Joseph et Emma se retrouvent sur la côte gaspésienne sous les traits épurés de Ville Neuve.

Le film de la semaine: Ville Neuve *** 1/2

CRITIQUE / Ville Neuve est une œuvre ambitieuse, que Félix Dufour-Laperrière mène à bon port sur des flots agités. Un film d’animation très épuré qui a nécessité un travail colossal — plus de 80 000 dessins et peintures — pour un récit qui trace un parallèle entre la crise existentielle d’un homme à la dérive et celle de ses concitoyens qui louvoient sur l’idée d’un pays, à la veille du référendum de 1995.

Pas pour rien que la première mondiale de Ville Neuve s’est déroulée à la Mostra de Venise et que le long métrage s’est invité dans plusieurs festivals prestigieux. D’un sujet très intime, le propos est universel.

Il a, bien entendu, une résonance encore plus profonde pour nous. Surtout en confiant les voix principales à Robert Lalonde, à Johanne-Marie Tremblay et à Théodore Pellerin.

Le premier incarne Joseph, un homme aigri qui se bat contre ses démons, dont son alcoolisme. Il se réfugie dans une maison isolée de la côte gaspésienne — à Ville Neuve — pour se refaire une santé. Les lieux lui rappellent les débuts de sa relation avec Emma (Tremblay), qu’il tente de convaincre de quitter Montréal pour venir le rejoindre.

Leur fils Ulysse (Pellerin) essaie de dissuader sa mère. Son père est un perdant et un manipulateur prétentieux, dit-il. Joseph a, en effet, une piètre opinion de ses compatriotes et leur apathie à quelques mois d’une possible indépendance…

Dufour-Laperrière, dont le travail se partage entre cinéma d’animation, essais documentaires et courts métrages expérimentaux, propose une œuvre onirique et poétique. Ses images très épurées, à la Frédéric Back (L’homme qui plantait des arbres), ne cèdent en rien à l’attention particulière qu’il a prêté au son — bruitage et musique (parfois expérimentale).

Le cinéaste a un véritable talent de dialoguiste et des phrases-chocs («Tout le monde va se coucher terrifié d’exister»). Les idées, parfois exprimées brutalement, s’affrontent et se confrontent entre ces deux êtres qui soufflent sur les braises d’une relation qu’ils pensaient éteintes.

Le réalisateur joue habilement des parallèles entre l’espoir de Joseph d’une deuxième chance et celle d’une nation d’obtenir un nouveau départ, autant dans l’implicite que l’explicite — le film se conclut d’ailleurs sur une fin ouverte.

Un très beau moment de cinéma.

Au générique

Cote : *** 1/2

Titre : Ville Neuve

Genre : Animation

Réalisateur : Félix Dufour-Laperrière

Classement : Général

Durée : 1h15

On aime : l’épure des dessins. La force du récit. Le choc des idées.

FunFilm

On n’aime pas : Joseph.