Marcelle Fonte a remporté le prix d'interprétation à Cannes pour son rôle de toiletteur pour chiens.

Le film de la semaine: Dogman ****

CRITIQUE / Il est rare qu’un film nous permette de voir simultanément le meilleur et le pire de la nature humaine, dans son aspect ordinaire, quotidien. D’autant que «Dogman» s’avère un puissant long métrage, qui serre le cœur et noue le ventre du spectateur, emporté pour une formidable performance, qui a valu à Marcello Fonte le très mérité prix d’interprétation au Festival de Cannes en 2018.

Il en aura fallu du temps pour que Dogman parvienne jusqu’à nous, mais l’attente en valait la peine. Matteo Garrone, deux fois Grand prix sur la Croisette, livre un touchant drame intimiste plus proche du néo-réalisme italien que du film à grand déploiement. Comme d’habitude, le récit s’y déroule à Naples.

Marcello (Marcello Fonte) y vit dans une banlieue pauvre, entouré de ses amis qui apprécient sa modestie. Le toiletteur pour chiens, séparé et père d’une fillette, mène sa petite affaire. Jusqu’à ce que débarque Simoncino (Edoardo Fonte), droit sorti de prison, une brute volcanique et cocaïnomane qui terrorise le quartier.

Le colosse va l’entraîner dans une spirale de violence et d’intimidation où Marcello devra bientôt faire un choix déchirant : balancer son ami ou plonger pour lui et perdre tout ce qu’il chérit.

La scène d’interrogatoire avec le commissaire de police est un véritable morceau d’anthologie. Marcello Fonte réussit, par sa simple attitude corporelle, à transmettre l’intensité du dilemme du pauvre homme. Ironiquement, le policier est interprété par Aniello Arena, un ancien membre de la mafia napolitaine vu dans Reality (2012) du cinéaste italien...

La mise en scène de Garrone se fait discrète, le réalisateur optant souvent sur les longs plans pour accentuer la véracité du récit. Le fait que Marcello Fonte doive improviser avec les chiens, avec beaucoup de naturel, renforce cet aspect. Surtout au début, où le ton y est plus léger, proche de la comédie. Mais le drame va devenir de plus en plus sombre et violent en progressant — certaines scènes sont très crues, à la limite du supportable.

Garrone a volontairement gardé les choses simples avec Dogman. Peut-être un peu trop. Ce qui ne diminue en rien la portée des thèmes abordés et l’émotion que le film suscite.

Sûrement en grand partie en raison de l’interprétation de Marcello Fonte, excellent dans la peau de cette bonne pâte aux aspirations simples. Une performance nuancée et incarnée, sensible.

Dogman est un peu glauque, mais il reflète avec beaucoup d’acuité la vie modeste de gens habituellement peu représentés à l’écran. Avec l’éventail qui s’impose. Marcello n’est pas un ange — il a ses défauts. Ses amis aussi. Il faut les voir calmement discuter de la possibilité d’engager un tueur à gages pour liquider Simoncino…

Une éventualité que Marcello refuse d’envisager, pour des raisons évidentes. Mais Dogman propose d’importantes questions sur les limites de la loyauté et de l’amitié. Et aux extrêmes auxquels l’homme est parfois poussé lorsqu’il se sent trahi…

Ce film me hante depuis plus d’un an.

Au générique

Cote : ****

Titre : Dogman V.O.S.-T.F.

Genre : Drame

Réalisateur : Matteo Garrone

Acteurs : Marcello Fonte, Edoardo Pesce, Nunzia Schiano

Classement : 13 ans +

Durée : 1h43

On aime : la sublime interprétation de Marcello Fonte. L’esthétique crue de Garrone. Les nuances de la thématique. Les chiens.

On n’aime pas : —