Steeve (Lévi Doré), ado renfermé qui observe le monde avec cynisme, achève «son chemin de croix» à la polyvalente dans «La chute de Sparte».

Le film de la semaine: «La chute de Sparte» ***1/2

CRITIQUE / Steeve («avec deux e») est l’archétype de l’adolescent renfermé qui observe le monde avec une grosse dose de cynisme. Le jeune de 16 ans habite Saint-Lambert, «une banlieue prétentieuse, hypocrite et puant le conformisme», ce qui le fait «profondément chier». Sa maison, «tout droit sortie d’un magazine de déco scandinave», sent «le confort et l’indifférence» à plein nez.

Quiconque a déjà lu un roman de Biz reconnaîtra son style décapant dans la voix hors champ de Steeve (Lévi Doré, révélé dans Au secours de Béatrice), antihéros de l’adaptation pour le cinéma de son roman jeunesse La chute de Sparte. Comme s’il avait quitté l’adolescence la veille, l’écrivain a su recréer avec justesse, en collaboration avec le réalisateur et coscénariste Tristan Dubois, les tourments propres à cette période de la vie, avec ses petits et grands drames, où tout est à la fois «terrible et magnifique».

Steeve achève «son chemin de croix» en cinquième secondaire à la polyvalente Gaston-Miron. Pas assez athlétique pour faire partie de l’équipe de football; pas assez populaire pour avoir des tas d’amis (il en a un bon, Virgil); ne se trouvant pas assez beau pour avoir une blonde (même s’il nourrit une passion secrète pour une cheerleader), il trouve son salut dans la lecture.

Dans l’imaginaire de Steeve, son entourage est fait de héros mythologiques, des Ulysse, Hercule et Achille confrontés à une réalité qui ne fait pas toujours de quartier. Sa vie personnelle deviendra une tragédie grecque lorsqu’il sera victime d’intimidation par le matamore du club de football et que le joueur étoile posera un geste irréparable.

Le premier long-métrage pour le grand écran de Tristan Dubois se démarque dans son approche pour aborder des sujets sensibles. Le ton est vivant, rarement ennuyant. L’imaginaire est au rendez-vous avec des élèves qui se métamorphosent, ici et là, en guerriers imaginaires sortis tout droit du péplum hollywoodien 300. En outre, la trame sonore, composée par Sophie Lupien, La Bronze et Chafiik, a tout pour séduire le public cible.

En revanche, le film éprouve quelques passages à vide (on pense au party costumé), en route vers un dénouement quelque peu précipité.

Nul doute que le film saura trouver son chemin jusqu’aux adolescents, voire jusqu’aux parents, qui réaliseront que ce que vivent les jeunes à l’école n’est pas toujours de la tarte.

AU GÉNÉRIQUE

• Cote: ***1/2

• Titre: La chute de Sparte

• Genre: drame

• Réalisateur: Tristan Dubois

• Acteurs: Lévi Doré, Jonathan St-Armand, Lili-Ann de Francesco, Karl Walcott, Marianne Farley et Gabriel Sabourin

• Classement: général

• Durée: 1h33

• On aime: l’humour corrosif, les parenthèses oniriques, le jeu de Lévi Doré, la littérature comme moyen de séduire les adolescents

• On n’aime pas: la finale un peu précipitée, le party costumé, quelques blagues faciles