Pierre Nadeau

Le journaliste Pierre Nadeau s'éteint à l'âge de 82 ans

Le célèbre journaliste Pierre Nadeau est décédé ce mardi, 3 septembre, à l’âge de 82 ans.

Sa fille, la journaliste et chef d’antenne de Radio-Canada Pascale Nadeau, a confirmé la nouvelle dans un message publié sur son compte Twitter.

«Le cœur brisé, je vous annonce que ce matin, tout doucement, dans mes bras, est décédé mon courageux, résilient et combatif père, Pierre Nadeau. Je te souhaite le plus beau des voyages», a-t-elle écrit un peu avant 15 h.

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, s’est dit : «attristé» par le décès de Pierre Nadeau, «un grand journaliste qui posait toujours les vraies questions. À travers ses reportages, il nous a aidés à mieux connaître et comprendre notre monde. Sa passion et son intégrité continueront de nous inspirer.»

Réagissant lui aussi sur Twitter, le premier ministre du Québec, François Legault, a offert ses pensées aux proches du défunt. «Je suis triste d’apprendre le décès d’un grand du journalisme québécois. Pierre Nadeau était un homme cultivé, un intervieweur hors pair. On s’ennuie de ses grands entretiens à Format 60», a-t-il écrit.

Véritable institution au sein du milieu du journalisme québécois, mais aussi vedette de la télévision au sein de la population, M. Nadeau souffrait de la maladie de Parkinson depuis plusieurs années.

Il avait annoncé publiquement qu’il était atteint de cette maladie dégénérative lors d’un passage derrière le micro de l’émission de Christiane Charette en décembre 2008.

C’est après avoir découvert que «quelque chose ne tournait pas tout à fait rond», au retour d’un tournage en Cisjordanie, que le reporter chevronné avait pris la décision de s’«éloigner un peu du métier qui, de toute façon, se serait éloigné de (lui)», avait-il alors confié.

Son ancienne collègue et coanimatrice à l’émission Le Point au début des années 80, Madeleine Poulin, estime que Pierre Nadeau a placé la barre «inaccessiblement haute» pour tous les journalistes qui l’ont suivi.

«Je dirais qu’il se démarque complètement encore aujourd’hui», affirme la journaliste émérite qui se rappelle un gentleman toujours prêt à aider ses jeunes collègues avec une attitude courtoise et généreuse, jamais condescendante.

Son premier souvenir remonte au tout début de sa carrière lorsque Radio-Canada a instauré les conversations en direct entre l’animateur et des journalistes, dans les années 60. Tous les journalistes étaient intimidés par cette formule sans filet, se souvient Mme Poulin, mais Pierre Nadeau arrivait à les rassurer.

«Mon premier souvenir, c’est cette sollicitude qu’il avait envers une journaliste novice, comme moi, qu’il aidait à relativement bien s’en sortir. Je me dis que c’était peut-être parce qu’il avait eu l’aide de Judith Jasmin, lui, comme jeune journaliste», raconte celle qui n’hésite pas à parler de M. Nadeau comme d’un mentor.

Simon Durivage a lui aussi coanimé Le Point avec Pierre Nadeau. Il parle de cette époque comme des «quatre plus belles années de (sa) vie professionnelle». Pour lui, son défunt collègue a fait plus qu’inspirer les générations suivantes, il a amené les Québécois à élever leur niveau de langage par son souci de la qualité du français parlé à l’écran.

Ce qui l’impressionnait le plus, chez celui qu’il présente comme «le plus grand» du métier, était «sa capacité d’absorber une tonne d’information et de la retransmettre en 30 secondes, puis d’élaborer avec une entrevue ou un reportage passionnant».

Alain Saulnier, professeur de journalisme à l’Université de Montréal et ex-directeur de l’information des services français de Radio-Canada, a été un étroit collaborateur de Pierre Nadeau à l’époque des émissions «Le Point» et «Enjeux».

