la famille de Kim Ki-taek s’entassent dans un demi-sous-sol et vivotent en assemblant des boîtes de pizza pour une chaîne de restauration rapide dans «Parasite».

Le film de la semaine: Parasite ****

CRITIQUE / Lors de la présentation de «Parasite» («Gisaenhchung») au Festival de Cannes, j’avais écrit que s’il y avait un film sud-coréen auquel les Québécois peuvent s’identifier, c’est bien celui-là. Parce que le brillant long métrage de Bong Joon-ho met en scène une famille de bougons. Une boutade, qui s’avère, toutefois, réductrice pour cette Palme d’or méritée.

Une œuvre forte, souvent, dérange. Ce peut être, comme ici, la rupture de ton. Ou bien, simplement, le propos dont la résonance va pour certains déclencher une réaction épidermique comme Parasite a su le faire. Elle a aussi emporté l’adhésion de la critique, d’abord, puis du public ensuite, qui en a fait un véritable succès populaire.

À la différence des Bougon de notre télé québécoise, la famille de Kim Ki-taek ( Song Kang-Ho) n’est pas au chômage par choix. Le patriarche, sa femme Chung-sook (Jang Hye-jin), leur fils Ki-woo ( Choi Woo-sik) et leur fille Ki-jung (Park So-dam) s’entassent dans un demi-sous-sol et vivotent en assemblant des boîtes de pizza pour une chaîne de restauration rapide...

Les choses vont changer lorsque l’aîné se fait offrir par un ami de donner des cours d’anglais à sa copine pendant son absence. Avec un faux diplôme sous le bras, «Kevin» s’introduit chez les Park — des nouveaux riches aussi névrosés que ridicules.

Le jeune homme va se débrouiller pour y faire embaucher sa sœur, comme professeur de dessin pour le garçon des Park, puis ses parents en piégeant le chauffeur et la gouvernante. Profitant des absences de leur employeur, les Kim vont vivre la vie de château jusqu’à ce que les squatteurs découvrent un bunker sous la maison. Ils mettront en branle un engrenage qui n’épargnera personne...

À l’instar d’Une histoire de famille, Palme d’or 2018 pour Hirokazu Kore-eda qui navigue dans les mêmes eaux, Parasite débute sur le ton léger de la comédie, avec beaucoup de mordant et du rythme. Peu à peu, les choses vont s’envenimer et prendre une tournure dramatique, pour ne pas dire horrifique. Avec une finale à fendre le cœur, malgré qu’elle soit un peu tirée par les cheveux.

Le réalisateur du Transperceneige (2013) illustre avec sa virtuosité coutumière (et son lot de plans inusités) l’écart grandissant entre les riches et les pauvres. Sous le couvert d’un récit domestique, Parasite, dans la violence même du titre, dénonce implicitement les inégalités sociales, la précarisation des emplois, l’exploitation des uns par les autres et le tumulte qui finit par en découler.

Inutile de trop en révéler : il s’agit du genre de long métrage, en apparence simple, dont on découvre les rouages avec exaltation. Bong Joon-ho construit son récit, à la fois drôle et implacable, en prenant le temps de le faire reposer sur de solides fondations. Une fois à l’intérieur, impossible pour le spectateur de s’enfuir : il est totalement captif de la destinée parallèle des Kim et des Park.

Bong Joon-ho ne fait pas toujours dans la dentelle. Mais le sujet l’imposait.

Parasite est assurément l’une des plus puissantes œuvres de 2019.

Au générique

Cote : ****

Titre : Parasite

Genre : Comédie dramatique

Réalisateur : Bong Joon-ho

Acteurs : Song Kang-Ho, Jang Hye-jin, Choi Woo-sik, Park So-dam

Classement : Général

Durée : 2h12

On aime : la réalisation brillante. Le récit implacable. Les thèmes abordés. Etc.

On n’aime pas : —