Karine (Laurence Lebœuf) se réjouit de retrouver son amie Rosa (Sofia Espinosa) au Mexique.

Le film de la semaine: Apapacho, une caresse de l'âme ***

CRITIQUE / La perte d’un être cher ouvre un trou béant dans la vie. Le combler peut s’avérer une tâche insurmontable. À moins qu’on croie, comme les Mexicains, que les disparus sont comme les étoiles : mêmes mortes, elles brillent encore (dans notre mémoire). Marquise Lepage explore cette prémisse dans le doux «Apapacho, une caresse pour l’âme», film noble, mais qui ploie sous le poids des bons sentiments.

La réalisatrice de Ce qu’il ne faut pas dire (2015) s’est inspirée de son propre deuil et d’un séjour au Mexique pendant le jour des Morts (Día de muertos) pour ce drame psychologique intimiste.

Il met en scène Estelle (Fanny Mallette) et Karine (Laurence Lebœuf). Les deux sœurs, qui ont dix ans de différence, se situent aux antipodes : l’aînée psychorigide bon chic, bon genre contraste avec la benjamine artiste bohème, en panne d’inspiration. On comprend assez rapidement que Lili (Eugénie Beaudry), la cadette, servait de trait d’union.

Malgré l’absence douloureuse de cette dernière, le duo décide d’effectuer leur voyage annuel. Pas à la mer, mais dans la vallée Tehuacán-Cuicatlán, un paysage aride d’une beauté à couper le souffle. Victime d’un véritable choc culturel, Estelle s’en désespère ; Karine se réjouit d’y retrouver son amie Rosa (Sofia Espinosa).

Celle-ci va entraîner les visiteuses à sa suite pour participer activement aux préparatifs du jour des Morts dans le village situé à proximité. Cette fête mexicaine typique (le 2 novembre) se distingue des autres célébrations par son caractère festif. Plusieurs érigent des autels dédiés aux proches et les couvrent d’offrandes : objets, fleurs et nourriture.

La documentariste ne se trouvant jamais bien loin chez la cinéaste, les scènes tournées avec les habitants dégagent une forte authenticité et les actrices québécoises s’y insèrent avec aisance.

Le décor ainsi campé, Marquise Lepage expose par petites touches les liens familiaux. Ceux qui unissent les trois sœurs, bien sûr, mais aussi ceux, encore plus révélateurs, avec leurs parents. De (faux) films maisons servent aux retours en arrière, de même que des scènes éloquentes qui permettent de mettre en perspective l’absence du père et la maladie de la mère...

Il est évidemment question du deuil et de la famille dans Apapacho. De culpabilité aussi, ressentie par celles qui restent, des relations parfois difficiles entre sœurs et de l’amour, sous toutes ses formes.

Les intentions sont bonnes, mais le long métrage demeure trop en surface, trébuchant sur son désir, comme son titre l’indique, de ne pas indisposer le spectateur.

Apapacho compte sur un duo d’actrices formidables avec une belle complicité même si leurs élans sont freinés par les limites de leurs personnages un peu stéréotypés — Estelle va bien sûr élargir ses horizons et Karine mieux comprendre son aînée. Il y a des petits airs de telenovela dans ce long métrage...

Fanny Malette et Laurence Lebœuf éprouvent parfois de la difficulté à se mettre les répliques en bouche — la première trébuchant dans les segments plus humoristiques. Les dialogues en espagnol entre Karine et Rosa font plus réalistes, mais leur traduction par la première à Estelle devient, forcément, redondante.

Les films qui font du bien étant plutôt rares, nul doute qu’Apapacho, une caresse pour l’âme saura en réconforter plusieurs.

Au générique

Cote : ***

Titre : Apapacho, une caresse pour l’âme

Genre : Drame psychologique

Réalisatrice : Marquise Lepage

Acteurs : Laurence Lebœuf, Fanny Malette, Sofia Espinosa

Classement : Général

Durée : 1h29

On aime : les superbes images. La démarche.

On n’aime pas : un excès de bons sentiments. Des personnages un peu stéréotypés.