Le groupe canadien Moist.

Moist : le plaisir de jouer renouvelé

«Pas un seul d’entre nous n’a d’appartement. Nous n’y étions jamais! Nous vivons dans ce camion et dans des chambres d’hôtel. Comme des bohémiens modernes. Mais on n’a pas à se plaindre, nous adorons jouer.»

Ces mots sont ceux que David Usher confiait au Soleil en septembre 1994, sept mois après la parution du premier album de Moist, Silver, déjà certifié platine à ce moment. Dire que la formation canadienne a été prise dans une tornade rock avec cette carte de visite tient pratiquement de l’euphémisme, reconnaît le chanteur 25 ans plus tard.

«On est passé des répétitions à enregistrer un démo de manière indépendante à prendre la route sans jamais regarder en arrière pendant quelque chose comme 10 ans, décrit-il. C’était vraiment un tourbillon. C’est très difficile de mettre les choses en perspective quand tu es au milieu de tout ça. Le rock’n’roll est une sorte de créature qui est constamment en mouvement et en évolution. On ne se rend pas trop compte de ce qui se passe jusqu’au moment où on en sort. Et même là…»

De son propre aveu, David Usher n’est pas du genre à «revisiter» le passé, trop occupé qu’il est à partager son temps entre ses divers projets d’auteur, de conférencier et de directeur artistique de Reimagine AI, un studio montréalais qui œuvre dans le domaine de l’intelligence artificielle (voir plus bas). À l’occasion du 25e anniversaire de Silver, le chanteur et ses complices de Moist ont toutefois plongé dans leurs archives afin de mettre sur pied un coffret souvenir rassemblant une version remasterisée de l’album, des photos de l’époque et des enregistrements rares. Le tout est attendu dans les bacs à l’automne.

«Faire l’exercice pour cette édition anniversaire a été intéressant, note David Usher. Ç’a été le fun, parce que quand on le vivait à cette époque, on n’avait pas le temps de réfléchir à ce qui se passait. Vingt-cinq ans plus tard, on avait plus de recul.»

Retrouvailles

Après une arrivée en force dans les années 90, Moist s’était fait discret depuis une décennie lorsque ses membres se sont retrouvés pour enregistrer l’album Glory Under Dangerous Skies, paru en 2014.

«C’était vraiment agréable», relate David Usher, qui a entre temps fait beaucoup de millage en solo. «On était arrivé à un point où tout le monde était prêt à le faire, ajoute-t-il. On avait ce désir de voir comment ça allait se passer. Il y a toujours cette part d’inconnu. Mais je pense qu’il y a eu cette prise de conscience quand on s’est remis à travailler qu’on avait vraiment du plaisir à le faire de nouveau. Nous faisions de la musique qui nous plaisait et nous voulions vraiment recommencer à jouer ensemble. C’est vraiment ce qui a rouvert la porte pour les spectacles que nous faisons maintenant.»

Alors que Moist s’apprête à reprendre la route avec ses vieux succès, David Usher avance que son groupe n’aurait pas repris du service à tout prix. «Si les chansons jouées live n’avaient pas bien vieilli, je pense qu’on n’aurait pas forcé la note, estime-t-il. Il y a parfois des choses qu’on est moins à l’aise de chanter à mesure que le temps passe. Mais dans ce cas, je ressens toujours une connexion avec ces chansons.»

Et pour celui qui jongle avec ses chapeaux d’entrepreneur et d’artiste, c’est avant tout le plaisir de jouer de la musique qui prime.

«En gros, je n’ai pratiquement pas joué depuis l’été dernier. Je trouve impressionnant ce processus de se retrouver en gang, de monter sur scène et de jouer les chansons. J’ai un sentiment un peu étrange quand je ne joue pas. Je ressens quelque chose dans mon corps. Sans savoir mettre le doigt dessus, quelque chose cloche», évoque le chanteur, qui dit vivre son parcours sur scène de manière différente avec les années.

«À l’époque, on se projetait toujours dans le prochain moment, décrit-il. Maintenant, je réussis vraiment à vivre mon moment. C’est peut-être parce que je réalise la chance qu’on a de pouvoir encore le faire et d’avoir un auditoire qui a envie d’entendre ces chansons. Je réussis plus à savourer le plaisir d’être là.»

Moist se produira à la place George-V le 11 juillet à 20h. Le groupe sera précédé de Tyler Shaw à 19h et Live sera de la partie dès 21h20. Laissez-passer du FEQ obligatoire.

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L'ART À L'ÈRE DE L'INTELLIGENCE ARTIFICIELLE

Passionné par l’intelligence artificielle, David Usher a cofondé le studio Reimagine AI, dont la plus récente création, We Could Be Human : A Learning Machine, est actuellement accessible aux visiteurs du Centre Phi à Montréal. Au menu : une rencontre avec un personnage numérique qui évoluera au fil de ses interactions avec le public. 

«Elle apprend, mais pas en étant connectée à l’Internet, explique David Usher. Ça se passe à travers ses conversations avec les humains. Ses apprentissages vont être le reflet de comment nous la traitons. Si on la traite avec gentillesse et qu’on essaie peu à peu de voir jusqu’où elle peut aller avec ses possibilités actuelles, elle va apprendre et développer sa personnalité. Si les gens la traitent froidement, comme une machine ou une esclave, elle apprendra différemment.» 

L’exposition >HUM(AI)N est présentée au Centre Phi jusqu’au 15 septembre.  Geneviève Bouchard