Le nec plus ultra de la rentrée

L’équipe des arts a épluché l’abondante offre culturelle automnale pour en retenir le nec plus ultra. Voici ce qui nous met en appétit. Les choix de Geneviève Bouchard, Josianne Desloges, Éric Moreault et Normand Provencher.

• Festival de cinéma de la ville de Québec (13 au 22 septembre)

Sébastien Pilote

L’incontournable de la rentrée depuis huit ans. Un festival, bien sûr, mais aussi une véritable fête, autant pour les cinéphiles que pour ceux qui fréquentent les salles obscures en dilettante. Avec près de 200 films à l’affiche, à l’intérieur et à l’extérieur, on a l’embarras du choix: des courts, du documentaire, de la fiction... Outre La disparition des lucioles de Sébastien Pilote en ouverture, il faut voir absolument Leto (Kirill Serebrennikov), Une colonie (Geneviève Dulude-De Celles) et La grande noirceur (Maxime Giroux). Ou opter pour les films qui ne prendront probablement pas l’affiche à Québec...

Belles-sœurs (7 au 25 novembre, Capitole)

Il y a 50 ans que Michel Tremblay a ébranlé le Québec sur ses bases avec Les belles-sœurs. La pièce qui a révolutionné le paysage culturel a connu plusieurs incarnations, tant à l’étranger qu’ici, dont celle sous la forme d’une comédie musicale. Après un immense succès, il y a quatre ans, cette nouvelle mouture mise en scène par René Richard Cyr (Demain matin, Montréal m’attend), sur la musique de Daniel Bélanger, misera sur des actrices de la version précédente et de nouveaux visages, notamment Katlheen Fortin, Sonia Vachon et Éveline Gélinas. Un indémodable classique.

• Jain (26 octobre, Impérial)

Depuis sa performance étincelante au Festival d’été, où elle a transformé la place D’Youville en piste de danse à ciel ouvert, Jeanne Galice, alias Jain, s’est fait des centaines de nouveaux admirateurs dans la capitale. Après son album Zanaka et son mégasuccès Makeba, la chanteuse française de 26 ans vient présenter au public d’ici son deuxième effort, Souldier, sorti à la mi-août. Si le premier album donnait dans la rumba congolaise, cette seconde offrande fait la part belle à la pop métissée aux sonorités orientales (elle a longtemps habité à Dubaï et Abu Dhabi). Dommage pour les retardataires, son spectacle à l’Impérial affiche complet depuis un moment.

• Saint-Roch XP (14 et 15 septembre, rue Saint-Joseph)

La troisième édition de Saint-Roch XP (autrefois connu sous l’appellation Saint-Roch Expérience) convie les amateurs de musique (et de bonne chère) à plusieurs mini-prestations d’une demi-heure de 24 artistes, dont la moitié originaire de la scène émergente de Québec. Parmi eux, Alexandra Lost, Alicia Deschênes, Gaspard Eden, Jérôme 50, Beat Sexü, De la Reine, Des Sourcils, Floes, Irish Moutarde, Millimetrik, Pierre-Hervé Goulet, The Baze Velluto Collection et Woodwolf. Chaque chanteur ou groupe se produira dans des endroits inusités de la rue Saint-Joseph. Le rappeur Koriass profitera également de l’événement pour lancer son nouvel album La nuit des longs couteaux au Théâtre Impérial. Info: strochxp.com

• Chilly Gonzales (24 octobre, Palais Montcalm)

Le singulier pianiste Chilly Gonzales a de nouveau rendez-vous avec ses fans de la capitale cet automne. Et il aura du neuf à leur proposer puisque le dernier volet de sa trilogie Solo Piano, amorcée en 2004, est arrivé dans les bacs vendredi. Au menu, une quinzaine de morceaux dédiés à des personnalités en tous genres: entre les rappeurs de Migos, l’ancienne gymnaste Nadia Comaneci, la compositrice Fanny Mendelssohn ou l’inventeur du cube Rubik.

• Safia Nolin (20 octobre, Grand Théâtre)

Un an après avoir été sacrée Interprète féminine de l’année au gala de l’ADISQ, Safia Nolin continue à faire son chemin de belle façon. La chanteuse de Limoilou lancera le 5 octobre un nouvel album intitulé Dans le noir, prélude à un spectacle au Grand Théâtre où ses nouvelles compositions folk seront à l’honneur. Son passage s’inscrit dans une vaste tournée qui l’amènera dans 27 villes québécoises, ainsi qu’en Ontario, au Nouveau-Brunswick et même en France. «J’suis plus excitée que du kale qui se fait frotter avec du gros sel», comme elle l’a dit de façon imagée, cet été, sur sa page Facebook…

• Mehdi Bousaidan (12 et 13 septembre, Vieux Bureau de Poste)

Les téléspectateurs de VRAK l’ont vu dans la série MED 4, ceux de Radio-Canada dans la série Trop, et les cinéphiles dans De père en flic 2. Le sympathique humoriste d’origine algérienne nous promet de l’humour intelligent dans Demain, son premier spectacle solo où il propose des solutions à envisager pour l’avenir du Québec. Il est en rodage intensif, il passera donc aussi au Centre d’art La Chapelle le 3 octobre, et en décembre au Théâtre Petit-Champlain (5 et 6) et à L’Anglicane (8).

