort des sentiers battus. C’est d’ailleurs le principal intérêt du «Nid», premier long métrage de David Paradis, originaire de Québec. Une proposition de cinéma d’auteur audacieuse, secondée avec beaucoup d’implication, et une certaine forme de courage, par Pierre-Luc Brillant et Isabelle Blais.

Le couple à la ville joue un duo de créateurs à l’écran, qui s’appellent Pierre-Luc et Isabelle... Sur cette base, Paradis et son coscénariste Bruno Maltais vont s’appliquer à brouiller encore plus les frontières entre la réalité et la fiction.

Pierre-Luc, réalisateur, acteur et musicien, comme sa conjointe, accepte de participer à une étrange expérience que lui propose celle-ci. Pendant cinq jours, il sera confiné dans un endroit lugubre et abandonné, dans lequel il doit tourner un court métrage quotidien sur la base d’une vérité révélée par Isabelle.

Les deux communiquent par vidéo interposée. Les adresses à la caméra, ainsi que les petits films tournés par Pierre-Luc, rappellent les pistes explorées par Atom Egoyan dans ses premiers longs métrages. Même chose pour le mélange des genres : on oscille entre le drame psychologique, le suspense, voire les emprunts aux films d’horreur (et aux séquences oniriques avec un petit accent à la Lynch).

La musique contribue au climat oppressant — le petit jeu de vérité/mensonge dérape rapidement. Le spectateur comprend alors que l’exercice masque des failles bien plus profondes qu’on pourrait le supposer.

Malheureusement, Le nid ne réussit pas à maintenir l’intérêt de sa proposition initiale et s’étiole en progressant — le spectateur ne sera d’ailleurs guère surpris par la finale, qu’il aura venu venir. Un long métrage à pratiquement un seul personnage (Isabelle Blais a relativement peu de scènes) est un fichu défi.

Pierre-Luc Brillant s’en tire avec les honneurs malgré des dialogues assez minces. Il s’avère convaincant en homme qui refuse après un moment de jouer le jeu et se rebelle contre son statut de prisonnier des circonstances. Il a d’ailleurs obtenu le prix d’interprétation au Festival des Percéides, en Gaspésie.

Un exploit quand on considère que son alter ego n’est pas spécialement sympathique ni celui d’Isabelle, qui pratique une forme de torture psychologique parfois brutale. Un bon point pour les scénaristes, qui ont opté pour des personnages avec l’épaisseur du réel.

Réalisé avec trois fois rien, Le nid explore avec beaucoup d’à-propos la question du point de vue sur la réalité. Un long métrage à l’esthétique dépouillée et sombre, certes, mais avec une fin lumineuse sur la résilience. Il a remporté le prix du meilleur film canadien au festival Fantasia, à Montréal. 

AU GÉNÉRIQUE

• Cote: ***

• Titre: Le nid

• Genre: drame

• Réalisateur: David Paradis

• Acteurs: Pierre-Luc Brillant et Isabelle Blais

• Classement: 13 ans +

• Durée: 1h24

• On aime: le concept. La forte composition de Brillant. La proposition esthétique

• On n’aime pas: la fin télégraphiée. L’essoufflement dans le dernier tiers