Salif Keita

Salif Keita: le dernier chant du Rossignol

CRITIQUE / Salif Keita a à peine fait patienter la foule vendredi, dans une place D’Youville comble, jusque dans la rue Saint-Jean, pour ce spectacle événement du 52e Festival d’été de Québec. La voix d’or de l’Afrique est venue célébrer son 70e anniversaire de naissance (en août), mais aussi ses 50 ans de carrière. Une solide prestation en forme d’adieu, sans nostalgie.

L’albinos, de blanc vêtu de pied en cap, a ouvert en douceur avec Mama. S’appuyant sur ses sept complices et ses deux choristes-­danseuses, ce pionnier du métissage basé sur la musique mandingue a poursuivi en puisant dans son large répertoire, offrant presque d’emblée Yamore, enregistrée en 2002 avec la regrettée diva Cesaria Évora.

Peu loquace entre les morceaux à part quelques vibrants «mercis», le chanteur se dandine parfois au rythme de la musique ou arpente un petit carré de scène, mais reste statique la plupart du temps. Son chant fait foi de tout. Et quelle voix! Toujours aussi vigoureuse malgré le passage du temps, comme en témoignent ses puissantes envolées vocales.

Après une quarantaine de minutes, tout le monde a cédé la place à Mamadou Diabaté. Le virtuose de la kora a offert un délicat solo, malheureusement peu adapté à un spectacle extérieur. Après cet intermède qui a permis à Keita de prendre un peu de repos, les célébrations ont repris de plus belle avec l’entraînante La différence (2010), puis N’Bi Fe (1991) et l’hypnotique Tekere (1995).

Car le légendaire Keita était bien entouré avec ses Nouveaux Ambassadeurs soudés et générant un groove du tonnerre. La foule manifestait en dansant, applaudissant et criant son bonheur en cette nuit d’été magique, qui s’est prolongée un peu plus longtemps que prévu.

Difficile de croire que le Rossignol nous aura ravis pour une dernière fois. Bon vol.

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Djely Tapa

Djely Tapa

Avant Salif Keita, son ex-­compatriote Djely Tapa, vêtue d’une splendide robe colorée, s’est chargée d’échauffer l’enceinte adossée à la porte Saint-Jean avec son afroélectro. La fille d’une cantatrice et d’une illustre lignée de griots a une voix ensorcelante. 

Et la Néo-Québécoise met à profit son large registre pour rendre hommage à la force des femmes noires, à la jeunesse («profite de ton temps, rien ne dure éternellement») et inciter à protéger les ressources en eau. 

La fascinante révélation Radio-Canada 2019 puise aux musiques traditionnelles, mais avec une approche résolument moderne (avec l’aide du DJ AfrotroniX). Parfois décousues, les longues envolées destinées à favoriser la transe, comme sur Amafamu («l’amour, c’est compliqué»), n’atteignaient pas toujours leur but, mais le cœur y était. 

Djely Tapa a d’ailleurs rendu un vibrant hommage à Salif Keita en lui dédiant une chanson. De la grande classe.

Ilam

C’est à une autre révélation Radio-Canada, 2016 celle-là, qui ouvrait cette chaude soirée devant une poignée de curieux — plus nombreux en fin de parcours. Ilam n’en a pas moins accompli son tour de chant avec un plaisir évident.

Le répertoire du charismatique québéco-sénégalais puise abondamment au reggae, mais pas seulement. Mi soussi («J’ai peur»), un blues africain langoureux a permis à ses quatre musiciens de montrer l’étendue de leur talent. On détecte aussi des mesures de soul, avec un petit aspect pop.

Agréable surprise, Ilam avait préparé une douce adaptation de J’ai planté un chêne de Gilles Vigneault — une occasion pour lui, en introduction, de proposer une courte ode à la diversité en évoquant les baobabs de son pays d’origine.

Un beau message aux intolérants...