• La Cérémonie des lumières de Bernard Labadie (30 octobre Palais Montcalm)

Tout juste de retour du Carnegie Hall de New York, où elle se produira à l’invitation de l’Orchestra of St. Luke’s, La Chapelle de Québec s’attaquera à deux messes phares du répertoire à la fin du mois d’octobre. D’abord la Messe du couronnement, de Mozart, lumineuse et faste, puis la Messe Nelson de Haydn, plus sombre et dramatique. L’ensemble vocal et les musiciens des Violons du Roy seront sous l’égide de Bernard Labadie. Quatre solistes renommés, dont la mezzo-soprano Mireille Lebel, qui s’était fort bien défendue en juin dernier avec des airs de Handel et Vivaldi, font aussi partie de cette Cérémonie de lumières.

Just In (11 au 22 septembre, Premier Acte)

Lucien Ratio

Alors que la campagne électorale provinciale tirera à sa fin, le solo politico-fantastique du Collectif du Temps qui s’arrête sera à l’affiche à Premier Acte. La troupe derrière les Beu-Bye de fin d’année présentés depuis quelques années à la Bordée compte amener les lieux communs et la bêtise politique sur le territoire de la mythologie et du surnaturel. Un récit qu’on nous promet haletant, à l’action déconstruite, qui sera interprété par Lucien Ratio (qui signe aussi le texte) et mis en scène par Jocelyn Pelletier. Le tout enveloppé de la musique planante et syncopée de Millimetrik.

• Paul McCartney (17 septembre, Centre Vidéotron)

Fallait s’y attendre, les billets pour le spectacle de Paul McCartney à Québec se sont envolés comme des petits pains chauds. Il a causé l’événement en 2008 à l’occasion des Fêtes du 400e et si sa visite (payante, cette fois) sur les Plaines cinq ans plus tard a moins fait courir les foules, ses fans de la capitale n’ont pas hésité à mettre la main dans leur poche pour enfin voir l’ex-Beatle dans le confort d’une salle de spectacles. On aura certes des titres du tout récent Egypt Station à se mettre sous la dent. Mais on n’en voudra à personne de se déplacer pour les grands classiques.

• Québec en toutes lettres (du 20 au 28 octobre, divers lieux dans Saint-Roch)

Sous le bel intitulé La splendeur du vertige, tiré d’un poème de Denis Vanier, le 9e festival littéraire Québec en toutes lettres concentrera ses activités dans le quartier Saint-Roch cette année, avec des spectacles présentés à l’Impérial. La programmation complète sera dévoilée mercredi, mais on a déjà annoncé la venue du commando poétique français Les Souffleurs, qui feront trois performances dans l’espace public: les Regardeurs, où ils se juchent sur les corniches pour lancer des poèmes, Apparitions/Disparitions, où ils soufflent des vers dans les oreilles des passants et Manufacture, une levée d’écriture avec 40 citoyens.

• Flip FabriQue à l’orchestre (31 octobre, Grand Théâtre)

Les acrobates de Flip FabriQue se joindront à l’Orchestre symphonique de Québec le soir de l’Halloween pour un programme dédié aux contes et comprenant Petrouchka de Stravinsky. Qualifiée de «symphonie carnavalesque», la pièce enchaîne les ritournelles de manèges et de grelots de troïka et devrait particulièrement bien se prêter aux prouesses acrobatiques. Le ballet Ma mère l’Oye, de Ravel, inspiré par les contes de Perrault et le prélude d’Hansel et Gretel de Humperdinck complètent le volet musical. Il s’agira d’une première collaboration pour les deux ensembles. 

Manifeste de la Jeune-Fille (du 9 au 20 octobre, Périscope)

Muriel Dutil

L’esprit aiguisé de l’auteur et metteur en scène Olivier Choinière s’attaque à l’envahissement du spectaculaire dans nos vies à travers le modèle de consommateur idéal, la Jeune-Fille, figure de proue du capitalisme. Sept Jeune-Fille, interprétés par sept acteurs et actrices, seront les vedettes d’un défilé de mode qui devrait, dit-on, confronter le public aux monstres de superficialité de la société d’aujourd’hui. Ce sera l’occasion de plonger dans l’univers de cette voix forte du théâtre québécois actuel, qui a trop peu résonné dans la capitale à ce jour. Une production de L’Activité et Espace Go.  

