Marie-Mai regarde maintenant vers l’avant.

Le journal intime de Marie-Mai

C’est une Marie-Mai renouvelée qui est revenue sur disque vendredi avec «Elle et moi», près de trois ans après une série de ruptures: elle s’est coup sur coup séparée de Fred St-Gelais, partenaire dans la vie et en musique, ainsi que de son entourage professionnel. Elle a trouvé en Oliver Som — un Britannique établi à Berlin — un nouveau complice de création. Et voilà qu’elle fait ses premières armes à la télé anglophone comme juge à l’émission «The Launch» de CTV, un rôle qui pourrait bien la propulser vers une carrière en anglais. Discussion avec une auteure-compositrice-interprète qui fait la paix avec son passé en chansons et qui regarde maintenant vers l’avant.

Q Quiconque connaît un peu ton histoire verra dans tes nouvelles chansons des références plutôt précises…

R Chacune des chansons a sa raison d’être là. Il y a une partie de moi qui pense que je ne ferai pas un autre album comme ça. Mais il fallait qu’il soit fait, j’avais trop de choses à dire, trop de choses sur le cœur. Ç’a comme été mon journal intime des trois dernières années. Par chacune de ces pièces-là, je me suis rebâtie et j’ai pu mettre ça derrière moi. Je regarde cet album et c’est ma confiance en moi qui est revenue.

Q La chanson La fin est clairement dédiée à ton ex Fred St-Gelais. Est-ce une manière de dire que la page est maintenant tournée?

R C’est une façon d’aller de l’avant en respectant ce qu’il y a derrière nous. De l’honorer et de le célébrer, aussi. Une rupture professionnelle et une rupture personnelle, ce n’est pas parce que ça arrive qu’on regrette quoi que ce soit. Je ne regrette absolument rien, je ne changerais rien à mon passé. Par respect pour sa nouvelle vie et pour ma nouvelle vie, il faut que j’arrête d’en parler, du côté personnel. Du côté musical, je vais l’encenser toute ma vie. Mais au niveau personnel, on s’est fait une promesse de passer à autre chose.

Q En perdant ton complice de création, as-tu dû réinventer ta manière d’écrire?

R Non. Mais c’est ce qui me faisait peur au début. Ç’a pris un certain temps avant que je revienne en studio, donc j’avais beaucoup d’appréhensions. Oliver Som, qui a réalisé l’album et avec qui je coécris les musiques, a quand même une façon de travailler similaire à la mienne.

Q Oliver Som ne parle pas français. Ça compliquait les choses?

Je lui donnais les grandes lignes pour qu’il soit capable d’appuyer mon émotion. Mais le fait qu’il ne comprenne pas, c’est ça qui m’a donné la liberté d’écrire ce que j’avais à écrire. Il n’y avait pas de jugement. Il n’y avait pas de: “ah ouin, tu vas dire ça?” C’est à un point tel qu’au moment de faire entendre l’album à des gens, il y en a plusieurs qui m’ont dit que j’étais vraiment transparente. Moi, je ne l’avais même pas vu comme ça. Je me suis dit : “Mon dieu, c’est vrai! Qu’est-ce que je vais faire?” Je ne m’étais pas posé ces questions-là en écrivant. Après ça, j’ai tranché. On les a écrites, on les assume, maintenant!

Q Est-ce qu’il est allé écouter tes autres albums?

R Je ne pense pas. Et je ne tenais pas non plus à ce qu’il le fasse. S’il y a une chose que je trouvais cool avec lui, c’est qu’il n’avait pas d’idée préconçue sur ce que j’étais censée faire ou comment on devait approcher la musique.

Q La chanson Elle et moi décrit une dualité à réconcilier. C’est un processus que tu as fait?

R Les gens ont la perception que tout ce que je suis dans la vie, c’est «Marie-Mai». C’est la fille qui est pleine de convictions, qui fait des shows au Centre Bell, qui a une confiance inébranlable… Oui, cette partie-là de moi, elle fait partie de mon ADN. Mais il y a chez moi un monde entier qui est inconnu du public. Bouchard, il n’y a personne qui la connaît. Je suis une personne super insécure, qui se remet en question. Ce qui est arrivé, c’est que pendant longtemps, je pensais que je pouvais être juste l’une ou juste l’autre. Maintenant, j’ai envie de célébrer qui je suis dans mon entièreté. C’est important de laisser tomber ces barrières-là et de juste s’accepter. [...] Pendant que je vivais toutes ces ruptures, je me sentais tellement scrutée. L’opinion était comme magnifiée. Je suis une humaine et ce que je vis, tout le monde passe par là.

Q Qu’est-ce que tu as trouvé le plus difficile: le potinage sur ta vie privée ou le fait que plusieurs se sont demandé ce que tu allais faire en musique sans Fred St-Gelais?

R Je pense que c’était de me sentir sous-estimée. J’étais auteure-compositrice depuis 15 ans. Il y a une partie de moi qui a trouvé ça un peu sexiste. Je me suis demandé si un gars aurait été mis dans la même position que moi.

Q Comment résumerais-tu ton expérience à l’émission The Launch?

R C’est hallucinant. C’est phénoménal comme opportunité. Et ça va vraiment, je crois, jouer un rôle important pour la suite des choses dans ma carrière, que ce soit un développement anglophone ou même de m’aider à voir ma carrière différemment au Québec. C’est d’être assise à côté de Scott Borchetta, de Ryan Tedder, de Sarah McLachlan, de Bryan Adams, de Nile Rodgers et de prendre tout ce bagage-là. Et ça me donne l’opportunité de retravailler avec d’autres artistes…

Q Vas-tu travailler avec le faiseur de hits Ryan Tedder?

R On verra, le temps nous le dira. Mais j’ai une session d’écriture de planifiée avec Alex Hope, qui a écrit presque tous les hits de Troye Sivan, qui est un de mes chanteurs préférés. J’ai aussi une session d’écriture avec Jon Levine, qui a travaillé avec Dua Lipa, entre autres. Donc oui, ça me donne des contacts...

VOUS VOULEZ Y ALLER?

• Qui: Marie-Mai

• Quand: 2 mars à 20h

• Où: Centre Vidéotron

• Billets: 63$ à 96$