Le meilleur du pire pour Petite-Vallée

CRITIQUE / Le 15 août, Petite-Vallée vivait le pire : le Théâtre de la Vieille Forge flambait, emportant avec lui des décennies d'histoire culturelle. Mais dimanche, à Québec, le village avait droit au meilleur, avec un concert-bénéfice riche en émotions, trame sonore d'un grand élan de solidarité, servi par une cinquantaine d'artistes, de Catherine Major à Kevin Parent, des Soeurs Boulay à Vincent Vallières.
«À l'époque, quand une famille perdait sa maison par le feu, le reste de la famille arrivait, les voisins arrivaient, les gens des autres villes arrivaient, puis on rebâtissait la maison. Et ce soir, c'est ça qu'on fait.»
Le temps d'une brève intervention, Patrice Michaud a parfaitement résumé la soirée qu'on a passée au Centre Vidéotron. 5500 personnes, selon les organisateurs, s'étaient réunies autour de magnifiques interprétations du répertoire québécois tout en amassant un total de 360 000 $ en vue de la reconstruction du Théâtre de la Vieille Forge, centre névralgique du Festival en chanson de Petite-Vallée. Elles ont eu droit à un spectacle à l'image de ce que procure l'événement : haut en poésie, fort en émotions, où la simplicité et l'authenticité avaient le dessus sur le reste. Pas d'artifices, pas de house band, pas même de batterie et bien peu de basse ou de guitares électriques : on est allé à l'essentiel, sans qu'il ne manque quoi que ce soit.
On l'a immédiatement senti en ouverture, quand Catherine Major, Daniel Lavoie, Marc Hervieux, Paul Piché et Mario Pelchat se sont partagés Quand on n'a que l'amour, accompagnés d'un piano et d'un quatuor à cordes de l'OSQ. Louis-Jean Cormier a enchaîné avec une belle version de Tout le monde en même temps, défendue à deux guitares. Puis, l'animateur Emmanuel Bilodeau a pris le micro avec une dose d'humour. Car s'il y avait des moments touchants, on a aussi amplement ri, comme lorsque Lisa LeBlanc est venue entonner Aujourd'hui, ma vie c'est d'la marde, avec l'ensemble a cappella Quartom, qui lui avait fait une introduction digne des chants sacrés...
À ce propos, on ne compte plus les heureux jumelages dans ce spectacle. S'ils ne pouvaient être présents physiquement, Gilles Vigneault et Michel Rivard n'ont pas moins interprété Entre musique et poésie sur écran, une performance captée dans le Natashquan du premier. Et que dire de l'époustouflante Pendant que, avec Louis-Jean Cormier, les Soeurs Boulay, Marie-Pierre Arthur, Lou-Adriane Cassidy et Paule-Andrée Cassidy : de toute beauté.
Tous horizons
Chanter plus fort que le feu a rassemblé des artistes de toutes générations et de tous horizons, chacun sachant se distinguer, plusieurs soulevant la foule. En douceur comme avec le Ils s'aiment, de Daniel Lavoie, avec Catherine Major. Énergiquement, à la manière du jeune Émile Bilodeau, qui a charmé en entonnant J'en ai plein mon cass. Avec puissance, auprès de Mario Pelchat, qui a repris Je ne suis qu'une chanson. Ou encore en nuances, avec le Si fragile de Luc De Larochellière, épaulé de Dumas et plusieurs autres. Enfin, il était impossible de ne pas avoir de frissons lorsque le Centre Vidéotron au complet s'est levé, instinctivement, durant la très à propos Rester debout, de Richard Séguin.
Au-delà des interprétations
On a varié les plaisirs durant ce concert, sous la direction de Nelson Minville. En plus des présentations spontanées de Bilodeau, on a eu, à mi-parcours, une lecture de très beaux mots que des artistes comme Louise Forestier ou Ivy ont écrit à Alan Côté, le grand manitou du Festival en chanson, au lendemain de l'incendie. Plusieurs absents avaient aussi enregistré des capsules vidéos, qu'il s'agisse d'Isabelle Boulay, de Zachary Richard ou de Daniel Boucher, qui avait improvisé une composition, debout dans la caisse de son «pick up truck»!
Paul Daraîche s'est chargé de clore officiellement le show avec Je pars à l'autre bout du monde, rejoint par tous les invités et, plus particulièrement, Laurence Jalbert.
Une soirée aux allures de communion, donc, touchante, mais jamais larmoyante, où l'on sentait que le Théâtre de la Vieille Forge et tout ce qu'il abritait était loin d'être disparu... 
Une équipe s'est chargée de filmer le tout en vue d'une diffusion télé. Les détails quant à la diffusion restent à venir.
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360 000 $ amassés
Le concert Chanter plus fort que le feu a permis d'amasser 183 245 $, un chèque que le maire Régis Labeaume et que Pierre Karl Péladeau, de Québecor, sont venus présenter à la fin du concert, le dernier arrondissant le montant à 250 000 $.
À l'entracte, la présidente de la campagne de levée de fond silencieuse, Claudine Roy, est pour sa part venue pour indiquer que 110 000 $ avaient été amassés jusqu'à maintenant.
C'est donc avec 360 000 $ qu'Alan Côté et son équipe de Petite-Vallée repartiront. Il reste cependant encore du chemin à faire, puisque l'objectif fixé est de 1 million $ pour 2018.
Les dons peuvent être faits au autourdepetitevallee.com 
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Un Festival à Petite-Vallée en 2018
À la toute fin du concert, Alan Côté, le président et directeur artistique du Festival en chanson de Petite-Vallée, a confié avoir reçu «une charge d'amour extraordinaire» et une «grande poussée dans le dos» du public.
Il a ajouté être en mesure de confirmer qu'une saison se tiendrait en 2018 et que le festival reviendrait également, malgré tout ce qui s'est passé.
Mieux, il a indiqué qui seraient les artistes «passeurs de la reconstruction». Souhaitant «rester dans la famille», il a nommé Louis-Jean Cormier et Marie-Pierre Arthur.