Paul Gagné, préposé aux instruments derrière la scène des Plaines pendant le Festival d’été

Paul Gagné, un pro des guitares en coulisses du FEQ

Dans sa vie, Paul Gagné a vécu davantage de spectacles à partir des coulisses que parmi la foule. Le réparateur et fabricant de guitares agit comme préposé aux instruments derrière la scène des plaines d’Abraham pendant le Festival d’été.

«Pendant le FEQ, je vis avec une gang de pirates qui entretiennent un très gros bateau», illustre-t-il. Vue de la terrasse du Manège militaire, la grande scène qui grouille de techniciens pour les ajustements sonores de la soirée électro ressemble effectivement à un navire en plein appareillage. «C’est aussi un peu comme un camp de vacances. Les artistes sont les campeurs et on s’assure qu’ils vivent une belle expérience, pour qu’ils aient envie de revenir.»

Si certains groupes arrivent avec tout leur matériel, leurs instruments fétiches et leur équipe technique (leur garde rapprochée, du moins), d’autres font le choix de voyager léger, ce qui leur permet de sauver des frais de camionnage, de douanes, etc. «Pour Mariah Carey, demain [jeudi], on fournit tout! Mais il y a des groupes qui arrivent avec tout leur stock et je suis convaincu que le transport leur coûte plus cher que leur cachet», souligne Paul Gagné.

Chaque jour, des camions amènent du matériel sonore et des instruments sur le site pour que l’équipe technique du FEQ puisse tout préparer avant l’arrivée des artistes. «Je travaille surtout avec les groupes de premières parties, ceux qui n’ont pas la capacité d’apporter les gros morceaux, indique M. Gagné. On fournit ce qu’on appelle le backline, batteries, amplificateurs de basses et de guitares, les pieds, les claviers. On fait tout le montage pour que les groupes se sentent comme s’ils étaient chez eux, à jouer avec leur propre matériel.»

Après avoir travaillé pendant 25 ans comme réparateur chez Musique Richard Gendreau, dans le quartier Saint-Roch, il opère depuis quelques années sa propre entreprise de réparation et de fabrication de guitares, à Charlesbourg. Les festivals demeurent toutefois des moments privilégiés pour rester dans le bain. «Je suis un tripeux d’instruments de musique, en anglais ce qu’on appelle des gearheads, note-t-il. J’aime suivre le développement des connaissances techniques.»

Son expertise tombe à point nommé lorsque les groupes arrivent avec des instruments abîmés par le transport, la température ou le manque d’entretien. «À travers mes tâches, dès que j’ai un temps libre, je vais remplacer des cordes, faire du nettoyage et des ajustements», indique-t-il. En discutant avec le groupe A Flock of Seagulls, qui a bercé sa jeunesse, il s’est rapidement aperçu qu’il pourrait leur être utile.

«Ils n’ont pas eu tant de hits, mais se sont retrouvés dans des trames sonores de films. Ils étaient contents de voir qu’on les connaissait. J’ai regardé leurs guitares, déjà je voyais que c’était pas jouable, je les ai nettoyées et les ai mis top nickel», raconte-t-il.

Jusqu'à maintenant, sa plus grosse soirée d’entretien d’instruments fut le soir du spectacle d’Éric Lapointe, où plusieurs guitares avaient besoin d’amour. «Sa» soirée, comme mélomane, fut toutefois celle de Lynyrd Skynyrd. «Avec Scorpions, c’est le groupe qui me suit depuis que je suis tout jeune. Ça a été une soirée haute en émotions, ils sont venus me chercher quelques larmes. Il y a toute une histoire avec ce groupe-là, des membres qui sont morts, un écrasement d’avion, raconte-t-il. J’ai eu la chance de les rencontrer brièvement, on a connecté sur certaines choses. J’ai aussi pu parler avec des techniciens qui sont avec eux depuis leur retour en 1987.»

Sur sa liste de souhaits, il y avait aussi Johnny Hallyday, avec qui il a eu la chance de travailler en 2012. Et les Beatles, qui lui ont donné envie de faire de la musique. Quant à son amour pour Scorpions, il a été comblé à leur passage en 2006, lorsqu’il a joué la chanson Blackout avec son groupe IN TRANCE, hommage à Scorpions, à l’invitation du guitariste Rudolf Schenker. Il a aussi conçu trois guitares «Flying V» pour Schenker, «une offerte en cadeau en 1994 et deux qui m'ont été commandées en 2010 et 2015», précise-t-il.

Côté «gros noms», il a donc été exaucé. «Souvent, ça va être avec les groupes de première partie, qu’on connaît moins, qu’on va pouvoir avoir une belle connexion, souligne-t-il. Cette année, j’ai bien aimé The Glorious Sons, que je ne connaissais pas du tout.»

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