La violoniste Karen Gomyo est venue rejoindre l'orchestre pour le Concerto pour violon no3 de Mozart.

Le génie de Mozart et la poésie de Dvořák: concert épique de cape et d'épée

CRITIQUE / Lorsque l'Orchestre symphonique de Québec s'attaque à la Symphonie no7 d'Antonin Dvořák, la salle de concert se transforme en salle de cinéma et la musique se met à raconter des péripéties dignes de l'Odyssée d'Homère. Pendant que nos yeux suivent la valse folle des musiciens et du chef Andrei Feher, notre esprit invente des combats épiques, de prodigieux enchantements et des amours dévorants et passionnés.
On était, littéralement, au bout de notre siège pour cette seconde partie de concert. Le jeune chef semblait se livrer à quelque chorégraphie chamanique, faisant tomber la foudre et gonfler les vagues, fracassant les destins et guidant à distance quelque bal surréel et complexe. C'était beau de le voir aller, nourrissant pour le coeur et l'esprit. On aurait dit un danseur particulièrement inspiré, leste, agile, passionné et pourtant complètement en contrôle.
L'ex-chef assistant en résidence de l'OSQ et les musiciens étaient mus par la même énergie à la fois tumultueuse et rigoureuse. Beaucoup de couches musicales, de contrastes et de temps forts se combinent dans cette oeuvre du compositeur tchèque. Les cordes maintenaient tout le récit en équilibre, les flûtes dessinaient une ligne lumineuse au-dessus de la tourmente, les trombones, en fin de pièce, poussaient l'intensité un cran plus loin. Les musiciens arboraient des t-shirts avec le nouveau logo de l'orchestre et ce renouveau s'est visiblement transporté jusque dans leur interprétation.
Andrei Feher a pris soin de présenter les pièces de manière articulée avant le début du concert, qui s'est ouvert avec des oeuvres de jeunesse de Pierre Mercure, qui fut bassoniste de l'Orchestre symphonique de Montréal, réalisateur à la télé de Radio-Canada et compositeur, et de Mozart. Kaléidoscope de Mercure cadrait très bien avec la pièce de Dvořák malgré que les deux pièces aient été composées à plusieurs siècles d'intervalle. On y retrouve le même élan romantique et un certain esprit français. Kaléidoscope a par moments des airs d'ouverture de comédie musicale ou d'opéra. Les scintillements du xylophone répondent aux notes graves des autres instruments. Tout y est dansant et pluriel, pétri d'émotions et de suspense.
Karen Gomyo
Majestueuse et volontaire, le front haut et les yeux clos, la violoniste Karen Gomyo est venue rejoindre l'orchestre pour le Concerto pour violon no3 de Mozart, qui était en quelque sorte le mouvement lent, l'accalmie réfléchie de ce concert. L'interprétation était d'une beauté indéniable, mais un peu lisse. Le balancement du tronc et des épaules de la soliste rappelait un métronome, impeccable et mécanique. Toute la finesse de son interprétation tenait dans son jeu d'archet et dans la danse savante de ses doigts sur le manche de l'instrument, dont le son, lorsqu'il résonnait seul, semblait se dédoubler tant il était riche. Comme si deux instruments plutôt qu'un seul jouaient en symbiose. 
Le concert Le génie de Mozart et la poésie de Dvořák était présenté une seule fois au Palais Montcalm.