L’écrivain français Éric Vuillard a reçu le prix Goncourt pour son œuvre L’ordre du jour.

Le Goncourt et le Renaudot récompensent deux livres sur le nazisme

PARIS — Est-ce un effet de la montée des populismes? Les jurés du Goncourt et du Renaudot ont choisi lundi d’attribuer leur prix à deux récits saisissants qui reviennent sur la montée du nazisme pour l’un et la fin misérable d’un des nazis les plus odieux pour l’autre.

Le prix Goncourt, la plus prestigieuse récompense littéraire du monde francophone, a été attribué à L’ordre du jour (Actes Sud) d’Éric Vuillard pour son récit fulgurant sur l’arrivée au pouvoir d’Hitler, l’Anschluss (l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie, NDLR) et le soutien sans faille des industriels allemands à la machine de guerre nazie.

Le prix Renaudot a pour sa part été attribué à Olivier Guez pour La disparition de Josef Mengele (Grasset), un récit hallucinant sur les dernières années du médecin tortionnaire d’Auschwitz, Josef Mengele.

«Pour comprendre certaines choses, nous avons besoin du récit», explique Éric Vuillard, 49 ans, écrivain passé maître dans l’art de démystifier, grâce à la littérature, des faits historiques. «La littérature et l’histoire ont toujours eu des rapports endogames», souligne-t-il.

L’écrivain lyonnais n’en est pas à son coup d’essai. Avant L’ordre du jour, il a publié 14 juillet (Actes Sud, 2016) où il décortiquait cette journée particulière de la Révolution française en donnant la voix aux sans-voix, mais aussi Conquistadors (Léo Scheer, 2009) sur la chute de l’empire Inca, Congo (Actes Sud, 2012) sur la conquête coloniale ou encore Tristesse de la terre (Actes Sud, 2014), récit déchirant sur l’agonie des Amérindiens.

Chaque fois, Vuillard se saisit d’un événement connu et le dissèque en insistant sur des détails atroces ou grotesques, mais significatifs.

La fin du récit sonne comme une mise en garde pour le temps présent. «On ne tombe jamais deux fois dans le même abîme. Mais on tombe toujours de la même manière, dans un mélange de ridicule et d’effroi.»

Écriture simple et sidérante

Le président de l’académie Goncourt, Bernard Pivot, a reconnu avoir été impressionné par ce texte d’une écriture à la fois simple et sidérante. «Le livre est une leçon de littérature par son écriture et une leçon de morale politique», a-t-il reconnu.

Ce prix est également un nouveau succès pour Actes Sud, la maison longtemps dirigée par la ministre de la Culture Françoise Nyssen. Il y a deux ans, c’était déjà un livre publié chez Actes Sud, Boussole de Mathias Enard, qui avait reçu le Goncourt.

Le prix Goncourt est doté d’un chèque de 10 euros, mais l’enjeu est autrement plus important. Un roman primé s’écoule, selon les cas, de 200 000 à 500 000 exemplaires.

Trois ans d’écriture et de recherches

Pour parler du docteur Mengele, un «sale type», connu pour ses expériences sur les jumeaux qu’il sélectionnait sur la rampe des chambres à gaz, «il n’était pas question de faire de la métaphore», confiait récemment Olivier Guez, écrivain et scénariste âgé de 43 ans, récipiendaire du prix Renaudot.

Trois ans d’écriture et de recherches, notamment au Brésil — où Guez a retrouvé la ferme où Mengele s’était terré —, ont été nécessaires pour aboutir à La disparition de Josef Mengele.

Se coltiner ce «personnage abject et médiocre» n’a pas été une sinécure. «Ça a été compliqué de cohabiter avec Mengele. Mais à un moment, il faut monter sur le ring. L’affronter.»

L’auteur strasbourgeois s’est imposé après six tours de scrutin.