«C’était un géant de l’information. Pour moi, c’est le plus grand qu’on ait eu au Québec. On vient de perdre un vrai monument du journalisme», a-t-il confié en entrevue à La Presse canadienne.

Pierre Nadeau a passé plus de 25 ans à l’emploi de Radio-Canada. On le voit ici animer l’émission «Le 60», en 1973.

Inspirant

De l’avis de M. Saulnier, Pierre Nadeau a inspiré un très grand nombre de personnes à pratiquer le métier de journaliste. Lui-même admet que M. Nadeau était son idole bien avant de devenir son collègue de travail.

«Quand je suis entré à Radio-Canada, je ne pouvais pas croire que je m’assoyais à côté de quelqu’un de sa stature, de sa carrure. Il avait une culture extraordinaire, une curiosité comme pas un», partage-t-il en ajoutant que sans être des amis proches, les deux hommes s’échangeaient des nouvelles de temps à autre.

Le président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), Stéphane Giroux, parle de Pierre Nadeau comme de «l’une des voix les plus crédibles du journalisme télévisé durant toute sa carrière».

«C’est un homme qui savait poser des questions, qui savait obtenir des réponses et qui maîtrisait la langue française d’une façon admirable», décrit le journaliste du réseau CTV qui se compte parmi les héritiers s’inspirant du modèle défini par M. Nadeau.

«Ce n’était pas un journaliste ordinaire. Il a ouvert des portes et donné ses lettres de noblesse au journalisme québécois», conclut-il.

En 2001, l’animateur remporte le Grand Prix Gémeaux de l’Académie de la télévision et du cinéma.

Parcours remarquable

Né à Montréal en 1936, Pierre Nadeau a amorcé sa carrière à la station radiophonique CJBR, à Rimouski, avant de mettre le cap sur Paris, où il a été reporter pour l’Office de radiodiffusion-télévision française (ORTF).

À son retour au Québec, à la fin des années 50, il est embauché par Radio-Canada, qui lui confie l’animation de l’émission de télévision «Caméra» à compter de 1962, avant de le nommer correspondant à Paris en 1965.

Pierre Nadeau passera ainsi plus de 25 ans à l’emploi de la société d’État - on le verra successivement aux émissions «Le 60» et «Pierre Nadeau rencontre», notamment, puis à la barre du segment d’affaires publiques «Le Point» au téléjournal.

Au cours de ses années à la SRC, il s’est distingué comme reporter, couvrant des événements majeurs aux quatre coins de la planète.

À l’aube des années 1980, il fait le saut à TVA. Pendant ces quelques années passées chez le concurrent, il coproduira et animera des émissions de variétés, dont Ferland-Nadeau en direct, avec Jean-Pierre Ferland, en plus de présenter la série historique judiciaire «Les Grands Procès».

Après ce bref passage du côté de TVA, Pierre Nadeau rentre au bercail et anime, sur les ondes de Radio-Canada, l’émission «Enjeux».

La carrière de Pierre Nadeau a été jalonnée de prix. Il a été récompensé à maintes reprises pour l’excellence de son travail, que ce soit par des institutions, par le public ou par ses collègues.

En 1992, il est fait chevalier de l’Ordre national du Québec, avant d’être nommé, en 2009, officier de l’Ordre du Canada.

Lauréat de six trophées Gémeaux, Pierre Nadeau remporte en 2001 le Grand Prix Gémeaux de l’Académie de la télévision et du cinéma. Un an plus tard, le Festival de Banff le sélectionne parmi les 50 personnalités les plus célèbres des 50 premières années de la télévision du Canada.

En 2008, ses collègues du domaine journalistique lui décernent le prix Judith-Jasmin pour l’ensemble de sa carrière.

La chef d’antenne de la SRC et fille du disparu, Pascale Nadeau, a annoncé la triste nouvelle sur son compte Twitter vers 15h, mardi.