Après une traversée du désert liée à l’effondrement du système communiste, Le Mystère des Voix Bulgares est de retour avec ses polyphonies du fond des âges habillées de sons contemporains.

Le Mystère des Voix Bulgares repart en ballades

VARNA — Il y a 30 ans, un chœur de femmes des pays de l’Est devenait la coqueluche du public occidental. Balayé par la chute du communisme, Le Mystère des Voix Bulgares est de retour avec ses polyphonies du fond des âges habillées de sons contemporains.

Quel phénomène musical a fasciné des artistes aussi divers que George Harrison, Kate Bush ou Frank Zappa? L’inattendu cocktail de chants traditionnels a capella proposé par une chorale de femmes bulgares en habits folkloriques.

Sous le nom Le Mystère des Voix Bulgares, cet ensemble musical de Sofia a conquis les palmarès internationaux en pleine Guerre froide, surfant sur la vogue émergente des musiques du monde, en dépit de l’isolement de la Bulgarie, alors dans la sphère d’influence soviétique.

Après une traversée du désert liée à l’effondrement du système communiste, la légendaire troupe est de retour avec ses chemisiers brodés, ses coiffes fleuries et surtout un nouvel album, sorti en mai en Bulgarie.

Pour cette première production studio depuis 20 ans, l’ensemble a travaillé avec une autre artiste atypique, l’Australienne Lisa Gerrard, chanteuse du duo Dead Can Dance réputé pour ses mélodies planantes oscillant entre new wave et musique sacrée.

«Ce que ces femmes faisaient était unique et plein de lumière», a confié Lisa Gerrard à l’AFP en se remémorant sa première rencontre avec les Voix bulgares, il y a 38 ans.

«J’ai ressenti ça comme quelque chose qui apportait de la beauté et de l’amour», a ajouté celle qui tourne depuis plusieurs mois avec la troupe pour présenter leur nouvel album BooCheeMish.

Technique ancestrale

La signature musicale du groupe, c’est un chant puissant qui envahit l’espace grâce aux harmonies créées par différentes combinaisons des voix. Un son qui semble venir d’un autre monde, «entre un appel à la prière et les Beach Boys», a résumé un journaliste britannique.

«Ce chant qui vient de la gorge, du larynx, ça ne s’enseigne pas, il faut être né avec», explique Dora Hristova, chef du chœur.

La troupe actuelle compte une vingtaine de femmes de 20 à 70 ans, la plupart originaires de familles où cette technique vocale se transmet de génération en génération.

À l’origine, ces chants interprétés dans les régions rurales de Bulgarie accompagnaient les différents événements de la vie quotidienne, mariages, fêtes de saints et surtout travaux des champs.

Dans les années 50, encouragés par le pouvoir communiste qui y voit l’occasion d’éduquer les masses, des compositeurs arrangent ces chants traditionnels et les meilleures interprètes intègrent des chorales d’État. 

En 1975, un musicologue suisse, Marcel Cellier, est séduit par ces sonorités atypiques et publie une compilation qu’il nomme Le Mystère des Voix Bulgares. Resté longtemps confidentiel, le disque finit par connaître un succès planétaire, inédit pour ce type de musique, lorsqu’il est réédité en 1986 par le label britannique 4AD, maison de disque de groupes indépendants aussi pointus que Cocteau Twins ou Bauhaus.

Coqueluche des stars

Les ventes s’envolent et un Grammy récompense en 1990 le chœur, qui se produit à guichets fermés et devient aussi emblématique de la Bulgarie que le yaourt ou l’essence de rose.

«Nous étions des produits d’exportation», admet une des chanteuses de l’époque, Elena Bozjakova, 70 ans aujourd’hui.

Les vedettes rock elles-mêmes sont captivées par la pureté et l’originalité de leur son et les collaborations se multiplient. David Bowie fait jouer l’une de leurs chansons lors de la cérémonie religieuse de son mariage en 1992 avec le mannequin Iman.

Mais la mode passe et en 1997, dans une Bulgarie en pleine restructuration postcommuniste, la radiotélévision publique, qui employait le chœur, lui coupe les vivres. Les chanteuses, qui ne touchent pas de droits d’auteur sur les ventes passées, doivent souvent travailler comme professeures de musique.

«Avec le retrait de l’État, nous n’avons pu compter que sur nous-mêmes et nous n’avons survécu que grâce aux nombreuses invitations que nous recevions pour chanter à l’étranger», explique Dora Hristova.

Un label indépendant basé en Europe centrale, Schubert Music Publishing, leur donne finalement les moyens d’enregistrer un nouvel album.