Album de finissants a mis en scène des élèves de l’école Jean-François-Perreault et du Collège de Champigny, aux côtés d’acteurs professionnels.

Le meilleur du théâtre

1) Album de finissants, vue le 17 janvier au Périscope

L’adolescence a servi de moteur à une fascinante rencontre théâtrale dans Album de finissants, un texte de Mathieu Arsenault porté sur les planches par Anne Sophie Rouleau et Michelle Parent. Transformé en salle de classe, le Périscope a été investi par des étudiants de l’école Joseph-François-Perrault et du Collège de Champigny, qui ont incarné en alternance un chœur singulier aux côtés de comédiens professionnels. Dans une sorte de ballet à la fois poétique et musclé élaboré autour des codes scolaires, le spectacle a braqué les projecteurs de rafraîchissante manière sur des réalités adolescentes. Le tout sans condescendance, avec une dose de candeur, beaucoup d’humour et un regard bienveillant.

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2) Le songe d’une nuit d’été, vue le 19 janvier au Trident

Avec la complicité de la troupe de cirque Flip FabriQue, Olivier Normand a dépoussiéré de belle manière cette comédie de Shakespeare. Dans sa mise à jour de cette pièce fantaisiste écrite il y a plus de 400 ans, le meilleur coup du metteur en scène a certainement été d’ancrer le «songe» dans la tête d’un jeune homme d’aujourd’hui. Mettant à profit un mât chinois ou une passerelle de trampoline, acrobates et comédiens ont adopté une conduite sportive dans ce spectacle rigoureusement chorégraphié. Le résultat s’est avéré fringant, plutôt sexy et surtout hilarant. À ce chapitre, le trio formé d’Hugues Frenette (et sa splendide coupe Longueuil…), Emmanuel Bédard et Marc Auger était tout simplement parfait.

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3) Et si elles y allaient, à Moscou?, vue le 26 mai à la Caserne Dalhousie 

Le Carrefour international de théâtre a offert une aventure singulière avec ce spectacle venu de Rio de Janeiro. Par cette relecture des Trois sœurs de Tchekhov campée dans un Brésil moderne, la metteure en scène Christiane Jatahy a proposé une expérience mettant en parallèle le théâtre et le cinéma. Le public, divisé en deux groupes, pouvait ainsi voir la pièce sous deux angles. D’une part, il était invité à festoyer avec trois comédiennes à la présence magnétique, dont la voix et les mouvements étaient captés par des caméras intégrées à l’intrigue. D’autre part, il revivait la rencontre dans une salle de cinéma, où le film, mixé en direct, était projeté. Le projet était ambitieux et son effet probant.

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4) Five Kings, l’histoire de notre chute, vue le 14 septembre au Trident

Le contrat que s’étaient donné l’auteur Olivier Kemeid, le metteur Frédéric Dubois et leurs complices était ambitieux : transposer en un spectacle cinq rois shakespeariens (Richard II, Henri IV, Henri V, Henri VI et Richard III) déclinés à l’origine dans deux tétralogies et transplantés dans le Québec des années 60 à nos jours. Avec une esthétique changeant au fil des décennies qui ont défilé sur scène, on a en fait eu droit à cinq pièces en une. Plus de trois heures de luttes de pouvoir, de guerres, de meurtres, de viols, de trahisons… L’expérience aurait pu être terriblement sérieuse, voire presque intimidante. Mais l’équipe de Five Kings a réussi à rendre le tout digeste, captivant, voire carrément réjouissant par moments.

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5) Hypo, vue le 10 octobre à Premier Acte

Avec cette première pièce vive et profondément humaine, Nicola-Frank Vachon a exploré plutôt habilement et sans lourdeur les thèmes de la mort, de la peur et de l’ouverture aux autres en nous amenant dans une sorte de road-movie partagé par deux étrangers. Dans cette mise en scène de Maryse Lapierre, l’Islande s’est animée d’ingénieuse manière dans la salle de Premier Acte, où entre des jeux d’ombres poétiques et le travail du concepteur vidéo Keven Dubois, à peu près tout est devenu surface de projection. Portée de belle façon par la musique folk — interprétée en direct, s’il vous plaît —, Hypo a réussi à conjuguer vertiges de la nature et des émotions et petits moments d’humanité.

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6) J’aime Hydro, vue le 28 novembre à La Bordée

On n’aurait pas cru d’emblée qu’une enquête sur l’hydro-électricité puisse s’avérer aussi captivante que touchante… L’auteure et comédienne Christine Beaulieu nous a prouvé le contraire. Pendant trois ans et au fil de dizaines d’entrevues recréées sur scène avec le caméléon Mathieu Gosselin (qui interprète une trentaine de personnages), Beaulieu s’est engagée à faire la lumière sur la relation que les Québécois entretiennent avec Hydro-Québec, un fleuron qui a été déterminant à une époque pour devenir «maîtres chez nous», mais qui soulève désormais la controverse. Un travail colossal accompli en amont et sur les planches. Et une proposition costaude, éclairante, mais aussi éminemment humaine.