• Bernard Lavilliers (13 novembre, Palais Montcalm)

Trente ans se sont écoulés depuis le dernier passage de Bernard Lavilliers à Québec, à l’occasion du Festival d’été. Les retrouvailles s’inscrivent dans la foulée de la parution de son 22e album, 5 minutes au paradis, élaboré entre autres avec Benjamin Biolay, Florent Marchet et Feu! Chatterton, et sur lequel figure le poème mis en musique La gloire, écrit par Pierre Seghers pendant la guerre d’Algérie. Les plus nostalgiques s’attendent à ce que le chanteur de 71 ans offre quelques-uns de ses succès des années 80, comme Traffic, Idées noires, Noir et blanc et On the Road Again.  

• Justin Timberlake (13 octobre, Centre Vidéotron)

Il s’est d’abord fait connaître sous des bouclettes angéliques au sein du boys band *NSYNC, voilà que Justin Timberlake s’est converti en homme des bois pour le quatrième chapitre de son flamboyant parcours en solo. À sa première visite à Québec, il en offrira la preuve en octobre, alors que sa tournée Man of the Woods s’arrêtera chez nous. 

• Hubert Lenoir (21 décembre, Impérial)

Le phénomène Hubert Lenoir a balayé la province ces derniers mois. Depuis son passage très remarqué en finale de La voix, en mai 2018, jusqu’à son spectacle débridé à la place D’Youville, au Festival d’été, le chanteur au look androgyne n’en finit plus de se gagner des admirateurs — et aussi quelques détracteurs en raison de son style atypique et son franc-parler. Son passage à l’Impérial, quelques jours avant Noël, lui permettra de continuer à surfer sur cette vague, fort d’un premier album (Darlène) sorti en début d’année. 

• Alaclair Ensemble (23 novembre, Impérial)

Un spectacle d’Alaclair Ensemble, ça peut brasser de l’air pas à peu près. Le collectif l’a rappelé de sportive manière à l’Impérial, lors du dernier Festival d’été. Avec un nouvel album attendu le 28 septembre, l’autoproclamée «troupe de post-rigodon bas-canadienne» récompensée trois fois aux derniers galas de l’ADISQ a de nouveau rendez-vous avec la salle de la rue Saint-Joseph.

Marcel Barbeau. En mouvement (du 11 octobre au 6 janvier, Musée national des beaux-arts du Québec)

Ceux qui ont lu le roman La femme qui fuit d’Anaïs Barbeau-Lavalette ont certainement encore en tête la force tranquille de son grand-père, Marcel Barbeau, un des signataires du Refus global et une des figures notoires de l’art contemporain au Québec. Curieux, audacieux, constamment en train d’explorer les formes d’expression et les matériaux les plus divers, Barbeau a contribué aux développements de l’abstraction picturale et de l’art optique. Le MNBAQ lui consacre une importante rétrospective cet automne, qui embrasse sa carrière, des années 40 à son décès, en 2013.  

La Détresse et l’Enchantement (6 novembre au 1er décembre, Trident)

La Détresse et l’Enchantement, qui reprend le titre de l’autobiographie de Gabrielle Roy, permettra d’entendre les mots lumineux et foudroyants de la romancière de la bouche de la grande Marie-Thérèse Fortin. Le metteur en scène Olivier Kemeid (Moi dans les ruines rouges du siècle) et la comédienne ont signé un montage théâtral des mémoires de l’auteure, où elle évoque son enfance au Manitoba, son travail d’enseignante dans des villages perdus et sa passion du théâtre qui la pousse à aller en Europe. La coproduction Trident, Théâtre du Nouveau Monde et Trois Tristes Tigres a été présentée à Montréal le printemps dernier.  

• Virginie Fortin (24 au 26 octobre, Théâtre Petit-Champlain)

Joueuse d’improvisation chevronnée, que vous avez peut-être vue à la télé dans SNL Québec ou dans la comédie dramatique Trop, Virginie Fortin nous arrive avec son premier «vrai» spectacle d’humour Du bruit dans le cosmos. Outre plusieurs présences dans les festivals, dont au ComediHa en 2015, elle a notamment tourné un two women show avec Mariana Mazza. Ne jurant que par Stewart Lee, Bridget Christie et Daniel Kitson, qui sont tous Anglais, Virginie Fortin devrait nous amener hors des voies rapides de l’autoroute de l’humour québécois. Pour ceux qui ne peuvent attendre, elle sera également Au cabaret des amants de Saint-Georges de Beauce le 15 septembre.

• Jack White (12 novembre, Centre Vidéotron)

Une visite de l’ancien des White Stripes dans la capitale s’avère une excellente nouvelle pour les amateurs de rock… sauf s’ils sont accros à leur téléphone. Tenez-vous-le pour dit: vous devrez vous sevrer pendant un moment pour apprécier la transposition scénique du salué album Boarding House Reach. White lui-même exige que tous les cellulaires soient enfermés dans une pochette verrouillée durant sa prestation. Sa réponse à ceux qui s’insurgent? Si vous ne pouvez pas vous passer de votre téléphone pendant deux heures, il est peut-être temps d’aller voir un psy...