«La disparition des lucioles» est taillé sur mesure pour Karelle Tremblay, très crédible et naturelle aux côtés de Pierre-Luc Brillant.

Le film de la semaine: «La disparition des lucioles»

CRITIQUE / Sébastien Pilote ne cache pas qu’il a voulu faire un film plus accessible avec «La disparition des lucioles». La recette semble lui avoir réussi puisque sa comédie dramatique acidulée a obtenu le prix du meilleur long métrage canadien au récent Festival de Toronto (TIFF). Mais il m’a laissé sur mon appétit en traitant d’un sujet convenu, sans véritable originalité.

Le troisième long métrage du cinéaste gravite autour de Léo (Karelle Tremblay), une ado en colère perpétuelle qui reste avec sa mère hystérique et son beau-père, un animateur de radio «populaire et populiste» qui a poussé son père idéalisé à l’exil en échange de son silence sur un assaut. La finissante au secondaire cherchera refuge auprès de Steve (Pierre-Luc Brillant), un «perdant magnifique» plus âgé, qui lui donne des leçons de guitare et ouvrira son horizon.

Il s’agit d’un récit initiatique comme on en a vu plusieurs. Si ce n’est que le réalisateur s’est inspiré de sa jeunesse au Saguenay et a voulu illustrer la singularité de la vie en région en tournant sur place. Un très bon point.

Reste qu’en voulant dénoncer le cynisme ambiant en y opposant une certaine naïveté incarnée par Steve, il trace le portrait d’un homo québécus qui oscille entre l’idiot tonitruant et le looser qui vit dans le sous-sol de sa mère, en passant par la trahison paternelle. Faudrait en revenir.

La disparition des lucioles marque un changement de ton dans le cinéma de Pilote après Le vendeur (2011) et Le démantèlement (2013), films beaucoup plus prenants. Plus léger et plus accessible, donc.

Mais il pousse parfois cette volonté un peu trop loin, notamment dans l’utilisation de la musique originale très appuyée. Et certaines scènes au début sont à ce point surjouées qu’elles provoquent un décrochage, voire un agacement.

La disparition des lucioles est un véhicule taillé sur mesure pour Karelle Tremblay, très crédible et naturelle. Sa forte présence permet de transcender le récit. Pierre-Luc Brillant offre aussi une performance forte dans la peau de Steve, une présence bienveillante comme celle d’un grand frère. L’acteur démontre aussi qu’il n’a pas peur du ridicule en jouant, dans une scène d’anthologie, du air drum sur l’intro de Spirit of the Radio de Rush.

On ne peut pas dire autant de François Papineau, un acteur accompli, pourtant, qui semble chercher ses repères en haut-parleur de la radio poubelle. Pilote n’arrive d’ailleurs à rien de transcendant avec ce personnage qui débite des banalités ordurières.

Malgré les défauts de La disparition..., il faut souligner un courage certain chez Sébastien Pilote, qui reconnaît avoir traité un grand sujet sur un mode mineur. Mais on cherche sa signature cinématographique dans ce long métrage filmé de façon trop conventionnelle. Heureusement, il y a les superbes images de Michel La Veaux, qui a œuvré à la direction photo des deux précédentes œuvres de Pilote.

Pour ceux qui se demandent ce que les lucioles viennent faire dans le film, il s’agit d’une référence autant à l’empreinte humaine et industrielle sur la nature qu’au contre-pouvoir à la pensée dominante.

La disparition des lucioles est un bon film. Mais pas à la hauteur du talent de cinéaste de Sébastien Pilote. Peut-être que sa version de Maria Chapdelaine, son prochain effort, saura concilier à la fois la forme et le fond...

AU GÉNÉRIQUE

• Cote: ***

• Titre: La disparition des lucioles

• Genre: comédie dramatique

• Réalisateur: Sébastien Pilote

• Acteurs: Karelle Tremblay, Pierre-Luc Brillant, François Papineau

• Classement: général

• Durée: 1h36

• On aime: le naturel de Karelle Tremblay, la photo de Michel La Veaux, la séquence d’air drum

• On n’aime pas: le portrait masculin, le manque d’originalité du propos