Le chanteur québécois a été à la hauteur en offrant une performance exceptionnelle sur la scène Bell.

Patrice Michaud: victoire à domicile

CRITIQUE / Sur la scène des plaines d’Abraham, mardi, Patrice Michaud a rappelé qu’il a habité huit ans à Québec. «À soir, j’ai l’impression de jouer à la maison», a indiqué l’auteur-compositeur-interprète. Au terme d’un concert musicalement solide et spectaculairement réjouissant, on peut affirmer qu’il aurait difficilement pu mieux jouer sa carte blanche au Festival d’été de Québec (FEQ). Et qu’il doit sans aucun doute célébrer cette victoire à domicile.

Seule tête d’affiche francophone sur la grande scène du FEQ 2018, le natif de Cap-Chat en Gaspésie a tenu d’entrée de jeu à revendiquer un deuxième gain. «Nous sommes sur un champ de bataille. Ce soir, c’est le français qui gagne», s’est réjoui celui qui s’est trouvé pris en sandwich entre les Américains des Foo Fighters et des Chainsmokers dans la grille de programmation. Sans attirer une foule aussi dense que ces mégastars, il a relevé le défi de la grande scène avec brio en offrant une prestation étincelante (on ne parle pas ici des paillettes qui ornaient les vestes des musiciens), tout en restant lui-même : un artiste talentueux chaleureux, sympathique… et très drôle! S’il était nerveux, il a bien caché son jeu. C’est nettement le plaisir qui transparaissait. Et il a été contagieux.

Patrice Michaud n’a pas pris à la légère la mission confiée par le FEQ de créer un spectacle unique. Avec un groupe bonifié notamment d’une section de cuivres (combinaison gagnante, s’il en est une), il a revisité plusieurs pièces de son répertoire et quelques reprises en insufflant à l’ensemble un parfum sixties.

Surprises

Au chapitre de la liste d’invités, on attendait déjà Marie-Mai (elle s’est jointe à lui, ainsi qu’Ariane Moffatt sur Les terres de la couronne en plus de tremper dans une sauce disco son propre succès C’est moi) et Yann Perreau : il a déboulé sur scène avec son Beau comme on s’aime et a ajouté son grain de sel à une version des Cactus où s’est invité le riff de guitare de Are You Gonna Go My Way de Lenny Kravitz. 

Outre une visite de Pascale Picard (qui a interprété Ces bottes sont faites pour marcher), l’auteur de Mécaniques générales réservait d’autres surprises à son public… Et à une spectatrice en particulier. Une dénommée Julie Pelletier croyait avoir gagné des billets VIP. Elle a plutôt été gentiment piégée par Michaud, qui souhaitait revivre avec elle son premier slow, partagé au secondaire. À l’époque, ça se passait sur Pleurs dans la pluie de Mario Pelchat. Et la prise deux aussi : avec Pelchat lui-même présent pour assurer la trame sonore. Un moment magique… Et tordant!

Une belle surprise pour les spectateurs, lorsque Marie-Mai et Ariane Moffatt ont rejoint Patrice Michaud sur scène.

En crescendo

Présent sur les plaines d’Abraham, le célèbre parolier Luc Plamondon a eu droit en début de soirée à un hommage en crescendo, avec la présentation du spectacle La musique de Stone. Plusieurs conditions gagnantes étaient réunies : une relevée brochette d’interprètes (toutes féminines), des réarrangements soignés signés Jean-Phi Goncalves et un orchestre de haut calibre pour livrer le tout. Pourtant, il a fallu un moment avant que la recette ne prenne. Ça tenait peut-être seulement à une question de timing.

Un vaste regroupement d'artistes féminines ont rendu un vibrant hommage à l'auteur Luc Plamondon.

Quand Martha Wainwright s’est avancée sur les planches pour livrer sa théâtrale version du Parc Belmont, à 19h, le soleil brillait encore fort et le terrain était plus que clairsemé. Disons que dans ce contexte, les propositions plus intimistes (Gabrielle Shonk et Monopolis, Beyries et Le monde est stone, Klô Pelgag et L’Île aux mimosas, notamment) semblaient moins mises en valeur. 

Alors que la controverse autour du spectacle SLAV qu’elle a créé avec Robert Lepage est encore fraîche, Betty Bonifassi, qui s’est fracturé la cheville, s’est présentée sur scène en fauteuil roulant pour interpréter Oxygène. Marie-Pierre Arthur a de son côté joué dans les extrêmes : entre la douce Ma mère chantait et l’enlevante Je danse dans ma tête. Et à mesure que cette foule à l’écoute attentive grossissait, la chimie s’est développée. Le blues du businessman de Safia Nolin a visiblement été apprécié du public, tout comme le SOS d’un terrien en détresse d’Ariane Moffatt. Ça s’est terminé en force, alors que toute la troupe a servi une magnifique version de L’hymne à la beauté du monde. Luc Plamondon a rejoint les chanteuses sur scène, manifestement ravi. C’était beau à voir.